InFOrmation syndicale

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22 mai 2019

Dopharma FO, le syndicat du bas de la fiche de paie [INTERVIEW]

Interview de Frédéric OBLE et de Guillaume ARZEL parue dans L'Ouest Syndicaliste n°700

Propriété depuis janvier 2017 du géant pharmaceutique allemand Boehringer Ingelheim, le site de Saint-Herblon – qui emploie 118 salariés pour la production de médicaments génériques vétérinaires – a été cédé en ce début d’année 2019 à Dopharma, une PME hollandaise. 
Force Ouvrière est majoritaire sur ce site depuis 2012. Dans ce contexte particulièrement difficile, le syndicat a obtenu une enveloppe d’augmentation de salaires de 2,3 % en moyenne et des primes de cession, dont les montants sont loin d’être négligeables pour les salariés.

Pour comprendre la situation actuelle, il est sans doute nécessaire de faire un rapide historique concernant le site de Saint-Herblon...

F. Oble – Le site de Saint-Herblon est à l’origine une entreprise de fabrication de médicaments vétérinaires, la Coopérative pharmaceutique vétérinaire (Coophavet). La gamme de produits Coophavet existe toujours sous ce nom, c’est une marque déposée. En 1997, nous devenons une filiale autonome d’un groupe mondial, Merial, qui compte 6 900 salariés et qui appartient au géant Sanofi depuis 2009. Nous, nous ne serons intégrés qu’en 2014 en tant que site Sanofi.

Quelles sont les conséquences d’un tel processus?

GA – Sur le court terme, grâce à l’action de FO, les salariés de Coophavet ont obtenu en 2014 les mêmes avantages sociaux que ceux de Sanofi

F. Oble – Le revers de la médaille par contre, ce sont les inquiétudes sur l’organisation du travail et l’avenir du site. La gamme Coophavet serait-elle toujours produite à Saint-Herblon ?

Les inquiétudes sont fondées, puisqu’une nouvelle vente intervient assez rapidement...

GA – Le 1er janvier 2017, Sanofi vend Merial, qui représente toute sa partie vétérinaire, au géant allemand Boehringer Ingelheim (BI) qui, inversement, lui transfère une partie de ses médicaments humains sans ordonnance.

F. Oble – En octobre 2017, , BI annonce un nouveau projet de cession du site de Saint-Herblon et de sa gamme Coophavet. Sans que nous n’ayons jamais eu de réponse concernant le montant de la transaction, nous apprendrons par la suite que c’est une PME hollandaise, Dopharma, qui récupère le site à compter de 2019. L’incompréhension est alors immense : Dopharma sera une entreprise sous-traitante de Merial pour le Teatseal® [produit vétérinaire - NDLR]. Elle représente 165 salariés aux Pays-Bas et en Allemagne, là où nous sommes 118 nous-mêmes... Loin des 6 900 de Merial ou des plus de 100 000 de Sanofi !

GA – Sur l’aspect social, les effets ne se sont pas faits attendre : les nouveaux arrivants, qui ont été au nombre de dix-huit ce mois-ci [mars 2019 – NDLR], ne bénéficient pas des acquis de Sanofi, ni même des avantages de Coophavet, la PME d’origine. Seul est appliqué le minimum conventionnel, issu d’ailleurs de la convention collective la moins favorable des deux existantes dans notre secteur d’activités. Nous craignons donc évidemment une détérioration du climat de travail...

Dans ces conditions difficiles, qu’a malgré tout obtenu Force Ouvrière ?

F. Oble – Tout d’abord, il faut rappeler que c’est grâce à notre action si les salariés de Coophavet ont obtenu en 2015 les acquis des accords Sanofi. Dans un second temps, dès le projet de cession annoncé fin 2017, nous avons fait valoir le fait que, de 1997 à 2014, les salariés de Coophavet n’ont bénéficié d’aucun accord de la maison-mère Merial, alors que le montant total des dividendes versés aux actionnaires du groupe dépassaient les onze millions d’euros sur la même période. Nous avons chiffré le fait que chaque collègue soit passé à côté de 60 000 euros de revenus en dix-sept ans... Forts de cette analyse, nous avons initié l’action commune avec la CFE-CGC et la CGT pour obtenir de BI des garanties vis-à-vis du repreneur ainsi qu’une prime de cession à l’avantage des salariés du site.

GA – Nous avons organisé sur site une grève majoritaire de 24 heures en février 2018. Nous avons fait de nombreuses réunions et démarches auprès de la direction et, confrontée au rapport de forces, la direction de BI a été contrainte de lâcher différents montants de primes : 15 250 euros bruts pour les CDI de plus d’un an, 7 500 euros bruts pour les CDI de plus de 3 mois, 3 000 euros bruts pour les CDD de plus de 3 mois...

F. Oble – En parallèle, nous avons obtenu lors des dernières négociations annuelles obligatoires (NAO) une augmentation des salaires de 2,3 % en moyenne, versée à partir d’avril.

Comment voyez-vous l’avenir ?

F. Oble – Nous avons devant nous une période de 15 mois où tout va être renégocié : mutuelle, participation-intéressement, temps de travail, formation, droit syndical, qui est pour l’instant le même que celui de Sanofi, puisqu’il n’y a pas eu de dénonciation de l’accord existant... Nous allons rester très vigilants, en mettant en avant ce que nous avons réussi à obtenir.

GA – Nous nous appuierons également sur le fait que l’implantation FO est très importante sur le site.