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27 janvier 2015

Bloquer le pays pour débloquer les salaires : les routiers passent à l'action

Interview de Gérard Caillaud, secrétaire de FO-Transports 44.

A suivre, l'interview de Gérard Caillaud parue dans L'OS 649.


- L'Ouest Syndicaliste : Pourquoi les fédérations du transport et de la logistique FO, CGT, CFTC, et CFE-CGC ont-elles lancé un mot d'ordre de grève reconductible à compter de la nuit du dimanche au lundi 19 janvier ?

Gérard Caillaud : Après l'échec des NAO 2015 en décembre dernier, un ultime rendez-vous patronat-syndicats a été fixé au mardi 20 janvier pour le secteur "routier" et au jeudi 22 pour le secteur "logistique".
L'appel intersyndical à la grève reconductible pour peser sur les employeurs, afin de leur arracher des concessions salariales substantielles, constitue l'unique réponse adéquate face au blocage de la situation actuelle, caractérisée  par :
- 1°) une smicardisation, ou plutôt une sous-smicardisation de la profession : en 2014, un seul des quatre coefficients en vigueur dans le transport routier - celui des salariés les plus qualifiés - dépassait le Smic (9,53 euros bruts/heure),
- 2°) la détermination, proclamée sans vergogne, du patronat à continuer le laminage du "coût du travail" au nom de la "compétitivité" sur le marché européen du transport. «Les demandes des routiers sont hors de portée» a récemment asséné sur France-Info Nicolas Paulissen, délégué général de la FNTR, principale organisation patronale du transport. Laquelle nous propose pour solde de tout compte une fourchette de revalorisations 2015 limitée à 1% pour les chauffeurs aux plus hauts coefficients, et à 1,7% pour ceux situés en bas de grille.

- L'OS : Et pour vous, visiblement, le "compte" n'y est pas, si l'on en juge par le cahier revendicatif intersyndical cimentant l'unité des routiers dans la grève reconductible...

Gérard Caillaud : La légitimité de nos revendications se fonde sur le laminage continu (que d'ailleurs le patronat ne se hasarde pas à contester) de notre pouvoir d'achat, alors que nos conditions de travail et de sécurité se dégradent parallèlement, et que nos responsabilités individuelles sont lourdes vis-à-vis des autres usagers de la route.

Nous revendiquons donc :
- une augmentation du pouvoir d’achat minimum de 100 €, avec fixation à 10 € minimum du taux horaire pour les coefficients les plus bas à l’embauche,
- un 13e mois pour tous,
- la suppression de la carence maladie,
- l’ouverture de négociations sur la gestion des "fins de carrière " d'une part, et d'autre part sur l'amélioration (mutuelle, prévoyance, dépendance) de notre protection sociale.

- L'OS : Que répondez-vous  aux cris d'orfraie de la FNTR, qui vous objecte que les entreprises hexagonales ne sont pas en «capacité» de revaloriser le bas des feuilles de paie en raison du dumping auquel les confronte la concurrence internationale ?

Gérard Caillaud : La FNTR occulte entre autres trois effets d'aubaine, qui aujourd'hui renflouent les marges des sociétés de transport : les mannes du Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), l'abandon de l'écotaxe  et la baisse du prix des carburants.
Concernant la concurrence internationale, Jean-Claude Mailly a recadré les choses le 7 janvier dernier sur "i-télé", déclarant : "Les entreprises de transport routier sont certes victimes de la concurrence étrangère, mais elles en jouent aussi. Certains transporteurs embauchent des chauffeurs slovènes, par exemple. Ce ne sont pas ces chauffeurs qui sont en cause bien sûr, mais la directive européenne “détachement”. Ces chauffeurs gagnent beaucoup moins que les chauffeurs français. C'est une forme de dumping social. Ce dumping existe, et des patrons en profitent".

 - L'OS : En "libéralisant" les transports par autocars, la "loi Macron", désormais en discussion parlementaire, ne risque-t-elle pas d'ouvrir une nouvelle brèche, en livrant également au dumping international le transport routier des voyageurs ?

Gérard Caillaud : Tel est bien l'objectif visé, et dénoncé par notre fédération : " (Le dispositif Macron) va permettre à des entreprises low-cost d’exploiter des nouveaux réseaux de transport par autocar en France. (...)
Les salariés des transports de voyageurs par autocar subissent déjà l’austérité salariale et les destructions d’emplois.
  (...) Ils vont subir inexorablement cette (nouvelle) concurrence, qui se fera sans aucun doute au détriment de leurs emplois et de leurs acquis sociaux (...) ".
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Interview parue dans L'Ouest Syndicaliste n°649