InFOrmation syndicale

VACANCES "FO44.ORG" DU 15 JUILLET AU 1er SEPTEMBRE 2017

28 janvier 2016

! No pasarán !

par Michel Le Roc’h, secrétaire général de l’UD CGT-FO de Loire-Atlantique

Près de 4 000 agents de la fonction publique, de la Sécurité Sociale, de Pôle Emploi, de la santé privée et de l’action sociale ont fait grève et manifesté à Nantes et Saint-Nazaire ce jour pour l’augmentation des salaires et contre les réformes incessantes qui affaiblissent considérablement le service public.
De nombreuses délégations des entreprises du département, comme Manitou, Airbus ou la Centrale EDF de Cordemais étaient présentes. Nationalement, 150 000 agents ont défilé dans les rues des principales villes du pays.

Dans les cortèges, les militants « Force Ouvrière » étaient nombreux et déterminés, en particulier les enseignants des collèges, de plus en plus nombreux à rejoindre le syndicalisme libre et indépendant pour combattre la « réforme des collèges ». Najat Vallaud Belkacem, qui avait d’autres « chats à fouetter », est restée silencieuse. Ses services ont annoncé un taux de grévistes de 22,5%, oubliant une fois de plus de préciser le mode de calcul fantaisiste conduisant à un tel résultat. Le ministère de l’Éducation Nationale est décidément coutumier de ces petits arrangements. 41 000 grévistes recensés en début de matinée avec moins de 100 000 collègues en service au même moment sur les 184 000 enseignants de collèges, cela donne près d’un professeur sur deux en grève.

Malgré les pressions et les menaces de sanction, et après trois journées de grève, les enseignants des collèges ont montré qu’ils restaient mobilisés contre une « réforme »  qui conduit à la suppression d’environ 400 heures de cours disciplinaires de la 6ème à la 3ème, à la disparition de classes européennes et bi-langues et à la définition de 20% des enseignements au niveau local. N’oublions pas non plus, contrairement aux discours officiels,  que le nombre de professeurs ne cesse de baisser. Entre 2008 et 2015, le nombre d’élèves du second degré a augmenté de 90 100. Sur la même période, le nombre de professeurs a baissé de 4,3%, de 404 226 à 387 030.

Au delà de l’exigence de l’abandon de toutes les « réformes » mises en œuvre dans les trois versants de la Fonction Publique, dont celle des collèges n’est qu’un élément, les fonctionnaires manifestaient pour revendiquer une augmentation de 8% du point d’indice. Ce matin, la ministre de la fonction publique Marylise Lebranchu, plus loquace que sa collègue de l’éducation nationale, indiquait que le blocage du point d’indice avait permis d’économiser sept milliards à l’État. Sept milliards à mettre en rapport avec les 100 milliards transférés dans les poches du patronat en trois ans !

Sans surprise, elle a d’ores et déjà prévenu que sa « marge de manœuvre » budgétaire était « très faible ». Elle envisage donc « une augmentation symbolique » du point d’indice, loin des 8% revendiqués. Le gouvernement est bien plus préoccupé à poursuivre sa politique d’abaissement généralisé du coût du travail. Qu’importe que les salaires soient bloqués, que les hôpitaux et tous les services publics soient au bord de la rupture, le gouvernement avec le soutien du Medef et de la Cfdt poursuit dans la même direction et s’apprête maintenant à modifier de fond en comble le code du travail.

A Davos, Emmanuel Macron assure que la loi sur les 35 heures sera «de facto» vidée de son contenu dans la prochaine réforme du marché du travail qui sera présentée au printemps. Sous réserve de la signature d’un accord d’entreprise, la majoration légale des heures supplémentaires - 25% en principe pour les huit premières heures, 10% en cas d’accord dérogatoire - pourrait carrément tomber à zéro, ce qui, selon le ministre, signifierait la fin des 35 heures.

A Paris, Manuel Valls s’est voulu rassurant et a déclaré qu’au delà de la durée « normale » du travail, il y aurait des « compensations ». Mais la publication du rapport « Badinter » a de quoi inquiéter (1). Celui-ci énumère 61 principes devant régir le futur code du travail. Le comité « Badinter » affirme avoir travaillé à « droit constant ». Et pourtant, le principe de faveur et de la hiérarchie des normes n’est pas affirmé clairement. Une dizaine d’articles posent des principes assortis de dérogations laissées à la discrétion du législateur. L’article 33 sur le temps de travail insiste à titre d’exemple sur la possibilité ouverte d’un accord collectif fixant une durée différente de « la durée normale du travail ».  L’article 1 substitue à la notion de « salarié », celle de «personne » dont les libertés et les droits peuvent être limités en cas de nécessité !

Les principes définies par le comité « Badinter » constitue ainsi le premier niveau du futur code du travail avec cet objectif à peine dissimulé d’affaiblir la portée du contrat de travail et des garanties collectives. Le gouvernement tente en fait de liquider plus d’un siècle d’acquis sociaux. Le patronat rêve depuis longtemps d’un retour au contrat de louage de service, débarrassé de toutes contraintes. Le rêve va t-il enfin devenir réalité ?

Heureusement, cette volonté de détruire les acquis sociaux se heurte à la résistance de la classe ouvrière. Nous savons que la décision prise de prolonger l’État d’urgence, celle de condamner 8 syndicalistes de Goodyear à 9 mois de prison ferme, n’a que comme seul but de nous contraindre à renoncer à nos revendications et à l’action syndicale.

Mais ils n’y arriveront pas !

Fort du succès du 26 janvier, nous allons poursuivre et préparer minutieusement, avec la confédération, les conditions de la riposte interprofessionnelle qui permettra de renverser la situation.


(1) Rapport Badinter
- Article 1 : « Les libertés et droits fondamentaux de la personne sont garantis dans toute relation de travail. Des limitations ne peuvent leur être apportées que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »
- Article 33 : « La durée normale du travail est fixée par la loi. Celle-ci détermine les conditions dans lesquelles les conventions et accords collectifs peuvent retenir une durée différente. Tout salarié dont le temps de travail dépasse la durée normale a droit à une compensation. »