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06 juillet 2020

Métaux : les effets de la crise sanitaire liée au Covid-19

Les salariés n’ont pas à subir et encore moins à payer !
Les interviews de:
  • Métaux de Saint-Nazaire et région - Bertrand Bauny, Coordinateur FO Daher ;
  • Métaux d’Ancenis - Pierre-Louis Montaudon, Délégué syndical central FO Manitou ;
  • Métaux de Nantes et région - Franck Mariot, Délégué syndical FO Saunier Duval ECCI, Secrétaire du syndicat des Métaux de Nantes et région.

Bertrand Bauny, Coordinateur FO Daher

Tu es intervenu mardi à la Commission Administrative de l’UD pour expliquer la situation de Daher aujourd’hui. Tu peux donner quelques éléments ?
Daher est un groupe de 10 000 salariés dont plus de 1 800 en Loire-Atlantique (avec un peu plus de 600 intérimaires). Notre groupe est un équipementier de rang 1 pour l’aéronautique et pour le nucléaire, mais nous fabriquons également des avions d’affaires (Tarbes). La crise sanitaire a un impact majeur sur le transport aérien et l’aéronautique est touchée de plein fouet. Les constructeurs ont revu à la baisse les cadences de production de l’ordre de 30 % pour 2020 et cela a forcément des conséquences sur Daher.

Que vous a dit la direction ?
La direction prévoit une baisse du chiffre d’affaires de 400 millions d’€uros (sur les 1 300 millions d’€uros) et une diminution du résultat de l’ordre de 70 millions d’€uros pour 2020. Elle nous a donc annoncé qu’elle envisageait un « plan de restructuration »  pour «assurer la survie de l’entreprise». La direction générale envisage, sans le dire nettement, plus de 3 000 suppressions de postes, soit un tiers des personnels de l’entreprise. Il est également à craindre une forme de chantage à l’emploi pour faire accepter de surcroît une remise en cause des conquêtes sociales : salaires, primes, etc. pour ceux qui resteraient. Il est probable que ce plan soit annoncé d’ici quelques semaines. Mais d’ores et déjà, plusieurs centaines d’intérimaires n’ont pas vu leur contrat renouvelé. Ainsi en Loire-Atlantique, il y avait en février 629 intérimaires et il n’y en a plus que 262 à ce jour.

Comment avez-vous réagi ?
La direction voulait mettre en place «un Comité de Coordination de Crise regroupant les cinq coordinateurs syndicaux du groupe» avec le DRH pour nous associer à la mise en place de ce « plan de restructuration ». Nous avons alors répondu que notre place n’était pas de relayer les annonces de la direction. Nous sommes pour la discussion bien entendu, mais nous avons des revendications.

Quelles sont-elles ?
Pour nous, la préservation des emplois est une priorité. Nous revendiquons un véritable « plan de sauvetage » des emplois, intégrant entre autres un plan de formation ambitieux, la mise en place d’un dispositif de pré-retraite, des départs volontaires financés pour les salariés qui ont des projets personnels et le recours au chômage partiel autant que de besoin. Nous sommes favorables également à une augmentation de la participation de BPI France (sous contrôle de l’état) dans le capital de l’entreprise (12,5% actuellement). Les salariés n’ont pas à subir et encore moins à payer les effets de la crise sanitaire liée au Covid-19. C’est le rôle de l’état de soutenir son industrie dans ces moments-là.

Et vous n’avez pas accepté de signer l’accord de chômage partiel que proposait la direction fin avril ?
Dans un premier temps, la direction proposait la signature d’un accord pour mai et juin sans aucun complément au-delà des 84 % d’indemnisation réglementaire. Nous avons dit que nous n’étions pas d’accord et les quatre autres organisations syndicales nous ont suivis. Cela a obligé la direction à faire des propositions plus acceptables et nous venons de signer un accord pour le seul mois de mai, qui prévoit une rémunération à 90 % du salaire net dont 84 % versés par l’état et 6 % par l’entreprise, sans contrepartie d’heures de récupération pour les non-cadres. Nous sommes satisfaits de cet accord, même si la direction a décidé de le limiter dans le temps au seul mois de mai, après les annonces de Pénicaud de revoir les conditions de prise en charge du chômage partiel pour les entreprises à compter du 1er juin. Et nous craignons que la direction en profite pour aller vite dans la mise en place d’un « plan de restructuration » basé sur des licenciements « secs ». Nous nous y opposerons bien entendu.

Et il a le rôle de l’état…
Oui, cette décision de Pénicaud de revoir les règles de prise en charge du chômage partiel n’est pas acceptable. Cela va en particulier ajouter de la précarité à la précarité pour les bas salaires.


Pierre-Louis Montaudon, Délégué syndical central FO Manitou

Quelle est la situation aujourd’hui chez Manitou BF ?
Le magasin des pièces de rechange a repris son activité à 100 % depuis la semaine 17, c’est-à-dire le 20 avril dernier. à partir du 11 mai, l’ensemble des unités de production auront repris l’activité quasiment à 100 %. Seul le site de Laillé reprendrait son activité à 90%. Les « indirects », qui ne travaillent pas directement en production et représentent environ la moitié des effectifs, sont quant à eux maintenus en activité partielle et en télétravail, suite à l’annulation ou au report de certains projets. Les agents de maîtrise seront les seuls « indirects » à être épargnés par le chômage partiel, car ils encadrent les équipes de production sur le terrain.

