InFOrmation syndicale

Vacances de FO44.ORG, du 22 décembre 2017 au 8 janvier 2018

29 novembre 2013

ILS ÉTAIENT DEUX AMANTS

C’est le temps des petites manœuvres. 
M. Troadec, avec son comité «Vivre, décider, travailler en Bretagne» (tout un programme) est à la barre. A la suite de l’annonce par ses amis patrons bretons d’une vague de licenciements dans l’industrie agro-alimentaire, il faut malheureusement reconnaître qu’il est partiellement parvenu à capter la colère légitime des travailleurs. Les milliers de manifestants qui manifestaient le 2 novembre à Quimper, affublés pour la circonstance d’un bonnet rouge vendu par son ami PDG d’Armor-Lux, pensaient certainement, pour une partie d’entre eux, défendre leur emploi. En réalité, jour après jour, ils découvrent qu’ils ont été manipulés par un patronat qui, comme toujours, défend d’abord ses propres intérêts. Anatole France aurait dit : «on croit mourir pour son emploi et on meurt pour des industriels».


Ces grands patrons bretons, regroupés entre autres dans l’ultra réactionnaire «Institut de Locarn», ont de la suite dans les idées. Ils veulent obtenir une certaine autonomie de la Bretagne, l’indépendance pour les plus exaltés, dans le cadre d’une Europe des régions.

Dans ce conglomérat hétéroclite on retrouve bien évidemment les nostalgiques des provinces de l’Ancien Régime, celui d’avant la République, mais les patrons qui dirigent ces opérations sont probablement peu sensibles à ces considérations identitaires. Eux, ils veulent pouvoir adapter la législation, en particulier le droit du travail, aux «spécificités locales».
Autrement dit, ils ne veulent plus du «carcan» des conventions collectives et autres statuts … Ils ont l’intention de poursuivre leur action en appelant à une nouvelle manifestation à Carhaix. Il n’est pas certain que cette fois leur coup réussisse. Nos camarades ont dénoncé le caractère «corporatiste et régionaliste» de cette initiative. Ils ont raison, et ne doutons pas qu’un jour les travailleurs se dresseront contre les patrons, qu’ils soient bretons ou pas ; et ce avec d’autant plus de colère quand ils auront le sentiment d’avoir été utilisés odieusement.

Mais cette manœuvre n’est pas totalement déjouée qu’en vient déjà une autre. Cette fois, c’est Laurent Berger et Thierry Lepaon qui mènent la danse. Le 23 novembre, ensemble, ils ont défilé pour demander un «pacte social» pour la Bretagne comme complément au «pacte d’avenir» proposé par le gouvernement. Faut les voir sur les photos ! «Ils étaient deux amants qui s’aimaient tendrement … Allons à Lorient pêcher le hareng» dit la chanson !
Plus sérieusement les deux compères prétendent lutter contre l’emploi. Mais comment peut-on empêcher les licenciements quand, telle la CFDT, on soutient la politique de rigueur, quand on se déclare partisan de la réduction des déficits publics qui sert de prétexte aux suppressions de postes, quand on signe l’ANI dont on commence tout juste à voir les effets catastrophiques dans les entreprises qui « dégraissent », quand on approuve le projet de loi sur les retraites ? Comment peut-on se retrouver à Lorient le samedi avec la CFDT, quand le mardi suivant on manifeste avec la CGT-FO pour exiger le retrait de ce même projet de loi ? Thierry Lepaon a peut-être l’échine souple, mais l’exercice a ses limites.

Certes, le nouveau secrétaire général de la CGT n’a jamais caché qu’il était favorable au «syndicalisme rassemblé», mais nous savons aussi que bon nombre de militants de la CGT en ont tiré le bilan. Ils se souviennent qu’en 2010 c’est cette même tactique qui a conduit à l’échec et permis de faire passer la loi Fillon. Il n’est pas certain que ces militants apprécient de voir leur secrétaire général s’acoquiner avec ceux qu’ils combattent tous les jours dans de nombreuses entreprises.

