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10 juin 2014

Fin de règne

par Patrick Hébert

C’est à noter, pour une fois le gouvernement a tenu ses engagements.
Manuel Valls avait annoncé avant les élections européennes que quels que soient les résultats, il ne changerait pas sa politique.
Cette position en dit long sur la nature bonapartiste des institutions de la Vème république, mais aussi sur la conception de la démocratie de ceux qui sont aux affaires.
Le gouvernement et le Président de la République ont subi une défaite magistrale. Après celle des municipales, ce n’est plus une gifle, c’est un aller-retour.
Le soir même du scrutin, le Premier ministre, et au lendemain, le Président, confirmaient qu’ils maintenaient la politique d’austérité, en particulier le pacte de responsabilité, et qu’ils s’asseyaient sur le vote des électeurs que pourtant, ils incitent, avec insistance, à aller déposer pieusement leur bulletin dans l’urne.
Nous sommes incontestablement entrés dans une crise politique - et institutionnelle - majeure.

Alors qu'en Espagne le roi Joan Carlos abdique et que les républicains manifestent, en France le gouvernement décide d'accélérer la mise en oeuvre du pacte de responsabilité et de la réforme territoriale.
Aux dernières nouvelles, il maintiendrait les départements. Plus précisément, il n’en conserverait que le cadre administratif tout en les vidant de leur contenu, en transférant leurs compétences aux futures «groBe» régions, autrement dit länder, comme en Allemagne …
S’il a décidé finalement de conserver les apparences des départements, ce n’est pas pour respecter une institution issue de la Révolution française, mais c’est parce que cette opération supposait une réforme constitutionnelle dont le résultat était pour le moins aléatoire. On n’est jamais trop prudent …
Pour nous convaincre qu’il y a urgence à agir, on nous bombarde depuis des mois avec cette escroquerie du «mille-feuilles».
Depuis plusieurs dizaines d’années, les gouvernements ont multiplié les strates administratives, diminuant à chaque fois les prérogatives des communes et des départements.
On nous a expliqué qu’il s’agissait de rapprocher la décision du citoyen, alors qu'en réalité il s'agit de s’exonérer de toute possibilité de contrôle réel.

Le gouvernement poursuit deux objectifs :
- d’une part créer des régions de taille suffisante dans la perspective de l’Europe des régions qui suppose la disparition des état s nations.
- d’autre part, faire des économies pour répondre aux injonctions de Bruxelles.

Valls et Hollande se sont, parait-il, réunis comme deux grands samedi soir 31 mai pour procéder au découpage. Puisqu’ils cherchent des économies, on pourrait leur suggérer de réduire les régions à une seule que l’on pourrait appeler France. Mais ça, ce n’est pas conforme à l’objectif d’une Union européenne fédérale…
Nous connaîtrons bientôt les conclusions de ces «grands stratèges». Mais quel que soit ce nouveau découpage, il est à parier qu’il y aura des mécontents et des réactions, y compris dans le clan de l’actuelle majorité.
Par exemple, aux dernières nouvelles, à prendre avec prudence, les "Bonnets rouges" et ceux qui les manipulent, auraient raté leur objectif de reconstitution du moyenâgeux Duché de Bretagne.
Les Pays-de-la-Loire seraient mariés avec le Poitou-Charente. Pourquoi pas ? A ce petit jeu de monopoly, tout est possible. Wait and see !
La décision de diminuer le nombre de régions obéit aussi à un objectif financier : 15 à 20 milliards d’économies nous dit-on. Il n’est pas certain que le gouvernement y parvienne. Mais il est sûr qu’il va tenter de réduire encore les emplois, tout en affirmant que sa préoccupation principale est la lutte contre le chômage.
Nous sommes plus que jamais dans la logique de l’austérité.

La classe ouvrière ne supporte plus cette politique. Elle l’a manifesté, y compris sur le plan électoral, en s’abstenant massivement le 25 mai.
A ce sujet, il faut dénoncer cette affirmation selon laquelle les travailleurs voteraient massivement pour le Front National. La réalité, c’est que dans les quartiers ouvriers, l’abstention a parfois dépassé les 80 %. Cette manipulation des chiffres vise à camoufler la situation véritable.

Le rejet de la politique de l’Union européenne relayée par le gouvernement s’exprime aussi par le refus de participer à ces mascarades.
Certes, la classe ouvrière, pour l’instant, n’a pas déferlé dans la rue. Pour autant, elle ne confie pas son sort à un quelconque parti politique. Il y a de nombreux conflits, souvent liés à des fermetures d’entreprises, à des suppressions d’emplois ou sur la question des salaires.
Il est certain que cette situation ne pourra pas durer. Tôt ou tard, la classe ouvrière entrera en action. Tout le monde sent bien que la situation est explosive. Nous sommes sur un volcan disait récemment Jean-Claude Mailly. Même la CFDT, réunie actuellement en congrès, menace de quitter le pacte de responsabilité. C’est dire …

Pour notre part, nous ne changerons pas de cap. Nous avons notre boussole : la satisfaction des revendications, en particulier les salaires, la défense des statuts, des conventions collectives, et de la protection sociale.
Nous ne cherchons pas d’alliances de circonstance du type «syndicalisme rassemblé» qui conduisent à l’impasse. Que ce soit au plan local ou national, nous pratiquons l’action commune pour gagner.
Nous ne cherchons pas à «exprimer un mécontentement». Les travailleurs n’ont pas besoin de nous pour cela, ils l’expriment chaque jour, y compris sur le terrain électoral.
Avec ceux, quels qu’ils soient, qui partagent les mêmes objectifs, nous travaillons à réunir les conditions permettant l’expression du rapport de force réel.

La classe ouvrière, malgré les coups reçus, est bien debout et elle combat déjà. Il faut une perspective permettant de l’emporter. La question qui est à l’ordre du jour, c’est la grève jusqu’à satisfaction, public-privé, tous ensemble.