InFOrmation syndicale

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15 avril 2015

La résistance en marche

par Patrick Hébert

Immense succès ! La grève et les manifestations du 9 avril sont la marque d’un tournant dans la situation politique.
A l’occasion des récentes élections cantonales les travailleurs se sont massivement abstenus, à 60% et parfois 70% dans des bureaux de vote des quartiers populaires.
A l’inverse, le 9 avril, malgré un boycott scientifiquement organisé par les médias, la classe ouvrière s’est exprimée sur son propre terrain.
Il y aura probablement quelques esprits choqués qui, de ci de là, de «droite» à «gauche», chercheront  minimiser la portée de cet événement. Ce n’est pas grave. «Les chiens aboient, la caravane passe».

Certes, ce n’est pas la grève générale à laquelle chacun aspire et pour laquelle d’aucuns prient chaque jour. 150 000 manifestants à Paris, des dizaines de milliers en Province, une grève avec parfois des résultats importants, en particulier dans l’enseignement, mais aussi dans de nombreuses entreprises : ce n’est pas un déferlement, mais cela confirme que la classe ouvrière est à l’offensive.

Parce que nous regardons les choses telles qu’elles sont et non comme nous voudrions qu’elles soient, nous savons que le contexte est compliqué.
Il y a d’abord la situation objective avec en particulier le chômage de masse et la précarité qui rendent la mobilisation plus difficile.
Il y a aussi la situation subjective. Le gouvernement aux ordres de l’Union Européenne et le patronat manœuvrent, et c’est de «bonne guerre», pour minimiser le 9 avril et pour différer l’affrontement.
Par ailleurs, nous savons comment, au nom de "l’unité", il est possible d’enterrer un mouvement et de le conduire à l’échec. Nous l’avons vécu en 2010. La Confédération Européenne des Syndicats, qui est l’expression institutionnalisée du «syndicalisme rassemblé» anesthésiant cherche à nous entraîner à nouveau dans cette voie. Tous les prétextes sont bons pour organiser des manifestations œcuméniques quelconques qui servent de «cache-sexe» à son soutien à l’Union Européenne.

Le 9 avril a été une réussite aussi parce qu’il a été un facteur de clarification. L’axe de la résistance s’en trouve renforcé.
Pour autant, les patrons du syndicalisme unicitaire, de la «reconnexion syndicale» comme disait Thierry Lepaon, n’ont pas disparu. Dans la CGT, notamment, la bataille continue.
Dans la préparation de la mobilisation pour le 9 avril nous avons pu constater que certains étaient, disons plus réservés que d’autres …
Tout cela fait partie du contexte politique, et nous n’ignorons pas que la lutte de classes (comme la guerre) nécessite de bien mesurer le rapport de forces réel.

Notre rôle de militant est d’essayer d’analyser ces processus, afin d’avancer des perspectives qui permettent d’aider la classe ouvrière à se mobiliser pour gagner. Ce sont les gauchistes de 1968 qui voulaient prendre leurs idées pour des réalités. Nous, nous savons que «l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes».
C’est certes moins romantique, et plus conforme à la réalité. Il faut d’autant plus garder "la tête froide" que le combat est et sera difficile.

Malgré ses difficultés, en particulier au plan électoral, le gouvernement continue à mettre en œuvre sa politique ultraréactionnaire. Certains ont pu rêver que les "frondeurs" pourraient calmer les ardeurs de MM. Valls et Hollande, mais si on en juge par la préparation du congrès du parti socialiste, ceux-là risquent fort d’être déçus. Les autres opposants potentiels, telle Tartarine de Tarascon, se sont déjà ralliés …

Contraint de donner de nouvelles garanties à l’Union Européenne, le gouvernement a décidé d’aller encore plus loin dans son œuvre de démantèlement de nos conquêtes sociales. Il s’attaque maintenant au cœur du code du travail, de nos statuts et de nos conventions collectives.
Ainsi, Manuel Valls a-t-il confié une mission à Jean Denis Combrexelle, haut fonctionnaire de son état. Il est chargé de mener «un groupe de réflexion» qui rendra ses conclusions fin septembre en vue d’une conférence avec «les partenaires sociaux» à l’automne. Selon le journal patronal La Tribune, il s’agit «de faire de l’accord d’entreprise la principale norme du droit du travail». Inverser la «hiérarchie des normes», voilà l’objectif. En clair tout pourrait être négocié au niveau de l’entreprise, et ces accords, même inférieurs au code du travail ou aux conventions collectives, pourraient s’appliquer, et ce, dans des domaines tels que les horaires de travail mais aussi les règles de licenciement.

Jean Auroux avait commencé en 1982. Martine Aubry avait poursuivi avec sa loi sur les 35 heures en 1998. La CFDT a complété en 2013 en signant les accords dits de «maintien de l’emploi». Le gouvernement veut maintenant parachever cette œuvre de destruction.
Ajoutons que ces accords pourraient même être signés par le biais du mandatement dans les entreprises dépourvues d’organisation syndicale !
Notons que le gouvernement doit bien mesurer le caractère explosif de son projet, car il s’est fait plutôt discret à son sujet !

Nous savions que la grève et les manifestations du 9 avril ne seraient pas suffisantes pour faire reculer le gouvernement. Mais incontestablement l’ampleur de la mobilisation est un point d’appui important. Sans aucun doute les travailleurs se trouvent renforcés dans les nombreux conflits actuellement en cours, et, même si nous le lisons pas dans le marc de café, ne doutons pas que le 9 avril contribuera à nourrir leur volonté de faire aboutir les revendications par la grève quand elle est nécessaire.
Alors, «reprenons, impassibles, la besogne syndicale, obscure, mais féconde» (Fernand Pelloutier - "Lettre aux anarchistes").

Face au gouvernement, au patronat et à leurs collaborateurs, renforçons l’axe de la résistance !