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18 octobre 2017

Sécurité Sociale : Réunion débat Union Locale de St Nazaire

Défendre la Sécurité Sociale  de 1945
Jeudi 21 septembre, sous la présidence de Gérard Caillon secrétaire de l’UL avec Joël Danto responsable de l’association des retraités, une cinquantaine de participants ont pu écouter et débattre avec Gérard Da Silva - auteur du livre  « Georges Buisson, père de la sécurité sociale » - et Didier Hotte, secrétaire adjoint de l’UCR FO. Une discussion s’est ensuite ouverte avec les participants, laquelle s’est poursuivie lors d’un repas en commun pour ceux qui le souhaitaient.

En introduction, Gérard Da Silva a insisté sur l’actuelle désinformation relative aux origines de la Sécurité Sociale française. Ni « Bismarckienne », ni « Beveridgienne » - comme le prétendent M. Macron et ses adeptes, relayés par des universitaires serviles et les responsables actuels de la Sécu - elle est bel et bien le fruit d’un long combat ouvrier et syndical.

Georges Buisson, employé de commerce né en 1878, décédé en 1946, syndiqué dès 1901, fut membre du Bureau confédéral clandestin de la CGT confédérée durant la seconde guerre mondiale. Gérard Da Silva a retrouvé et publié le projet d’ordonnance - « portant organisation de la Sécurité Sociale » - rédigé par Georges Buisson et présenté le 24 juillet 1945 à l’Assemblée Consultative Provisoire, occulté et passé sous silence depuis lors. L’ordonnance définitive, du 4 octobre 1945 reprendra l’essentiel des 88 articles rédigés par Buisson1 … cependant amendés et édulcorés pour satisfaire le patronat, la CFTC et la mutualité.

Les orateurs ont rappelé les circonstances qui ont permis la création de cette conquête sociale déterminante, aujourd’hui menacée par M. Macron.
Après la seconde guerre mondiale et ses considérables destructions humaines, c’est bien la forte mobilisation populaire et la peur des possédants de perdre leur pouvoir - corrélative avec l’affaiblissement, temporaire, de l’organisation patronale CGPF, illégitime et hors jeu du fait de sa collaboration avec le régime de Pétain et le 3ème Reich nazi - qui la rendis possible grâce au combat insistant de la CGT via Georges Buisson au sein du Conseil national de la résistance.

Les principes fondamentaux, défendus par la CGT confédérée depuis des décennies furent ainsi enfin mis en œuvre :
  • L’obligation d’affiliation pour l’ensemble des salariés
  • Le précompte des cotisations dues aux caisses de Sécu  (prélèvement sur la paye : « le salaire différé »)
  • La gestion corrélative par les représentants des syndicats ouvriers (et patronaux).
  • L’égalité des droits aux prestations et à leurs remboursements.
Didier Hotte a fait part de ses inquiétudes sur l’actualité des menaces, en soulignant que ce sont justement ces principes fondateurs qui sont dans le viseur du bien mal élu Président de la république actuel.

Les patrons que sert ce dernier, se sont toujours battus contre la Sécu, afin de développer les assurances privées. Souvenons-nous des propos de M. Kessler, ancien vice-président du MEDEF, dans l'éditorial du magazine Challenges d’octobre 2007 : (extraits)
« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. … Il est grand temps de le réformer …. statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »
C’est aujourd’hui le plan de travail affiché et « assumé » de M. Macron.

En prétendant « compenser » – pour les salariés en activité (du privé) - la hausse de la CSG  de 1,7 %, par la diminution des cotisations d’assurance chômage et maladie, le gouvernement prétend à une opération indolore, financièrement, pour les salariés actifs. En réalité cette fiscalisation, menée à son terme, engendrerait une grave remise en cause d’une conquête ouvrière déterminante.

Car, substituer l’impôt CSG (« contribution sociale généralisée ») aux « cotisations », équivaut au vol, pur et simple, du salaire différé des salariés : tout bénéfice pour les patrons, « exonérés » de cotisations sociales mais la fin des droits à une protection sociale collective et solidaire pour les salariés … car contrairement à une cotisation, un impôt n’ouvre aucun droit.

Si les ressources de la CSG sont, pour le moment, affectées à la protection sociale, leur destination peut être modifiée par l’Etat. Déjà, une partie de la CSG sert à renflouer le Fond de solidarité vieillesse1 lequel relève pourtant uniquement de l’Etat.

Or, et il n’y a sûrement pas là de hasard, M. Macron a annoncé mi juillet, lors de la Conférence nationale des territoires, qu’il envisageait d’affecter une partie des recettes issues de la CSG aux collectivités locales … projet confirmé le 13 septembre par  le Ministre des comptes publics, M. Darmanin, au Club de l’économie du Monde et ce, en compensation … de la baisse de la taxe d’habitation ! On en vient à se demander si l’exonération de cette taxe - pour « 80 % des français », annoncée avec tambours et trompettes par M. Macron – n’est pas l’un des écrans de fumée destinés à masquer un objectif plus ambitieux : la confiscation de la Sécurité Sociale par l’Etat aux fins de la marginaliser, pour le plus grand profit des assureurs privés.

Rappelons-nous que les fossoyeurs de la Sécu – comme à chacune de leurs offensives - ne manquent jamais de masquer l’amputation de ses ressources, sous un déluge de dénonciations de « l’insupportable trou de la Sécu » …. 

N’en doutons pas, si la CSG se substituait aux cotisations - comme le  MEDEF et son personnel politique le prépare activement pour début 2018 - nous irions immanquablement vers un système individualisé, « par point », sans solidarité, via des sociétés d’assurance à but lucratif.

Un participant rappela les propos de Marc Blondel alors Secrétaire général de la confédération FO, lors du meeting de Bercy le 29 janvier 1995 devant 12 000 personnes : « La défense de la Sécurité sociale mérite une grève générale interprofes­sionnelle. Nous y sommes prêts si néces­saire ».

…. 22 ans après, ces propos ne sont-ils pas à nouveau d’actualité ?

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Quoiqu’il en soit, la lecture du livre* de Gérard Da Silva - qui relate avec force détails, les longs et patients combats ouvriers et syndicaux pour conquérir « la Sécurité sociale de 45 » est d’actualité pour comprendre les enjeux de civilisation de sa défense. 

Gérard Le Mauff
*Georges BUISSON, père de la sécurité sociale - Edition L’Harmattan 2016. Préfaces de Jean Claude Mailly et Serge Legagnoa secrétaire général de la FEC FO