InFOrmation syndicale

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09 mars 2022

Rencontre avec la section FO Carrefour Beaujoire [INTERVIEW]

L'AUGMENTATION GÉNÉRALE DES SALAIRES PLUTÔT QUE LE TRAVAIL DU DIMANCHE

La section FO Carrefour Beaujoire résiste à la volonté de la direction d'ouvrir le magasin le dimanche. Dans ce cadre, Valérie Plédel (déléguée syndicale) et Nathalie Carimalo (élue CSE), accompagnées de Michel Le Roch (secrétaire général de l'Union départementale), ont été reçues par un représentant de la mairie de Nantes. Dans un contexte où le coût de la vie ne cesse d'augmenter, FO oppose au travail dominical la revendication d'augmentation générale des salaires. 

La détérioration des conditions de travail et la menace de la « location gérance » sont également au cœur de l'activité revendicative de la section syndicale. 

Quelle est la situation au sein de Carrefour Beaujoire ?

Le magasin existe depuis cinquante ans. FO est historiquement la seule organisation syndicale implantée sur le site. Le magasin compte 277 salariés, tous statuts confondus (CDI, CDD, contrats pro, contrats alternance...). Les résultats du groupe ont été particulièrement bons en 2020 et en 2021. Il nous revient donc d'être offensifs sur la question des salaires. Par ailleurs, l'argument de la direction sur la nécessité d'ouvrir le magasin le dimanche n'est pas acceptable.


Outre la question du travail dominical et des salaires, sur lesquels nous reviendrons, quelles sont les revendications au cœur de votre activité syndicale ?

La détérioration des conditions de travail est au cœur de nos interventions. Les sous-effectifs qu'entraînent les arrêts « covid » aiguisent bien sûr les problèmes, mais la direction tire sur la corde. Et cela remonte bien avant la pandémie. De plus, le changement du système de travail vers la « polyvalence » entre les différents rayons, mis en œuvre nationalement, implique une perte d'intérêt des missions de nombreux collègues. Par exemple, les salariés qui travaillent en rayon n'ont plus accès aux réserves, ni à la gestion du stock qui a été transférée à une autre équipe. 


Carrefour est un groupe intégré, mais de nombreux magasins passent aujourd'hui en « location-gérance ». Quelle est la position de FO ?

Nous nous opposons à la mise en œuvre de la « location-gérance », dont le déploiement nous a été annoncé jusqu'en 2024. Nous avons le sentiment que Carrefour France ne veut plus de social. Le passage d'un réseau intégré à une multiplication de magasins, confiés à autant de gérants, remet en cause les acquis que nous avons obtenus dans le cadre de notre convention collective d’entreprise. Nous serions ramenés aux minima de branche et devrions négocier, de manière éclatée, des accords d'entreprise magasin par magasin. Une telle évolution fragiliserait nécessairement notre organisation syndicale, diviserait les salariés et éparpillerait le rapport de force. C'est la raison pour laquelle nous nous y opposons.


Qu'en est-il pour les salaires  ?

En 2020, nous avons beaucoup donné pour le groupe Carrefour et nous n'avons pas l'impression de bénéficier d'un juste retour des choses. Lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) 2021, nous avons obtenu 0,5% d'augmentation générale en mai et 0,4 % en septembre. En 2020, nous avions obtenu la prime Macron de 1 000 €. Rien cette année, sinon une rallonge de 100 € sur la prime énergie. Certes, le syndicat national a obtenu une augmentation de 1 % hors NAO en décembre. Mais, sur le terrain, les salariés nous expriment leur colère. Celle-ci est d'autant plus palpable que, dans le même temps, nous apprenons qu'Alexandre Bompard, président directeur général du groupe Carrefour, a bénéficié de la rémunération la plus importante des patrons du CAC 40. Les nouvelles NAO se déroulent dans le semaines à venir. Tout doit être sur la table : augmentation générale des salaires, augmentation des primes (ancienneté, transport, présence) et des prestations telles que les tickets restaurant. 


Comment envisagez-vous la grève interprofessionnelle du 27 janvier, centrée sur les salaires ?

Majoritairement, les salariés de la grande distribution touchent le SMIC. Beaucoup sont en temps partiel. La question des salaires est centrale en effet. La situation ne peut plus durer, la vie est chère. Il suffit de regarder le coût du diesel à la pompe, de l'énergie, des courses alimentaires... Donc il est tout à fait possible que les salariés se mobilisent sur la question des salaires. C'était déjà le cas lors de la grève du 5 octobre dernier, c'est un signal important. 


Le 21 décembre dernier, une délégation FO a été reçue par la mairie de Nantes concernant le travail du dimanche. Pouvez-vous revenir sur cette question ?

En novembre dernier, le directeur du magasin nous a annoncé sa volonté d'ouvrir les deux derniers dimanches de décembre, puis les douze dimanches sur autorisation du maire à partir de 2022. En cherchant auprès des autorités locales, nous avons appris que l'arrêté municipal encadrant l'ouverture des magasins les douze dimanches ne concernait que les grandes surfaces de moins de 400 m2. Le site de Carrefour Beaujoire fait 15 000 m2. La direction a donc été contrainte de reculer, non sans avoir précisé qu'elle se conformait à la politique générale du groupe. Le 21 décembre, nous avons été reçues en délégation, avec l'Union départementale, par un représentant de la mairie. Ce dernier a été très à l'écoute et nous avons pu aborder tous les sujets. La mairie nous a indiqué prôner plutôt l'ouverture des petits commerces.


Que s'est-il passé ensuite ?

Suite à ce premier échec, la direction du magasin nous a informés de son souhait d'ouvrir tous les dimanches matins de l'année – exclusivement les rayons alimentaires comme le lui permet cette fois la réglementation, y compris sans l'accord du maire. Une spécificité existe cependant au sein de Carrefour : notre accord d'entreprise impose qu'une telle décision soit soumise au vote du CSE. Nous n'y sommes pas favorables. Nous n'acceptons pas en effet le chantage qui consiste à nous dire que l'ouverture le dimanche permettrait d'éviter le passage du magasin en location gérance. Cela n'est pas vrai, puisque nous avons un précédent à La Roche-sur-Yon. En outre, non seulement les résultats du groupe contredisent l’argument de la direction sur la nécessité d'ouvrir le dimanche, mais il s'avère que la grande distribution a de plus en plus de difficultés à embaucher du fait des contraintes propres à notre secteur. Sur notre magasin par exemple, les amplitudes horaires vont jusqu'à 22h. Nous travaillons les samedis et tous les jours fériés, à l'exception de noël, du jour de l'an et du 1er mai. Entre parenthèses, il est à noter que le travail les jours fériés ne se fait plus sur la base du volontariat, contrairement à ce qui avait été annoncé au départ. Et l'on connaît bien sûr l'écart entre le principe du volontariat et les pressions qui peuvent exister sur le terrain. Travailler le dimanche n'aidera donc pas à attirer de nouveaux salariés. Certes, du fait de la faiblesse des salaires, il est tout à fait possible que des collègues soient prêts à travailler le dimanche. Mais la solution est contenue dans le problème lui-même : augmentation générale des salaires. C'est la revendication que nous continuerons à porter de manière claire.»

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Interview parue dans L'Ouest-Syndicaliste n°725