InFOrmation syndicale

26 au 30 juin : Stage CHSCT

14 décembre 2015

Non au coup d’état permanent

par Michel Le Roc’h, secrétaire général de l’UD CGT-FO de Loire-Atlantique

Au soir du deuxième tour des élections départementales, le 29 mars dernier, le premier ministre Manuel Valls avait annoncé que malgré la défaite cuisante des candidats de son parti, il maintiendrait « le cap coûte que coûte » des « réformes » engagées.
C’est ainsi qu’au lendemain des élections, à marche forcée et à coup de « 49-3 », il a fait adopter les lois Macron et Rebsamen qui constituent, après la loi du 14 juin 2013 sur « la sécurisation de l’emploi », la base législative de la déréglementation en cours.

Dès le retour des vacances, activement soutenu et encouragé par la Cfdt et le Medef, il a enfoncé le clou en annonçant qu’il allait s’en prendre au code du travail, le réduire à un ensemble de « principes fondamentaux », renverser la hiérarchie des normes et donner plus de place aux accords d’entreprise.

Après avoir applaudi l’accord sur les retraites complémentaires qui repousse, à compter de 2019, l’âge de départ à la retraite d’un an pour bénéficier d’une retraite à taux plein, il soutient maintenant le projet de loi de « modernisation du système de santé » de Marisol Touraine, qui avec le projet de loi de « financement de la Sécurité sociale » conduisent à une diminution de l’offre de soins, avec ses 3,4 milliards d’€ d’économies et ses 22 000 suppressions de postes dans les hôpitaux.

Cette cagnotte de 3,4 milliards d’€ est une composante d’un vaste plan d’économies de 50 milliards d’€ qui étrangle les services publics, les collectivités territoriales, la protection sociale et réduit considérablement le pouvoir d’achat des fonctionnaires dont le point d’indice est bloqué depuis juillet 2010.

La croissance est en berne, le pouvoir d’achat également, le chômage explose. Et pendant ce temps, dopés par les 41 milliards d’€ du pacte de responsabilité, les bénéfices, en particulier ceux du CAC 40, augmentent considérablement. Après avoir progressé de 33% en 2014, les bénéfices de ces entreprises ont de nouveau grimpé de 38% au premier semestre 2015. Les actionnaires ont reçu pour leur part en 2015, au titre des dividendes de 2014, 56 milliards d’€ !

La déroute électorale du président de la République François Hollande, du premier ministre Manuel Valls et de son gouvernement est clairement à mettre au compte de toutes les mesures prises au service du patronat. En fait, ce qui est sanctionné, comme à l’occasion des précédentes échéances électorales, y compris sous la présidence de Nicolas Sarkozy, c’est cette politique de soumission aux critères de convergence de l’Union européenne, du FMI et de la Banque mondiale.

Mais cette fois, l’onde de choc créée par cette débâcle accentue à un niveau jamais atteint la crise qui secoue tous les partis et les institutions de l’État lui-même. Et ce n’est pas le soutien de la C<br /><br />fdt au gouvernement, exprimé à nouveau dimanche soir, qui changera cette situation.

Au lendemain du 2ème tour, et quels que soient les résultats définitifs des élections régionales, le chef du gouvernement annoncera sans aucun doute sa volonté de poursuivre dans la même direction et de maintenir le cap « coûte que coûte ». Dans ce contexte, la tentation est grande de recourir à l’état d’urgence de manière permanente et systématique, c’est à dire ni plus ni moins à la dictature.

Des manifestations sont d’ores et déjà interdites, des interpellations et assignations à résidence sont décidées, sans aucun lien avec la « lutte contre le terrorisme ». Les tragiques évènements du 13 novembre sont aujourd’hui le prétexte à une restriction des libertés individuelles, notamment le droit de manifester.

Il ne peuvent être le prétexte à aller encore plus loin dans le démantèlement des garanties statutaires et conventionnelles, ainsi que dans l’abaissement du coût du travail. L’intervention de Pierre Gattaz, au micro de RTL, quelques heures seulement après le 1er tour des élections régionales, prônant un « plan d’urgence » contre le chômage, à la hauteur des mesures déployées contre le terrorisme, préfigure une nouvelle offensive contre la classe ouvrière.

Il prend exemple sur « les réformes Hartz », entreprises par le chancelier Gerhard Schröder pour réformer le marché du travail allemand entre 2002 et 2005. Plus de dix ans après, les résultats sont édifiants. Selon plusieurs sources statistiques, il y aurait en Allemagne entre 6,5 et 7 millions de salariés, titulaires de « mini-jobs » avec un salaire mensuel de 450 € maximum, exonéré de cotisations sociales pour les salariés et avec un taux fixe d’imposition de 30% pour les employeurs.

C’est le prix à payer selon Pierre Gattaz pour lutter contre le chômage. Soyons assurés que ces propositions, comme à l’accoutumée, retiendront l’attention certaine du 1er ministre et du ministre de l’Économie, qui rêvent de refonder en profondeur « le marché du travail ».

Pour bloquer toutes ces mesures et menaces, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces. La décision prise à l’occasion du dernier Comité Confédéral national de « prendre toutes les initiatives pour construire le rapport de force par la grève interprofessionnelle » trouve un écho de plus en plus grand parmi les militants et les travailleurs. La détermination des 2.000 délégués des syndicats FO des services publics et de santé réunis à Reims fin novembre, scandant à tout rompre à la clôture du congrès « le rapport de force ! le rapport de force ! » est révélatrice de l’état d’esprit actuel des militants.

Alors continuons à mobiliser tous azimuts : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! »