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04 avril 2013

LA CGT PAS FRANCHEMENT "RASSEMBLÉE" SUR LE "SYNDICALISME RASSEMBLÉ"

Un congrès exacerbant la crise ouverte par deux décennies d'euro-recentrage cégétiste

Bernard Thibault et Thierry Le Paon ont bénéficié du concours d'un allié de poids au cours du 5oème congrès de la CGT : la "communauté médiatique" (Le Monde en particulier, et plus encore les Echos) qui n'a pas ménagé son zèle pour bricoler l'image d'un congrès gagné de mains de maîtres par l'ancien et le nouveau secrétaire de la centrale de Montreuil. Au prix d'un gommage orchestré sur des faits révélateurs d'une réalité autrement contrastée.

Le Paon et Thibault à la peine durant tout le congrès ...
Impossible bien sûr d'ignorer les poussées récurrentes des décibels lors des broncas anti-CFDT et anti-gouvernementales, qui ont été la dominante sonore du congrès.
Mais, en compensation, quelle belle unanimité médiatique pour souligner que la direction confédérale a recueilli de plus forts pourcentages de suffrages exprimés qu'au précédent congrès. Alors que la réalité c'est aussi :
- les abstentions lors des votes, qui, additionnées aux "NON", révèlent la réalité d'une opposition qui parvient à trouver son expression (autour de 20% des voix, voire un peu plus) dans une assemblée où 80% des délégués sélectionnés n'avaient jamais participé à un précédent congrès, et alors qu'un tir aux pigeons commandité avait éliminé un maximum de fortes têtes des délégations locales au congrès,
- le fait que la direction confédérale se soit trouvée mise en échec lors d'un premier vote par mandats sur le serpent de mer de la réforme des statuts,
- le fait surtout que, pour endiguer la poussée des votes hostiles et des abstentions, Thibault ait dû se résoudre à accepter 60 à 70% des amendements déposés sur les deux points les plus "sensibles" : le "syndicalisme rassemblé" et la caractérisation de la politique conduite par une majorité présidentielle dont il s'était fait lui-même l'agent électoral au printemps 2012. (A noter à ce sujet le "durcissement" des positions confédérales imposé par les amendements exigeant : l'abrogation de la loi HPST, une opposition moins équivoque à l'Acte III de la décentralisation, et une défense moins biaisée de l'acquis historique des conventions collectives).

... après 20 ans d'efforts avortés de Viannet puis de Thibault pour cadenasser la lutte des classes dans le moule euro-unicitaire
Pourquoi cette complaisance, plus exactement cette euro-complaisance, de journaux comme Le Monde, ou celle plus significative encore des Echos, manifestement préoccupés  par les "bons choix" d'avenir de la CGT ?
La réponse est dans les articles publiés par les "éditorialistes" précédemment au congrès, où les attentes impatientes d'euro-refonte du "paysage syndical français" sont contrebalancées par crainte que la lutte des classes vienne y faire obstacle. Avec en toile de fond une autre hantise, non dite celle-là, mais qui avive la première : l'existence de la CGT-Force Ouvière, héritière de la vieille CGT de 1895 et de la Charte d'Amiens de 1906. Car, non seulement toutes les entreprises de liquidation de FO (notamment la loi scélérate du 20 août 2008, transposant la "Position commune" MEDEF-CGT-CFDT) ont fait chou blanc (FO étant même devenue n° 1 dans la fonction publique d'Etat). Mais, qui plus est, les positions indépendantes de FO trouvent un écho au-delà de ses propres rangs, dont entre autres au sein de la CGT, où l'overdose du syndicalisme rassemblé avec la CFDT ne parvient plus à être contenue, en dépit des efforts déployés par l'establishment syndical, politique et médiatique au service corporatiste de la "gouvernance".
Puis, à l'issue d'un congrès de l'importance de celui de la CGT qui vient d'avoir lieu, sonne l'heure, tant pour les "éditorialistes" que pour nous-mêmes syndicalistes indépendants, du bilan immédiat du congrès, mais aussi de sa mise en perspective par rapport aux avancées ou aux fiascos de la grande opération de recomposition du "paysage syndical" français, version Confédération européenne des syndicats, dont la centrale de Montreuil est, depuis une vingtaine d'années désormais, le principal Cheval de Troie.
De ce point de vue, même si les syndicalistes indépendants oeuvrent à tirer la corde dans le sens opposé aux "éditorialistes", ce n'est pas sans intérêt que les premiers lisent aujourd'hui les commentaires des seconds, où effleure le désappointement au terme des "deux septennats" du soldat Thibault. Car force est, pour Le Monde comme pour Les Echos, de constater que l'entreprise de recomposition syndicale pilotée par la CGT, loin de caracoler de succès en succès à la vitesse d'une blitzkrieg, s'embourbe, alors que voilà maintenant pas moins de 20 ans que Louis Viannet (secrétaire général de la CGT de 1992 à 1999) en avait donné le coup d'envoi.
Nos médias doivent donc convenir de ce qu'ils appellent pudiquement "la révolution inachevée de Bernard Thibault" (Le Echos):
- d'un côté (en positif pour les cabris de l'UE) : une entrée par la grande porte corporatiste dans les instances de la CES (l'inconnue Bernadette Ségol ayant même été depuis propulsée au secrétariat général de la CES par les inséparables Thibault et Chérèque). Bien sûr également "la Position Commune" de 2008 avec le MEDEF. Sans non plus oublier le vedettariat CGT aux universités d'été de la CFDT,
- de l'autre, en "négatif" et qui laissera des traces indélébiles : une mise en minorité "humiliante" (dixit Le Monde) de Thibault par le CCN-CGT de février 2005 sur le référendum "européen" de la même année, plus une interminable crise de succession révélatrice de l'impasse dans laquelle le "syndicalisme rassemblé" a conduit la CGT.

