InFOrmation syndicale

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26 avril 2012

VIVA LA HUELGA GENERAL !


Tandis qu’en France la campagne électorale pour le premier tour des élections présidentielles battait son plein, l’Espagne connaissait le 29 mars la plus puissante grève générale depuis la mort du Général Franco.

Comme dans les autres pays de l’Union européenne, le gouvernement de «droite» de M. Rojoy veut imposer un nouveau plan d’austérité.

La classe ouvrière espagnole a pourtant déjà payé très cher la crise du système capitaliste. L’ancien gouvernement «socialiste» de M. Zapatero avait imposé des mesures draconiennes, ce qui d’ailleurs avait provoqué sa défaite aux dernières élections.



Fraîchement élu, M Rajoy vient d’essuyer un échec électoral aux élections régionales en Andalousie ; et il est maintenant confronté à la colère de la population, qui s’est exprimée massivement le 29 mars. Dans les organisations syndicales, dont les dirigeants avaient pourtant accepté de signer un «Pacte social», nombre de militants et de syndicats se prononcent maintenant pour la grève générale jusqu’au retrait du plan du gouvernement : Viva la huelga general !

En Islande, petit pays de 320 000 habitants, montré en exemple il n’y a pas si longtemps par Bruxelles (comme l’Espagne), la population a refusé à l'occasion de deux référendums de rembourser la dette aux banques anglaises et hollandaises. Aujourd’hui, l’ancien Premier ministre est traduit devant la «Haute Cour» pour rendre des comptes !

Autre pays, souvent montré en exemple, les Pays-Bas. Ce lundi 23 avril, le gouvernement vient de démissionner et annonce des élections. Le Premier ministre n’a pas obtenu l’accord de sa majorité pour adopter un nouveau plan d’austérité afin de «réduire la dette».

Samedi 21 avril, 90 000 tchèques ont manifesté dans les rues de Prague pour protester contre les coupes dans les dépenses publiques, contre la hausse des impôts, contre la corruption. Aux cris de «A bas le gouvernement» et «Stop aux voleurs», ils demandent la démission du gouvernement.

Même en Italie où pourtant la Troïka a mis à la tête du gouvernement un de ses mercenaires les plus expérimentés, Mario Monti, le gouvernement se heurte à la résistance des travailleurs qui refusent ses «réformes». Le Premier ministre M. Monti est obligé de repousser de 2013 à 2015 les objectifs dictés par Bruxelles.

Bien d’autres pays, comme la Grèce, le Portugal, la Belgique, l’Irlande etc… sont confrontés à ces situations explosives.

En France, bien que le contexte électoral ne s’y prête guère, il est frappant de constater que dans de nombreux secteurs du privé comme du public, les travailleurs n’ont pas hésité à recourir à la grève pour faire valoir leurs droits et aboutir leurs revendications.

Parmi toutes ces grèves, nationales ou locales, notons en particulier celle des éboueurs de Lyon.

Pendant 15 jours, dans l’unité d’action syndicale la plus large (tous les syndicats sans exception), ils se sont battu contre le projet de privatisation décidé par la Communauté urbaine du Grand-Lyon, présidée par Gérard Colomb. Signalons que ce dernier est membre du parti socialiste, et bien sûr soutient François Hollande...

Ces grèves, celle-ci et les autres, démontrent que les travailleurs, quels que soient leurs votes aux élections présidentielles et demain législatives, ne comptent en dernière analyse que sur leurs propres forces pour défendre leurs intérêts.

Il subsiste certainement encore des illusions sur le fait qu’il suffirait d’élire un bon président pour que «demain on rase gratis».

Au XVIIIème siècle, même une «tête aussi bien faite» que celle de Voltaire a cru pendant longtemps aux bienfaits du «despotisme éclairé». Certes, sur la fin de sa vie, il en est revenu de cette théorie partagée aussi par Jean-Jacques Rousseau.

Ces illusions ne sont donc pas d’aujourd’hui ; et, incontestablement, elles sont renforcées par le système de l’élection au suffrage direct d’un président, qui, pendant cinq années, dispose de plus de pouvoir que nos anciens monarques.

Mais, et c’est une heureuse évolution, les quelques illusions qui demeurent encore, n’ont plus rien à voir avec celles du passé. En 1981 par exemple, avant et après l’élection de François Mitterrand, il était presque impossible de faire grève.

Lorsqu’en juin 1982, nous avons condamné le tournant de la rigueur décidé par Pierre Mauroy et Jacques Delors (et que nous subissons encore), les dirigeants de la CGT et ceux de la CFDT nous ont accusés de faire «le jeu de la droite».

Depuis, la classe ouvrière, par ses combats, a acquis une toute autre expérience : elle sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même et ses organisations !

Nous verrons bien ce qui finalement sortira des urnes. Mais il est probable que le futur gouvernement tentera d’imposer un nouveau plan d’austérité pour satisfaire aux exigences des «marchés financiers».

Il est "probable", parce que "le pire n’est jamais certain" même s'il convient donc de s'y préparer. Il n’est pas impossible non plus que le prochain Président et son gouvernement, observant la situation dans les pays voisins, notamment en Espagne, soient incités à un peu de prudence.

Ce faisant, ils seraient bien inspirés, car il n’est pas certain qu’ils puissent, comme MM. Sarkozy et Fillon en 2010, compter autant sur les directions de la CFDT et de la CGT. En effet, si la succession de François Chérèque ne semble pas poser de problème (il doit être remplacé par Laurent Berger), il n'a va pas de même à la CGT, qui connaît quelques turbulences. Il serait erroné de ne voir qu’un problème de femmes ou d’hommes dans les difficultés que rencontre Bernard Thibault pour «désigner» un successeur.

Les problèmes qui s’expriment sous cette forme à la tête de la CGT sont le reflet d’une crise aiguë, qui n’a cessé de s'approfondir, en particulier depuis le Comité Confédéral de la CGT de 2005 où Bernard Thibault fut mis en minorité sur le "Traité constitutionnel" par plus de 80% des représentants des Unions départementales et des Fédérations de la CGT.

Incontestablement, la ligne qu’il a cherché à imposer passe difficilement. Le copinage unicitaire avec la CFDT se heurte à l’aspiration de nombre de militants de la CGT qui veulent rester des syndicalistes de «contestation».

Dans ce contexte, notre Confédération a encore plus de responsabilité.

Nous avons déjà dit clairement que nous nous opposerons au futur traité européen, y compris en appelant à voter NON si un référendum est décidé.

Nous avons prévenu que nous n’accepterions pas un nouveau plan de rigueur.

Nous avons averti que si le futur gouvernement tente de nous associer à sa politique au travers d’un "pacte social" ou de "conférences sociales" diverses, nous ne nous laisserions pas manipuler.

Ainsi, les choses sont claires !

La CGT-FO est une organisation libre et indépendante, et nous avons bien l’intention de le rester !