InFOrmation syndicale

MARDI 22 MAI GRÈVE DANS LA FONCTION PUBLIQUE - DU LUNDI 18 AU VENDREDI 22 JUIN STAGE CE/CSE - ...

16 juin 2011

GUILTY

Coupable ou non coupable : la justice américaine tranchera… peut-être ? En effet le droit américain permet à l'accusé de modifier à tout moment son système de défense, étant entendu que, moyennant finance, l’intéressé peut négocier quelques petits arrangements…

Ainsi, s'agissant du crime dont il est accusé, Dominique Strauss-Kahn a plaidé non coupable. Nous verrons bien !

Cependant, au-delà de son cas particulier, il nous faut bien constater que la multiplication, tant au plan national qu’international, de ces affaires de toutes sortes, mais jamais ragoûtantes, finit par créer une ambiance délétère, qui ressemble de plus en plus à une fin de régime, à la décadence de l’Empire romain préfigurant sa chute.

Mais la défense des intérêts des grands de ce monde ne saurait s’attarder très longtemps sur le triste sort de l’un d’entre eux, fusse-t-il Directeur du FMI et semble-t-il déjà regretté par les boursicoteurs de Wall Street. Les affaires sont les affaires ! Dominique Strauss-Kahn était en prison depuis 48 heures que déjà le FMI désignait son adjoint pour le remplacer !

Il n’avait pas encore démissionné, que les spéculations allaient bon train pour pourvoir à son remplacement. Aux dernières nouvelles, Christine Lagarde tiendrait la corde. Une actuelle Ministre des Finances française remplacerait donc un ancien Ministre des Finances français. Belle continuité !

Faut dire qu’il y a urgence. Le système capitaliste est en crise, et celle-ci ne cesse de s’approfondir. Le temps presse. A la schlague il faut imposer à tous les peuples les plans d’austérité les plus sévères.

De gauche ou de droite, peu importe, simple question de circonstances, le FMI ne peut pas résister sans directeur…

Avec la Banque Centrale Européenne (BCE) et l’Union européenne, le FMI fait partie de la Troïka qui en Europe dicte sa loi, ses ordres, aux gouvernements.

En Grèce, cette Troïka vient d’imposer un quatrième plan, qui prévoit, entre autres, une nouvelle baisse du nombre de fonctionnaires ; et c’est une agence "indépendante" (créée et contrôlée par la BCE) qui va mettre en œuvre les privatisations dont la liste est impressionnante : on brade !

Au Portugal, le gouvernement socialiste de Socrates vient d’être sévèrement battu pour avoir servilement appliqué les ordres de Bruxelles. Peu importe, le nouveau gouvernement, classé à droite, va prendre le relais.

Oui, Dominique Strauss-Kahn, avec tous ses complices de la Troïka, est coupable : Guilty !

Guilty de ruiner et d’affamer les peuples,

Guilty de conduire des millions de salariés à la misère et au désespoir.

Mais que tous ces grands prédateurs prennent garde. Aveuglés par leur suffisance et par leur pouvoir, ils ne voient pas que la colère des peuples et de la classe ouvrière gronde dans tous les pays.

Encore une fois, non, il n’y a pas de printemps arabe ! Il y a une révolution en Tunisie, prémisse d’un mouvement qui, demain, peut enflammer le monde entier. La Troïka croit pouvoir contrôler la situation, car elle dispose de la complicité des organisations syndicales internationales. La liquidation de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) au profit d'une centrale unique, la CSI (Confédération Syndicale Internationale) n’avait pas d’autre but.

Ainsi les dirigeants de la CSI, réunis en G20 syndical à l’occasion du G20 des gouvernements des pays les plus riches, se félicitent de la proposition de créer «un socle de protection sociale minimum», au moment même où en France par exemple les gouvernements s’acharnent à détruire notre sécurité sociale fondée sur l’idée «d’un socle de protection sociale maximum».

Réunie en congrès à Athènes, la Confédération Européenne des Syndicats (CES), qui elle aussi a bradé le « L » de la liberté de la CESL, vient d’adopter une résolution particulièrement hypocrite.
Alors que notre Confédération réclamait une position plus offensive contre les plans de rigueur, et en particulier contre le plan « Euro plus », les nouveaux dirigeants de la CES ont fait adopter une résolution qui soutient la politique de la Troïka : « les pays en difficulté devraient s’engager avec détermination à une réduction progressive mais soutenue de leur déficit national. Pour être réaliste, cela implique de revoir dans le temps les perspectives d’assainissement des finances publiques : les états membres pourraient être autorisés à atteindre l’objectif de déficit de 3% à l’horizon de 2016-2017, plutôt que 2012-2013 ».

En clair, la CES confirme son soutien au Traité de Maastricht, à la politique de l’Union européenne qui en découle, et « revendique » juste un peu de douceur dans son application.

La CES demande donc que les gouvernements bloquent les salaires et même parfois les diminuent, suppriment les postes, cassent notre protection sociale, privatisent etc… Mais en douceur s’il vous plaît !

Aucune considération diplomatique ne peut justifier que l'on accepte une position aussi déplorable et révoltante, car elle a bien sûr des conséquences : samedi un petit millier de manifestants en Grèce avec les syndicats, le lendemain 100 000 dans la rue, sans les syndicats pour crier : «  Voleurs ! Voleurs! », « Dégagez ! » , « Dehors le FMI !» « Dehors la Troïka ! ».


En France, il est évident que, comme en Tunisie, en Grèce, au Portugal, en Espagne etc., la classe ouvrière retrouvera le chemin de l’action. Elle ne fait que reprendre son souffle après les grandes grèves et manifestations contre le plan des retraites.

Notre Confédération a su à cette occasion conserver son indépendance et ouvrir une perspective, qui, malheureusement, n’a pu aboutir compte tenu de la complicité du couple infernal Thibault-Chérèque.


Dans la perspective des événements qui, inévitablement, vont surgir, le gouvernement, qu'il soit de droite, ou demain peut-être de gauche, les patrons, mais aussi les dirigeants de la CGT et de la CFDT, vont tout mettre en œuvre pour tenter de nous circonvenir. Peut-être vont-ils même nous faire quelques propositions alléchantes plus ou moins honnêtes : « on n'attire pas les mouches avec du vinaigre ».


Dans ce contexte, plus que jamais, il nous faut rester fidèles à nos résolutions de congrès. La classe ouvrière a besoin d'une organisation libre et indépendante. En maintenant coûte que coûte ce cap, ce principe, nous préparons l'avenir. En Tunisie, l'UGTT a su, dans un contexte difficile, et malgré un passé parfois tortueux, exprimer la volonté des travailleurs tunisiens, et dans ce mouvement révolutionnaire, conquérir son indépendance. Aujourd'hui organisation syndicale respectée de tous, elle se retrouve renforcée par 150 000 nouveaux adhérents, en particulier beaucoup de jeunes.

Le chemin est tracé... Nous ne céderons pas aux inamicales pressions, car si nous devions, même par petites touches successives, nous intégrer dans la « nouvelle gouvernance », c'est notre existence même qui s'en trouverait menacée.

Fondateurs de la CISL et la CESL, nous resterons libres et indépendants.
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Edito de Patrick HEBERT, Secrétaire général de l'UD CGT-FO de Loire Atlantique