InFOrmation syndicale

VACANCES "FO44.ORG" DU 15 JUILLET AU 1er SEPTEMBRE 2017

12 janvier 2017

La valse des vautours

par Michel Le Roc’h, secrétaire général de l’UD CGT-FO de Loire-Atlantique
Dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire du groupe coréen STX Offshore & Shipbuilding, propriétaire à 66,6% du chantier naval de Saint-Nazaire, le tribunal de commerce de Séoul a désigné le groupe public italien de construction navale Fincantieri comme repreneur de STX France.

Le plus grand chantier de construction navale en Europe constituait  il y a dix ans encore la division Marine du groupe Alstom. Avec l’objectif de former un nouveau géant mondial de la construction navale, le norvégien Aker Yards rachète Alstom Marine en 2006 pour une bouchée de pain, tout juste 50 millions d’euros, alors qu’Alstom a investi 350 millions d’euros quelques mois auparavant pour moderniser le chantier naval. Quelques mois plus tard, l’homme d’affaires norvégien Kjell Inge Røkke à la tête d’Aker, la maison-mère d’Aker Yards, décide de se séparer de ses chantiers navals, empochant au passage quelques dizaines de millions d’euros de bénéfice.

Puis, à la surprise générale, le coréen STX Offshore & Shipbuilding prend le contrôle d’Aker Yards en 2008, avec l’ambition de devenir, lui également, l’un des géants mondiaux de la construction navale. Le coréen STX n’a jamais été en mesure d’aider sa filiale de Saint-Nazaire, quand celle-ci se débattait pour remplir son carnet de commandes, embourbé comme la majorité des groupes de construction navale en Corée dans une crise sans précédent. Le gouvernement coréen, incapable d’aider efficacement son industrie, a même annoncé récemment que les différents groupes coréens devraient réduire leur capacité de production de 20% d’ici la fin de l’année 2018, aboutissant au licenciement de 60 000 des 200 000 salariés du secteur.
En l’absence d’un autre repreneur, c’est donc l’italien Fincantieri qui semble tenir la corde, l’état français restant actionnaire minoritaire.

Cette annonce suscite à juste raison de vives inquiétudes parmi les salariés du dernier grand chantier français et au-delà même. Compte tenu de la politique constante de réduction des coûts salariaux pratiquée par le groupe italien, le risque est  grand de voir certains « doublons » supprimés. C’est le cas du service commercial, du service « achats » et des bureaux d’études. Plusieurs centaines d’emplois seraient ainsi menacés à Saint-Nazaire.

N’oublions pas que le groupe public Fincantieri n’a pas hésité à supprimer 2 000 emplois en 2008. 80% des salariés, dont de nombreux travailleurs détachés, dépendent d’un réseau obscur d’entreprises sous-traitantes. Selon les syndicats italiens, certaines seraient liées à la Mafia avec des salariés payés à peine 4€ de l’heure !

Malgré ces dénonciations publiques et officielles auprès des pouvoirs publics italiens et auprès de la Direction Générale de Fincantieri, rien n’a été fait pour faire le ménage. Une organisation syndicale déclarait en avril 2015 devant une commission de la Chambre des députés : « En tant que syndicat, nous avons proposé à l’entreprise de convenir de règles […] mais dans les faits, et au-delà des déclarations de principe, Fincantieri refuse malheureusement que nous nous confrontions sur ces sujets, et propose des palliatifs inefficaces ».

Que peut donc gagner le chantier naval de Saint-Nazaire dans une telle aventure ? Rien. Mais il peut à coup sûr tout perdre : ses commandes, son savoir-faire et ses emplois.  Avec dix ans de commandes, une solide expérience et sans la présence de puissants prédateurs, le chantier naval de Saint-Nazaire ne pourrait-il pas s’en sortir ?

Entre 1980 et 2014, l’industrie française a perdu 40% de ses emplois (2 221 000). De nombreux fleurons de l’industrie ont été rachetés par des groupes étrangers. Au nom de « la concurrence libre et non faussée », les gouvernements qui se succèdent justifient même l’injustifiable et laissent faire, accompagnant même le démantèlement de nombreux secteurs de l’industrie. Il en a été ainsi pour la branche énergie du groupe Alstom rachetée par le géant américain General Electric qui s’est traduit, malgré les « engagements » de ce dernier, par 700 suppressions d’emplois !

Peut-on continuer à laisser faire ? L’état français qui subventionne à fonds ouverts une minorité de financiers, ne pourrait-il pas sortir quelques dizaines de millions d’euros pour prendre une majorité de contrôle et nationaliser le chantier ? Car, bien évidemment, sa nationalisation conduirait à la sauvegarde du chantier naval de Saint-Nazaire et de tous ses emplois !
C’est cette orientation que nous défendons, en proposant l’action commune, comme en 2010, lorsque le carnet de commandes était vide. Le 11 février 2010, dans une motion adressée au Président de la République de l’époque, les Unions départementales de Loire-Atlantique demandaient ensemble « à l’état de s’impliquer totalement pour garantir l’avenir des chantiers navals, y compris en devenant actionnaire majoritaire ». Le 3 mars suivant, 7000 travailleurs se rassemblaient devant le chantier.
Seule la mobilisation des salariés des chantiers, avec l’appui de tous les secteurs de la classe ouvrière, nous permettra d’obtenir satisfaction.