InFOrmation syndicale

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15 mai 2013

PREMIÈRE GRÈVE HISTORIQUE À LA SAUR ...DEPUIS 80 ANS


En France, plus des deux tiers de la distribution de l'eau potable sont assurés par des opérateurs privés, pour le compte de collectivités locales dépourvues de régie d'une part et d'industriels d'autre part.
Trois sociétés dominent ce marché : Véolia, suivie de GDF-Suez, et en troisième position de la SAUR (Société d’Aménagement Urbain et Rural).


Des restructurations capitalistiques à l'origine d'une dette énorme 

Créée en 1933, la SAUR passe en 1984 sous le contrôle majoritaire de Bouygues, qui en devient l'unique actionnaire en 2001, puis la revend 4 ans plus tard au fonds d'investissement PAI Partners... Lequel à son tour la cède en 2007 à la holding HIME (constituée de la Caisse des dépôts, de l'industriel Séché, d'AXA et du fonds belge Cube).
Ces restructurations capitalistiques et la concurrence qui fait rage entre les opérateurs pour remporter les marchés lorsque les contrats de délégation du service public arrivent à échéance sont à l'origine de la crise financière qui ébranle aujourd'hui HIME et la SAUR.
HIME ne parvient pas à épurer la dette issue du rachat de la SAUR à PAI Partner. En conséquence la holding attend son salut financier des dividendes versés par la SAUR.. Laquelle se trouve elle-même financièrement exsangue vu la tendance à la baisse du montant des marchés avec les collectivités territoriales.
En août 2012, le Tribunal de commerce de Versailles a placé HIME et la SAUR sous "mandat ad-hoc" (1) jusqu'au 30 juin 2013. En l'absence de solution à l'échéance, l'étape suivante qui menace est le redressement judiciaire.

Les salaires, variable d'ajustement des  "montages risqués"

Ce n'est pas un journal syndical qui l'écrit, mais un média patronal, "L'entreprise", dans un article (accessible en ligne) daté du 15 mars 2013, intitulé "La vérité sur le naufrage de SAUR, victime de jeux de dupes et de montages risqués".
Y sont décrits dans le détail les appétits ainsi que les alliances nouées (et dénouées au fil des crocs-en-jambes) par les "acteurs" intéressés par une prise de contrôle de la SAUR : " En 2007, le fonds australien Macquarie est candidat à la reprise. Problème, il ne s’agit pas d’une entreprise lambda. L’Association des maires de France s’en mêle et réclame publiquement une solution française. C’est donc la Caisse des dépôts, partenaire traditionnel des collectivités locales, qui s’y colle. Le directeur adjoint aux finances et à la stratégie de l’institution mène les enchères. "Il a voulu faire un énorme LBO (Ndlr : rachat d'entreprises par endettement bancaire) pour se faire mousser… avec l’argent public !" déplore aujourd’hui un administrateur. (...) Le business plan était délirant. Saur comptait par exemple récupérer une des deux rives de Paris. Mais connaissant Veolia et Suez, c’était parfaitement impossible ! Mais tous tombent dans le panneau, poussés au crime par PAI Partners et BNP Paribas (...)"
Et à l'heure où la SAUR est sous "mandat ad-hoc", la mandataire désignée par le tribunal de Versailles pour trouver un montage financier évitant le redressement judiciaire, doit, selon le journal patronal, savoir jongler avec "63 banques impliquées", des poids-lourds du CAC 40 via leurs filiales, plus quelques "outsiders".

Encore faut-il, pour aviver l'intérêt des repreneurs potentiels se bousculant au portillon, "assainir" autant que possible la situation financière de la SAUR. Et la "variable d'ajustement" usuelle en pareil cas, c'est bien sûr les salaires.
D'où la décision de la direction de limiter en 2013 à 1% leur augmentation.
Ce que les salariés n'ont pas manqué de prendre comme une provocation. D'autant qu'ils ont appris que le PDG de la SAUR avait, lui, empoché en 2012 un bonus de 200 000 euros. D'où l'appel intersyndical à la grève du 3 avril dernier.

Une grève réussie malgré le handicap géographique de la dispersion

La SAUR emploie 12 000 salariés en service sur 10 000 communes. Ses agences sont donc très éclatées sur le territoire national. Ainsi en Loire-Atlantique 240 salariés se trouvent répartis sur les sites de La Baule (par ailleurs siège régional pour la Loire-Atlantique et l'Ille-et-Vilaine), Nort-sur-Erdre, Basse-Goulaine, Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et Vallet.
Difficile dans ces conditions de lancer un mot d'ordre national de grève avec la certitude _ ou à tout le moins l'espoir raisonnable _ qu'il soit suivi. Surtout en l'absence de tout précédent : en effet lorsque l'intersyndicale FO-CFDT-CFTC-CGC-CGT a appelé tous les personnels à cesser le travail le 3 avril, c'était la première fois que semblable appel était lancé depuis la constitution de l'octogénaire SAUR en 1933.
Responsabilité plus délicate encore pour le syndicat "majoritaire", celui le plus exposé au choc en retour en cas d'échec de la mobilisation : en l'occurrence FO, majoritaire nationalement comme localement.
"Mais il fallait savoir prendre des risques, et le pari a été gagné : 40% de grévistes recensés au plan national, ça crée un rapport de forces dans une société comme la nôtre", nous déclare Christophe Courtois, délégué syndical FO à la SAUR 44 et 35, et qui, avec une cinquantaine de ses collègues, manifestait devant l'agence bauloise le 3 avril.
La balle se trouve désormais dans la camp de la direction, saisie d'une demande de réouverture de négociations salariales et confrontée pour la première fois à une grève d'ampleur nationale inédite.
Et si nul ne saurait prédire l'avenir de la SAUR à l'issue du mandat ad-hoc judiciaire expirant le 30 juin, il est d'ores et déjà acquis que la grève salariale du 3 avril constituera, le moment venu, un point d'appui pour les travailleurs. Managers et politiques devront intégrer le fait que, pour défendre ses intérêts, à la SAUR comme ailleurs, la classe ouvrière sait faire entendre sa voix.


Mandat ad-hoc : Sous réserve de ne pas être en situation de cessation de paiement, une entreprise en difficulté peut requérir du Tribunal de Commerce ou de Grande Instance la désignation d'un mandataire ad-hoc.
Le tribunal fixe la durée et l'objet du mandat. Dans le cas de la SAUR: la négociation avec les créanciers de la renonciation à une partie de leurs créances et/ou l'apport par les actionnaires de nouveaux capitaux.