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29 mars 2012

LES CENT-JOURS

A quelques semaines du premier tour des élections présidentielles, les candidats multiplient les déplacements et les déclarations de toutes sortes pour gagner des voix. Les deux premiers seront sélectionnés pour la finale, les autres espèrent avoir obtenu un pourcentage qui permettra de négocier, entre autres, quelques places de députés ou de ministres…

Conformément à nos principes de liberté et d’indépendance, notre dernier Comité Confédéral National (CCN) réuni à Paris les 22 et 23 mars, «rappelle que la CGT-Force Ouvrière ne donnera aucune consigne de vote directe ou indirecte, à l’occasion des élections présidentielles et législatives». En conséquence, chacun votera, ou ne votera pas, en fonction de ses convictions ou de ses goûts. Mais au risque de heurter quelques illusions, il n’est pas certain que le résultat change beaucoup les choses, du moins sur les questions fondamentales.

Ces derniers mois, de nombreux pays ont changé de gouvernements.

Parfois, comme en Grèce ou en Italie, c’est la Troïka (FMI, BCE et Union européenne) qui a imposé ces changements et désigné le nouveau premier ministre.

Ailleurs, au Portugal, en Espagne, en Irlande ou en Belgique, la procédure a été un peu plus démocratique. Mais dans tous ces pays, il faut bien constater que ce petit jeu de chaises musicales n’a abouti à aucune rupture avec les politiques précédentes. Pire, les nouveaux «maîtres» ont accéléré la mise en œuvre des oukases de Bruxelles provoquant encore plus de chômage et de misère.

Pour ce qui concerne la France, il faut donc se garder des illusions, et considérer que la classe ouvrière devra d’abord compter sur elle-même pour défendre ses intérêts et ses conquêtes sociales. En effet, il faut dire les choses clairement : il est strictement impossible d’engager une politique de croissance et de progrès social en demeurant dans le cadre contraignant du Traité de Maastricht. Les gouvernements de l’Union européenne veulent imposer un nouveau traité, un super-Maastricht, incluant entre autres la «règle d’or». Prétendre que l’on pourrait introduire des clauses de croissance dans un dispositif fondé sur l’austérité est une tartufferie.

C’est pourquoi notre CCN considère que "les deux traités décidés dans le cadre de l’Union Européenne, traités du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) et de Stabilité, coordination et gouvernance (TSCG) sont les deux faces d’une même pièce conduisant à plus d’austérité, à créer une 'Europe des sanctions', et à des transferts de souveraineté. Ils ne sont pas amendables ou aménageables : ils doivent être rejetés."

Le CCN s’oppose au projet de «règle d’or» prévu par le TSCG, notamment attentatoire à la liberté de négociation. Si un référendum était organisé à ce sujet, la CGT-Force Ouvrière appellerait à voter non. Lors de l’examen, FO s’adressera aux parlementaires pour leur demander de ne pas voter ce TSCG. Dans le prolongement, le CCN mandate le bureau confédéral pour engager une campagne d’information afin de préparer la riposte nécessaire. »

Cette riposte, il nous faut la préparer sans tarder, car nous savons que dès le lendemain des élections, le gouvernement, quel qu’il soit, va tenter d’imposer un nouveau plan d’austérité drastique pour «réduire les déficits» conformément aux décisions de la Troïka.

Dans Les Echos du 21 mars, un scénario est proposé par la fondation IFRAP (l’IFRAP est une fondation reconnue d’utilité publique, spécialisée dans l’évaluation des politiques publiques). Les auteurs de ce scénario, n’ayant pas la préoccupation de se faire élire ou réélire, annoncent la couleur sans fioriture. Dans une étude intitulée «100 jours pour réformer la France», ils proposent : «flexibilité du marché du travail, réforme et simplifications du code du travail, ouverture des enseignes tous les jours, instauration du temps de travail et de salaires minimaux négociés à des niveaux autres que national, basculement des cotisations patronales sur d’autres impositions…».

Pour mettre toutes ces dispositions en œuvre, il est proposé qu’une loi soit votée dès le 26 juin.

Dans la foulée, un plan de réduction des dépenses devrait être adopté. Il ciblerait «à la fois celles concernant les personnels publics, les opérateurs de l’Etat, les collectivités locales, et le secteur social, avec trois grandes lois : une Révision Générale des Politiques Publiques de l’Etat (RGPP 2), une révision générale des politiques sociales, une révision générale des politiques locales. Les coupes claires permettraient 129 milliards d’économies en cinq ans.