Une fin de congrès augurant bien mal de l'avenir du "syndicalisme rassemblé"
Il se trouve qu'au soir de l'avant-dernière journée du congrès (jeudi 21 mars), la liste des votes générateurs de controverses étant à ce stade censée avoir été épuisée, Thibault et Le Paon, s'asseyant sur les compromis qu'ils avaient dû s'avaler au fil des séances, eurent l'idée, pour désembourber à la hussarde le "syndicalisme rassemblé", de tenir une conférence de presse où ils lâchèrent deux scoops ayant pour les délégués et militants CGT l'effet de deux bombes à forte déflagration : pas question pour la CGT de "demander le retrait du projet de loi" de transposition de l'ANI, et des retrouvailles avec la CFDT le 1er mai. (Voir l'article ci-contre).
Du coup la matinée de clôture du congrès, (vendredi 22 mars) qui devait être la démonstration en fanfare d'une CGT rassemblée, fut celle de l'apothéose des révoltes indignées :
- la proposition d'un 1er mai "unitaire" fut copieusement sifflée par la salle, et ce fut à l'inverse un tonnerre d'applaudissements pour le délégué déclarant au micro qu'il "ne défilerait pas avec la CFDT",
- débordement également de la direction confédérale par une salle exigeant que soit incluse dans l'appel conclusif du congrès le "retrait" du projet de loi ANI. Laborieusement, Agnès Naton (que Thibault avait pressentie pour lui succéder sans parvenir à imposer sa candidate) parvint au forceps à faire voter à mains levées un texte écartant l'exigence du "retrait"... mais qui se heurta à une très forte minorité d'opposants virulents.

Et, sortant du consensus médiatique complaisant vis-à-vis de la direction confédérale, l'AFP de titrer :"A peine élu, Le Paon confronté à une fronde au Congrès sur l'accord emploi".
... Une "fronde", qui n'est sans doute "qu'inaugurale" à celles à répétition qui attendent le successeur de Bernard Thibault.


L'accord scélérat ANI MEDEF-CFDT-Hollande? 

Pour Thierry Le Paon, une insignifiante "MINI-FRACTURE" dans l'Histoire du "syndicalisme rassemblé"  ... à cicatriser par un bon 1 er mai CGT-CFDT (même pas !)

