InFOrmation syndicale

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07 janvier 2016

FO Laïta Ancenis : «Aujourd’hui, nous sommes ultra-majoritaires»

Interview parue dans l'OS n°660 - Abonnement_2016

Entretien avec Christophe Viau, délégué syndical central CGT-Force ouvrière Laïta.
En 2009, la Laiterie du Val d’Ancenis est devenue un site LAÏTA, suite à la fusion des activités laitières de trois coopératives : Terrena, Even et Triskalia. Socialement rattachée au groupe Even, dont le siège social est à Brest, LAÏTA est une Union économique et sociale administrée par des agriculteurs.


OS – Christophe, peux-tu présenter ton syndicat ?
CV – Nous étions trois camarades – Daniel Cocaud, Christophe Pelé et moi-même –, lorsque nous nous sommes présentés aux élections professionnelles de mai 1999 à la Laiterie du Val d’Ancenis. Nous avons présenté une liste en DP avec 7 autres camarades et avons été majoritaires. Aujourd'hui, nous sommes ultra-majoritaires. En 1999, les salariés de la Laiterie s’étaient saisis des élections pour rejeter l’accord 35 h signé par la CFDT. C’était un mauvais accord, qui avait fait perdre aux collègues en horaires décalés une partie de leur majoration. Un mois après les élections, nous avons constitué le syndicat FO.

OS – Quelles actions revendicatives avez-vous menées depuis la création du syndicat ?
CV – En 1999, suite à l’accord 35h signé par la CFDT, les salaires avaient été gelés. La direction avait par ailleurs mis en place un système de double grille qui bloquait pendant 8 ans le salaire des nouveaux arrivants. Nous avons effectué notre première négociation en 2000. En 2001, après 1 jour et demi de grève, nous avons obtenu + 2,5% d’AG, une meilleure prise en compte de l’ancienneté et la suppression de cette double grille. En 2005, après deux dépôts de préavis de grève et un jour de grève, nous avons conservé le bénéfice du jour férié pour le lundi de Pentecôte – qui n’a donc pas été transformé pour nous en « journée de solidarité ». En 2007 et en 2009, nous avons à nouveau déposé des préavis de grève pour peser sur les négociations annuelles. Et en mai de cette année, nous avons appelé à la grève.

OS – Vous avez fait grève quatre jours, du 19 au 22 mai 2015, pour des augmentations générales de salaires. Peux-tu nous en parler ?
CV – La direction LAÏTA avait unilatéralement décidé qu’il n’y aurait pas d’augmentation de salaires : 0 %. Face à ce blocage, nous, Force ouvrière, avons revendiqué +3 % d’augmentation générale (AG) et avons appelé à la grève sur cette base. Les autres syndicats CFDT, CGT et CGC n'ont pas suivi le mouvement, prétextant que la négociation future sur la classification était plus importante. Au premier jour de grève, mardi 19 mai, l’usine a été stoppée à 90 %. Le lendemain, mercredi, il y a eu un vote : 90 % pour reconduire la grève. Et le jeudi, encore 90 %. La direction n’a pas cherché à négocier : elle nous a même annoncé ce même jeudi que du lait avait été mis à l’égout. La situation devenait très tendue, il fallait éviter le pourrissement. Le vendredi, plus de 200 grévistes sur 250 voulaient arrêter. On a suspendu le mouvement.

OS – Tu dis que la direction a préféré jeter du lait plutôt que de négocier une augmentation des salaires avec le syndicat. Cela me fait penser à ce qu’il s’est passé à Manitou en juillet…
CV – La direction a tout tenté pour pourrir le mouvement de grève, contre la revendication de +3% d’AG. C’est une journée entière de lait qu’elle a décidé de jeter. Par ailleurs, on sait également qu’elle a détourné le lait vers d’autres laiteries. Il est important de le souligner que beaucoup d’agriculteurs n’avaient pas d’hostilité contre les grévistes. Ils ont compris pour la plupart nos revendications et ils n’ont pas accepté que le lait soit jeté.

OS – Outre l’attitude de la direction, quels enseignements tires-tu de la grève ?
CV – Dans la grève et la revendication, le syndicat FO et les salariés grévistes ont donné la preuve de leur détermination, dans le respect de l’outil de travail. Et les collègues le savent très bien. Même si la grève n’a pas été un succès, ils nous ont exprimé une fois de plus leur confiance lors des dernières élections professionnelles.
Ils ont choisi Force ouvrière, syndicat libre et indépendant, parce qu’ils savent que nous ferons tout ce que nous pourrons dans les prochaines négociations pour conserver nos acquis et en obtenir de nouveaux.

OS – Peux-tu revenir sur les élections professionnelles qui se sont déroulées au mois d’octobre 2015 ? Elles ont conforté FO en tant que première organisation syndicale sur le site d’Ancenis, devant la CFDT et la CFE-CGC…
CV – Comme je le disais, nous sommes ultra-majoritaires sur le site d’Ancenis et nous renforçons encore notre implantation. Dans le premier collège, il y a eu près de 75 % des voix pour FO ! Nous gagnons un siège au sein du comité d’entreprise, où nous passons de 3 à 4 sièges. Idem pour les délégués du personnel, où nous passons de 4 à 5 sièges, tandis que la CFDT n’en a plus qu’un seul. Ces élections ont permis d’incorporer des collègues plus jeunes qui, du fait des résultats, ont été élus. Cette jeunesse est prête à défendre les revendications.

OS – Quelles sont vos perspectives ?
CV – Notre détermination est plus que jamais intacte au moment d’aborder les négociations annuelles obligatoires (NAO) 2016. Il en va de même pour le nouvel accord, dit « classification et convergence des salaires », que la direction du groupe veut mettre en œuvre. Il faut savoir que les salaires sur Ancenis sont plus hauts que ceux de nos collègues de Bretagne, parce que nous avons cette tradition, celle de la grève ou du préavis de grève quand c’est nécessaire. On n’accepte pas 0%, on ne cautionnera pas une perte d’acquis sociaux.