Enfin, l’IFRAP propose un référendum dès septembre avec deux questions : «une première sur le statut de la fonction publique et une seconde sur le financement des syndicats».

Bien sûr il ne s’agit que d’un rapport, mais celui-ci ressemble étrangement, pour exemple, aux mesures prises par Mario Monti en Italie.

Dans un document qui vise à faire pression pour imposer en France encore plus d ‘austérité, il peut apparaître surprenant de voir figurer une proposition de référendum sur le financement des syndicats.

En réalité c’est peut-être l’élément clé de ce rapport : la question posée serait : «Etes-vous pour un financement des syndicats de salariés et du patronat majoritairement issu des cotisations des salariés via un chèque syndical?». Ce projet n’est pas très nouveau, ni original. Le groupe AXA a déjà mis en place ce système avec l’aide de la CFDT et de la CGT. Le chèque syndical, c’est pousser jusqu’au bout la logique de la loi du 20 août 2008 dont l’objectif est double. Il s’agit d’une part de transformer les syndicats en machines électorales dans la mesure où leur représentativité ne dépend plus des adhérents, mais d’une majorité de non-syndiqués.

D’autre part, au prétexte de «transparence» financière, l’Etat peut contrôler l’activité syndicale.

C’est pourquoi notre CCN a réaffirmé «sa condamnation des lois dites de représentativité (du 20 août 2008, du 5 juillet 2010 et du 15 octobre 2010) issues de la "Position commune" CGT, CFDT, MEDEF et CGPME, qui constituent une atteinte à la liberté syndicale et de négociation, ainsi qu’à la hiérarchie des normes, piliers de notre édifice républicain en matière sociale. Le CCN revendique donc l’abrogation de ces lois ».

Les prochains mois sont donc lourds de menaces pour nos conquêtes sociales, en particulier pour notre protection sociale. La mise en œuvre de la politique de l’Union européenne et les traités européens sont incompatibles avec le progrès social.

Mais nous savons aussi que cette politique se heurte à la résistance de la classe ouvrière. Que ce soit en Grèce ou en Espagne, les travailleurs n’ont pas renoncé, et les grèves et manifestations continuent. En France, malgré le contexte électoral, les conflits sont nombreux. La grève des éboueurs de Lyon dans l’unité syndicale la plus large est significative.

Si le futur gouvernement veut imposer l’austérité, il se heurtera donc à la résistance. Et ceux qui s'imaginent être en mesure de nous faire avaler à la hussarde une cure d'austérité à la Mario Monti feraient bien de se souvenir que les Cent-jours de l'épopée napoléonnienne se sont terminés par la débâcle de Waterloo.

En effet, qu'ils soient ministres ou subsidiaires syndicaux, ceux qui rêvent de "pacte social" devraient savoir que notre CGT-Force Ouvrière, plus que jamais attachée à la Charte d'Amiens, ne renoncera jamais à son indépendance et à défendre les intérêts de la classe ouvrière et de la démocratie.

Ils devraient se souvenir qu'en rassemblant plus de 70000 militants à Paris le 15 juin 2010 pour préserver les retraites, FO avait donné le signal de la résistance, laquelle au cours des mois suivants s'exprima par des grèves et manifestations de très grande ampleur. Il avait alors fallu toute la complicité et la duplicité de Thibault et Chérèque pour que le gouvernement parvînt quand même à imposer sa "réforme".

Comme en 2010, et, compte tenu des incertitudes du calendrier, sans lancer pour l'heure à juste raison une initiative précipitée, notre confédération a déjà pris date. Le moment venu, nous prendrons nos responsabilités.

Tel est le sens de la conclusion de la résolution de notre CCN, votée à l'unanimité, qui stipule : «Face à la crise persistante du capitalisme, face à des traités européens d’essence totalitaire portant atteinte à la République et à la démocratie, face à un risque d’accentuation des politiques d’austérité, le CCN mandate la Commission exécutive et le Bureau confédéral pour les semaines et mois à venir, non seulement pour défendre les positions et revendications de la CGT-Force Ouvrière, mais aussi pour mettre en œuvre toute réponse nécessaire, y compris par la grève interprofessionnelle, afin de contrer l’austérité et la remise en cause des droits sociaux et des salariés.»
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RESOLUTION : COMITE CONFEDERAL NATIONAL FO (22 et 23 mars 2012)