Mais c’est pas tout ! Les deux nouveaux amants ont écrit à notre secrétaire général, Jean-Claude Mailly, pour lui proposer une rencontre. «La société en proie au désarroi peut se laisser entraîner par l’expression des pires populismes» disent-ils !

En clair, on veut nous refaire le coup de l’union sacrée contre le racisme ! Avec un certain nombre d’officines gouvernementales, la CGT et la CFDT appellent à une manifestation le 30 novembre contre le racisme. La ficelle est un peu grosse. En réalité il s’agit ni plus ni moins d’une opération de soutien au gouvernement. D’ailleurs le Parti Socialiste organise aussi un meeting le 27 novembre avec quelques ministres en vedettes. Nous n’avons rien à voir avec celle nouvelle diversion.

Nous savons bien, car malheureusement l’histoire nous l’a appris, que les situations de crise sont propices aux pires aventures. Mais «il faut savoir si la fièvre est maladie ou symptôme ; car, si elle est symptomatique, elle ne pourra être guérie tant que la maladie persistera et persévérera», disait déjà le célèbre chirurgien Ambroise Paré. C’est donc à la maladie elle-même qu’il faut s’attaquer et non à ses symptômes. La médecine symptomatique ne peut pas guérir le malade.

La maladie, nous la connaissons. C’est la politique de rigueur imposée depuis plus de 30 ans par l’Union Européenne, c’est  la "libre circulation des biens et des personnes" du traité de Maastricht qui permet aujourd’hui d’exploiter honteusement des travailleurs comme en Allemagne en les payant 4€ de l’heure. C’est aussi le TTIP (Transatlantic Trade Investment Partnership) actuellement en cours de négociation entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. Ce traité dont l’application est prévue pour 2015 prévoit une immense zone de libre échange, un super Maastricht en quelque sorte. Il regrouperait tous les pays des Amériques y compris l’Amérique du Sud et les pays d’Europe. Il serait lui aussi fondé sur le principe de «libre circulation des biens et des personnes».

Ce n’est certainement en organisant des processions pour l’emploi que nous combattrons ce TTIP négocié dans la plus grande discrétion .. Notons qu’il a été demandé aux négociateurs de «préserver un certain degré de discrétion et de confidentialité» !
Vous avez dit "Démocratie" ???

Dans cette situation, la position de notre Confédération est nette et claire. Nous ne participerons pas à des manifestations qui n’ont d’autre objectif que de semer les illusions. Certains nous ressortent déjà la vieille litanie : FO fait cavalier seul, FO est isolée !

Ces incantations ne nous impressionnent pas, quand bien même serions-nous momentanément seuls que cela ne changerait rien à nos convictions. Nous ne pratiquons pas la politique du chien crevé au fil de l’eau. Nous savons que l’immense majorité des travailleurs et des peuples cherche la voie de la résistance. Que ce soit en Tunisie, en Egypte, en Espagne, Portugal, Grèce … ce combat peut être momentanément détourné, cela ne change rien à la tendance générale.

En France aussi, certains cherchent à envoyer la classe ouvrière sur des chemins de traverse.

Pour notre part, nous disposons d’une boussole ; ce sont les revendications qui dictent notre conduite.

Opposés définitivement à l’unicité ou au syndicalisme rassemblé nous sommes les partisans de l’action commune dès lors que nous sommes d’accord sur les revendications.

Que ce soit vis-à-vis des dirigeants de la CGT ou d’autres organisations syndicales, c’est selon ce principe que nous décidons librement de notre comportement. Nous refusons les combinaisons diverses qui obéissent à de toutes autres considérations qui souvent n’ont pas grand-chose à voir avec le syndicalisme.

Tel est le sens de la déclaration adoptée à l’unanimité par notre dernière commission exécutive confédérale.