InFOrmation syndicale

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31 mars 2014

Ce "syndicalisme idéologique"...


Dans son simulacre de bras-de-fer avec le Medef, le secrétaire général de la CFDT a fustigé la "ringardise" du patronat qui refuserait de reconnaître que l'"entreprise c'est les patrons, c'est aussi les ouvriers". (1)
Apparemment nous serions donc tous dans le même sac ...
Edmond Maire (2) rappelait souvent que la CFDT se voulait "le syndicat de l'Entreprise", notre sac commun ...
Ce "syndicalisme idéologique", tel qu'il se définit lui-même dans le préambule de ses statuts, est aux antipodes du nôtre, le syndicalisme ouvrier, fondé sur la défense et la promotion des intérêts particuliers, matériels et moraux des salariés.

Non, l'entreprise n'est pas "le bien commun" aux patrons et aux ouvriers qui partageraient une "communauté naturelle et organique", siège de "l'intérêt général", pour reprendre le vocabulaire de la "doctrine sociale" corporatiste de l'Eglise de Rome (3).
Oui, l'entreprise est la propriété privée des tôliers qui achètent la marchandise "force de travail" sur le marché du même nom, moyennant salaire. Le contrat de travail établissant le lien de subordination de l'employé à l'employeur.
Soit-dit en passant, les protestations angéliques du genre "le travail n'est pas une marchandise" s'inspirent également de la même idéologie qui nie la lutte des classes ... pour finalement dénier à la classe ouvrière le droit de s'organiser.
A ce propos, à ceux qui croyaient encore que les dirigeants de la CGT s'inscrivaient dans la tradition du syndicalisme ouvrier, Thierry Le Paon vient d'apporter un démenti cinglant. Le 19 février, le secrétaire général de la CGT a en effet déclaré au Nouvel Economiste: "Il n'existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L'entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés (...) Ces deux populations (sic) doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l'intérêt de leur communauté (...) C'est pourquoi je considère que la vocation d'un syndicat ne se résume plus aujourd'hui à protéger les salariés..."  etc. etc.
Le 1er Mai 1941, commémorant la "Fête du Travail", le Maréchal Pétain prononçait un discours à Commentry : " Les ouvriers veulent (...) ne pas vendre leur force de travail comme une marchandise, ne pas être traités comme des machines mais comme des êtres vivants, pensant, souffrant, avoir avec leurs chefs des relations d'homme à homme ( ...)".
Développant le mythe fasciste du "bien commun", étendard de l'"ordre nouveau", il précisait : "Le centre du groupement n'est donc plus la classe sociale, patronale ou ouvrière, mais l'intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise".
Cherchez l'erreur ...
Fort heureusement, dans ce que l'on peut qualifier de sursaut, le Comité Confédéral National de la CGT a mis en minorité son secrétaire général et appelé à la grève et aux manifestations du 18 mars, classe contre classe !

JA

1- Interview de Laurent Berger sur France-Inter le 5 mars, la veille de la signature par la CFDT du "Pacte de responsabilité" Hollande/Gattaz.

2- Secrétaire général de la CFDT de 1971 à 1988. Dirige actuellement la société France Active d'aide à la création d'entreprise.

3- La CFDT déclare "rester fidèle" à  l'"apport de l'humanisme chrétien" dans l'article 1 de ses statuts adoptés au congrès de la supercherie de la "déconfessionnalisation", en 1964.