Quel sera le taux de chômage partiel pour les « indirects » ?
Au mois de mai, la direction a décidé de maintenir au minimum 40 % de chômage partiel (2 jours de chômage par semaine) et 20 % en juin (1 journée de chômage par semaine). Sur chaque journée de chômage, c’est 16 % de salaire net en moins, sauf pour les « forfaités jours », principalement des cadres, dont le salaire est maintenu 100%. Nous craignons la mise en œuvre d’une activité partielle individualisée, ouvrant la porte à l’arbitraire, malgré les engagements de la direction.

Quelles sont les mesures sanitaires prises pour assurer la sécurité des salariés ?
Le port de masques chirurgicaux est obligatoire sur tous les sites, dans les bureaux et en production. La direction en distribue 2 par jour et par salarié. Le travail de distanciation a été relativement bien pensé, mais on s’interroge évidemment sur la possibilité de maintenir sur la durée des mesures barrières, surtout avec les contraintes de production. Les vestiaires et la restauration collective restent fermés, ce qui pose de vrais problèmes d’hygiène. Nous dénonçons le fait qu’il n’y ait pas de gel hydroalcoolique en production, alors que des documents sont par exemple distribués de la main à la main. Cela génère du stress parmi les salariés. Il n’y a pas de prise de température collective. La direction invite les salariés à prendre leur température, chez eux, matin et soir !

Que penses-tu des annonces liées au protocole national de déconfinement des entreprises ?
Les préconisations de ce protocole sont scandaleuses, notamment concernant l’interdiction des dépistages généralisés au niveau des entreprises. Une nouvelle fois, le gouvernement cherche à justifier sa propre incurie et son impréparation.

Qu’en est-il du carnet de commandes de l’entreprise ?
Il n’est pas terrible, mais seules 6 à 7 % des commandes ont été annulées. Cela est relativement rassurant du point de vue des emplois en production.

Une négociation a-t-elle eu lieu sur les congés?
Nous en sommes demandeurs, mais rien n’est abordé sur cette question pour le moment. La direction ne prend que des mesures unilatérales. à titre d’exemple, pour ne pas répondre à notre revendication de paiement à 100 % du chômage partiel pour tous les salariés non « forfaités » en jours, la direction a décidé de prélever aux «forfaités» 6 jours de congés jusque mi-décembre 2020.

Comment feront les salariés ayant leurs enfants à garder ?
à partir du mois de juin, l’activité partielle s’arrête pour les salariés qui ne disposent pas d’un justificatif de l’établissement scolaire attestant que leurs enfants ne sont pas pris en charge. Ils seront donc contraints de poser des congés ou de reprendre le travail.


Franck Mariot, Délégué syndical FO Saunier Duval ECCI, Secrétaire du syndicat des Métaux de Nantes et région

Lors de notre précédent échange, l’activité de Saunier Duval ECCI reposait sur le volontariat. Où en est-on aujourd’hui ?
Le volontariat est toujours de mise jusqu’au 11 mai, avec une carotte pour les volontaires qui toucheront une prime de fin d’année et des jours de congés supplémentaires. Le nombre de volontaires a évolué au fil de l’eau, bien aidé par une communication paternaliste axée sur le nombre de volontaires présents sur sites, afin d’inciter les autres salariés à reprendre.

Qu’en est-il de la reprise à compter du 11 mai ?
Un CSE extraordinaire s’est tenu ce mardi 5 mai 2020. La direction a indiqué que l’activité reprendra à quasi 100 % en équipes de 3/8 et avec une équipe de week-end, à compter de ce lundi 11 mai. Les salariés en télétravail pourront continuer à télétravailler jusqu’au 31 mai, sauf pour besoins de service. FO a tout de même rappelé que la reprise d’activité aurait dû être graduelle, afin d’adapter les mesures de sécurité au nombre exponentiel de salariés sur site. On ne peut par ailleurs que s’alarmer du fait que parents salariés et enfants rejoindront en même temps des lieux multipliant les interactions et donc potentiellement les risques de contamination.

Quelles ont été les garanties sanitaires apportées par la direction ?
La direction se situe dans les préconisations gouvernementales : masques jetables, visières lavables, gel hydroalcoolique à disposition, mesures barrières, etc. Un décalage horaire est mis en place pour que les équipes ne se croisent pas au moment de leur relais. FO a alerté sur le fait que de telles mesures allaient se faire au détriment de certaines conditions de travail, par exemple l’interdiction d’accès aux vestiaires, aux fontaines d’eau et à tout l’électroménager. Je ne vois pas d’ailleurs comment la distanciation sociale pourra être respectée sur l’ensemble des lignes d’assemblage.

Quelles positions la section FO a-t-elle exprimées lors de ce CSE ?
Devant l’incertitude sur les conditions de reprise et face aux contradictions gouvernementales concernant le déconfinement, FO, elle, s’est abstenue de donner son accord à cette reprise massive. Celle-ci étant actée, la communication quotidienne a d’ailleurs immédiatement changé de ton, la direction menaçant de sanctions désormais les salariés non présents le 11 mai.

Qu’en est-il de la question des congés et du temps de travail dans ton entreprise ?
à ce stade, aucun accord dérogatoire n’est en négociation. Un accord d’entreprise sur le temps de travail, que nous avions signé, est actuellement en vigueur. En revanche, le 30 avril dernier, la CFDT et la direction ont signé un accord dit de « solidarité ». Il s’agit d’inciter les cadres à mettre une journée de congés payés dans une cagnotte, destinée à être monétisée et reversée aux salariés ayant perdu du salaire pendant l’activité partielle après un abondement de 5 % par la direction. Si on calcule : sur 7 heures de congés payés, la direction ajoute l’équivalent d’environ 20 minutes de salaire. Quelle générosité ! Cet accord permet surtout à la direction de se défiler sur la revendication de FO de paiement à 100 % du chômage partiel. Nous avons refusé de le signer.