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02 avril 2018

FO Carrefour: Grève et manifestation nationale

Du 30 janvier au 1er février 2018, le syndicat FO de Carrefour a tenu son assemblée générale à La Chapelle-sur-Erdre (44). Près de 400 délégués se sont ainsi réunis, affirmant leur force et leur détermination dans un rapport de force qui s’engage avec la direction du groupe, suite à l’annonce d’un vaste plan de suppressions de postes.
Le syndicat FO Carrefour est à l’initiative d’une grève avec manifestation nationale devant le siège du groupe, situé à Massy (91). Initialement prévue le 8 février, cette dernière a finalement été reportée au 1er mars pour des raisons évidentes de sécurité, liées à l’incapacité des pouvoirs publics de gérer l’épisode neigeux en Île-de-France.

Michel Enguelz, délégué syndical central FO Carrefour, a eu l’amabilité de répondre aux questions de L’Ouest Syndicaliste.


Alexandre Bompard, l’actuel PDG du groupe Carrefour,  a annoncé dans la presse la suppression de 2 400 postes au sein du groupe… Qu’en est-il en réalité ?

Tout d’abord, Alexandre Bompard a annoncé publiquement la mise en œuvre d’un plan de 2 400 départs volontaires, sans même avoir contacté préalablement les organisations syndicales, en particulier la nôtre, Force Ouvrière, qui représente 46 % dans les « hyper » et 42/43 % au niveau du groupe en terme de représentativité. Il effectue donc cette annonce au mépris de toute règle conventionnelle, puisqu’un plan de départs volontaires doit a minima être négocié avec les organisations syndicales. Cela étant, il y a bien pire. Lorsqu’Alexandre Bompard donne le nombre de 2 400 suppressions de postes, il ne dit pas tout. Son projet, intitulé « Carrefour 2022 », prévoit en réalité de supprimer plus de 5 000 postes. 273 magasins ex-Dia, connus aujourd’hui sous les enseignes Carrefour « City », « Market » ou « Contact » seraient également supprimés. Pas moins de 13 000 postes seraient également concernés par les réorganisations en cours.

Afin de nous aider à bien comprendre la situation, peux-tu nous présenter rapidement la structuration du groupe en France ?

Le groupe totalise environ 110 000 salariés en France, parmi lesquels 60 000 travaillent dans les 210 magasins « hyper » répartis sur le territoire français, 24 000 travaillent dans les supermarchés, 10 500 travaillent au siège, 9 000 dans la logistique et 3 000 dans les commerces de proximité. Il s’agit ici des anciens magasins Dia, que je viens d’évoquer. Dia employait encore 13 000 personnes dix ans auparavant.

Est-ce dans les magasins de proximité que se concentreraient les suppressions de poste ?

Tout le monde est concerné. Les 2 400 départs volontaires annoncés dans les médias impliquent les 10 400 salariés du siège à Massy (91) et des sièges régionaux. à cela s’ajoutent 2 200 licenciements dans les magasins de proximité, ainsi que 700 dans les « hyper ». Il faut bien comprendre que la situation est scandaleuse : en 2011, le groupe a déjà supprimé 2 100 emplois, pour autant de familles touchées de plein fouet. Dans la foulée, les actionnaires ont touché 4 milliards d’€uros de dividendes. Ce sont eux les vrais responsables, notamment des mauvais choix stratégiques effectués dans la dernière période.

Dans ces conditions, le syndicat FO Carrefour appelle à la grève avec une manifestation nationale à Massy, dans l’Essonne, le 8 février prochain* : comment se prépare-t-elle ?

Le 8 février, nous appelons en effet les salariés à manifester devant le siège du groupe, qui est donc situé à Massy. C’est un moment important de mobilisation et je peux d’ores et déjà affirmer qu’entre le travail qu’effectuent les équipes de Force Ouvrière sur le terrain, la solidarité interprofessionnelle qui s’exprime, la participation finalement de la CFE-CGC et l’annonce d’une délégation importante des camarades de Belgique – qui subissent également des fermetures de magasin et des centaines de suppressions de postes –, cette manifestation sera la plus importante dans l’histoire du groupe.

Quels sont les enjeux de cette grande manifestation nationale ?

Cette mobilisation a pour objectif de contraindre la direction à lâcher du lest. Nous voulons gagner du temps et peser sur les négociations. Il est évident que tout ne sera pas réglé le 8 février au soir. Tout dépendra des capacités de discussion dont fera preuve Alexandre Bompard. Si nous ne sommes ni entendus, ni écoutés, nous organiserons la suite dans les magasins et dans les structures de la logistique. Nous ne lâcherons rien.

Lors de ton intervention devant l’assemblée générale de ton syndicat, tu indiquais que les accords collectifs de l’entreprise étaient en danger. Qu’en est-il ?

Aujourd’hui, les accords d’entreprise Carrefour sont mieux-disants que la convention collective de branche. Même si aucune annonce n’est faite directement sur le sujet, leur remise en cause est à craindre. Il suffit de regarder la situation en Europe : les accords d’entreprise ont été dénoncés en Espagne et en Italie. En Belgique, ce sont les conventions les moins-disantes qui sont appliquées, tandis qu’augmente par ailleurs le nombre de magasins en location-gérance. Le risque est donc évident en France. Les « hyper » concentrent aujourd’hui les trois quarts du chiffre d’affaires du groupe, mais les suppressions de postes se concentrent essentiellement dans les autres secteurs d’activité. La direction va donc chercher à réduire les coûts ailleurs et nos garanties entrent donc nécessairement dans le viseur. Cinq hypermarchés passeront en location-gérance en 2018. Ces magasins se transforment d’une certaine manière en PME de 150 salariés. Un tel mouvement, s’il devait s’amplifier, ne peut que fragiliser à terme notre accord d’entreprise. C’est la raison pour laquelle les revendications sur l’augmentation de notre pouvoir d’achat et la défense de nos droits seront également parties prenantes de la grève du 8 février, d’autant que s’ouvrent également en mars les négociations annuelles obligatoires.