Dès le CCN-CGT du 6 février, T. Le Paon avait insisté sur la nécessité de renouer les liens avec la CFDT après la "mini-fracture du 11 janvier" (Le Monde du 16-03-2013)
Jeudi 21 mars en soirée : la conférence de presse où Thibault et Le Paon ont tombé le masque

La soudaine radicalisation obligée du discours anti-CFDT de Thibault et Le Paon suite à la signature par celle-ci de l'accord scélérat ANI à tout juste 2 mois du congrès CGT a fait long feu... avant même la clôture officielle du congrès confédéral.

L'équivalent d'un pied-de-nez aux congressistes

Sitôt acquis les derniers votes des congressistes, B. Thibault et T. Le Paon ont tenu dès la soirée du jeudi 21 mars une conférence de presse, où ils livrèrent deux annonces-chocs dont ils s'étaient gardés de donner la primeur au congrès : Comme le titre L'Expansion, "Thierry Le Paon a souhaité jeudi un "1er mai unitaire" avec d'autres syndicats en particulier avec la CFDT, malgré le désaccord sur l'accord emploi." Et L'Expansion de préciser : "Selon lui, il y a un "point de désaccord" entre la CGT et la CFDT concernant (l'ANI), mais aussi "des sujets d'accord" notamment sur "les salaires, les retraites".
Ainsi les congressistes, et avec eux l'ensemble des militants CGT, auront-ils appris que leur confédération trouvait sur les "retraites" un "sujet d'accord" avec la CFDT, ... dont on sait que le cheval de bataille est la très scélérate retraite à points ou à comptes notionnels !

ANI : "La CGT ne demande pas le retrait du projet de loi"

Voilà en tous cas un fort délicat brin de muguet offert par Le Paon à son homologue et prochain complice - compagnon de route Laurent Berger. Mais pour que la "Fête du travail" du "syndicalisme rassemblé" soit encore plus belle et plus conviviale, le nouveau secrétaire de la CGT a aussi offert un second brin de muguet, à moins que ce ne soit une "rose" printanière, que le secrétaire général de la CFDT, mais aussi François Hollande et son ministre Sapin, pourront effeuiller avec délectation : "La CGT ne demande pas le retrait du projet de loi (transposant l'ANI)" . D'autant que "ce serait revenir à l'ère Sarkozy" (sic!), et que d'ores et déjà "7 ou 8 modifications relativement importantes" du texte sont intervenues. Et d'une formule sibylline T. Le Paon d'ajouter: "Pour l'instant, les salariés dans ce projet de loi sont perdants" ... Ce qui a contrario signifie qu'il suffirait de peu de choses pour que l'accord "perdant" se mue en accord "gagnant"
En d'autres termes, "scélérat" lors de sa signature, l'accord MEDEF-CFDT du 11 janvier, emmailloté pour les besoins de la transposition législative par les juristes du ministère du travail, serait déjà devenu un presque  beau bébé. Un amendement parlementaire par ci, un amendement parlementaire par là à la Chambre des députés et au Sénat courant avril ; et le Premier mai, en se gardant tout de même de s'afficher avec la marraine Laurence (Parisot), les deux parrains Thierry (Le Paon) et Laurent (Berger), unis par les liens indissolubles du syndicalisme rassemblé, pourraient même faire sonner hautbois et résonner musettes pour que la "Fête du travail" 2013 soit aussi celle du baptême du divin ANI.

1er mai : FO ne saurait processionner avec la CFDT (... et de même bien des militants et responsables CGT s'y refuseront)

Les syndicalistes indépendants FO n'ont nulle vocation à venir jouer les rois-mages à cette "Fête" autour du berceau du "syndicalisme rassemblé". D'autant qu'au vu de l'échographie version Sapin d'ANI, ils ne partagent pas le satisfecit CGT donné de fait par MM. Thibault et Le Paon au ministre du travail : "Projet de loi compétitivité-emploi : ça sent le sapin pour les CHSCT" titrait FO-Hebdo le 6 mars dernier, et celui de la semaine suivante poursuivant dans l'appréciation négative du projet Sapin : "le projet de loi gouvernemental change quelques détails de l'ANI, mais en conserve l'architecture et la philosophie".
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FO CONTINUE LA CGT