InFOrmation syndicale

VACANCES "FO44.ORG" DU 15 JUILLET AU 1er SEPTEMBRE 2017

06 avril 2017

[Interview] FO à la raffinerie Total de Donges

Interview de Jérôme Philippot parue dans INFONZ n°26
Le 9 février dernier Jérôme Philippot a été désigné par l’Union départementale, représentant de la nouvelle section syndicale FO de la raffinerie de Donges.


INFONZ : la raffinerie de Donges fait partie du groupe TOTAL …
Jérôme : oui, et c’est la 2ème raffinerie  française après celle de Normandie et le seul site de la façade atlantique. Sa capacité de traitement est de 11 millions de tonnes de brut par an, pour une capacité de stockage de 2,3 millions m3.
Son activité maritime représente plus de 50 % du trafic du Port Nantes-Saint-Nazaire.

INFONZ : depuis quand travaille-tu à la raffinerie de Donges ?
Jérôme : je suis nazairien d’origine. Après avoir passé mon brevet d’opérateur à Donges je suis parti faire mon service militaire. A mon retour j’ai été embauché à la raffinerie de Feyzin au sud de Lyon. J’y ai travaillé 15 ans et je suis revenu sur Donges fin 2014.
Je suis opérateur extérieur : je m’occupe de la gestion des vannes, des pompes, des compresseurs, du contrôle des pressions, des dérivations en cas de besoin sous consignes des opérateurs de conduite (chaque unité est contrôlée par un système de gestion des procédés industriels Honeywell, sur un poste de commande).

INFONZ : peux tu expliquer en quoi consiste l’activité industrielle de raffinage ?
Jérôme : la raffinerie reçoit du pétrole brut, par bateaux ou pipe line. Par des procédés de distillation et de craquage à des températures et pressions contrôlées, on casse les molécules de pétrole brut en différentes « coupes » (molécules d’hydrocarbures, de gasoil lourd et léger, d’essence, de bitume etc.), séparées dans une colonne de distillation atmosphérique.
Ces  coupes sont dirigées ensuite vers des unités de transformation en produits finis, comme celle où je travaille : l’hydro-désulfuration du gasoil dont le but est d’éliminer le souffre du gasoil par l’utilisation d’hydrogène, lequel, par des pressions et des températures élevées s’associe avec le soufre du gasoil pour former une molécule d’hydrogène sulfuré H2S. Celle-ci est dirigée vers des « usines à soufre », où l’on brûle l’hydrogène de la molécule H2S pour récupérer le soufre pur qui sera lui-même vendu.
Le gasoil désulfuré est ensuite dirigé vers un bac de stockage. Les produits raffinés sont expédiés aux clients, par bateaux, pipe line, ou camions, …. quasiment plus du tout par trains.

INFONZ : quelle est la fonction des torches que l’on peut voir de loin  ?
Jérôme : il y a trois torches, une petite et deux très hautes. Elles ont deux fonctions : la première de traiter les « imbrûlés » et les gaz résiduels ; la seconde d’assurer la sécurité en cas de soucis nécessitant une décompression.

INFONZ : combien êtes-vous de salariés ?
Jérôme : environ 700 personnes travaillent à la raffinerie, dont à peu près 300 en 3 x 8 -  il y a 5 équipes de 3 x 8 (12 à 14 personnes) qui se relèvent suivant un planning annuel. Les unités sont divisées en 5 groupes (une équipe par groupe, 5 le matin 5h-13h, l’après-midi 13h-21h, le soir 21h-5h, les autres en repos, et cela 24h sur 24h).
Par ailleurs le dépôt de Vern-sur-Seiches (13 salariés) au sud de Rennes est intégré à Donges, dont il est relié par pipeline. Il approvisionne l'Ouest en essence sans plomb 95 et 98, en gazole et en fioul domestique.

INFONZ : comment t’es tu décidé à devenir RSS FO ?
Jérôme : je n’étais pas syndiqué auparavant. A Feyzin j’avais côtoyé les gars de la CFDT, lesquels ont décidé il y a 5/6 ans, de quitter cette organisation et de construire un syndicat FO. Lorsque je suis arrivé à Donges, je n’ai guère vu les délégués (CGT ou CFDT) venir nous voir : cela me changeait de Feyzin où il y a des tournées régulières, des remontées à la direction et un suivi des revendications.
Lorsque les collègues FO de Feyzin, que je connaissais, sont venus ici et m’ont demandé de prendre le flambeau, j’ai accepté.

INFONZ : qu’est ce qui t’a plus particulièrement motivé ?
Jérôme : comme je te l’ai dit, pour moi un syndicat doit être proche des salariés, les voir régulièrement, les renseigner, demander leur avis et en tenir compte ... C’est ce que j’ai vécu à Feyzin et ce qui ne se fait pas pour le moment selon moi à Donges.
Par ailleurs je compare avec ce qui a été obtenu à Feyzin et je constate un décalage : je te donne l’exemple de l’évolution salariale au fur et à mesure que nous acquérons des aptitudes : c’est plus bas ici qu’à Feyzin et dans d’autres raffineries !
Or dans les mois qui viennent, les postes ici vont être « repesés » avec, à la clé, des revalorisations possibles de classification : nous allons donc essayer de peser dans la balance, car nous sommes motivés pour obtenir un accord local plus favorable qu’aujourd’hui pour les collègues.

INFONZ : les salariés de la raffinerie se sont mobilisés l’an dernier contre la « loi travail » …
Jérôme : oui bien sûr. A l’époque seule la CGT appelait à la grève, sans les autres syndicats présents à Donges : la CFDT, quasi inexistante, et la CGC des cadres.
Le dépôt a été à l’arrêt une dizaine de jours. Le groupe Total a menacé de suspendre les investissements prévus à Donges.
Si les premiers jours la grève a été massive, à partir du quatrième elle a commencé à s’essoufler. Des grévistes ont demandé lors des AG, que soient également mises en avant des revendications locales comme la pesée des postes et les classifications, mais la CGT a refusé … pas mal de salariés leur en font reproche.

INFONZ : tu parles des investissements prévus à Donges.
Jérôme : effectivement Total va investir 500 millions d'€ pour la création d'ici 2020, de deux nouvelles unités de fabrication et pour la déviation de la voie ferrée qui traverse le site. Ces travaux sont annoncés représenter l'équivalent de 600 emplois à temps plein sur deux ans.

INFONZ : la section FO est toute jeune donc …
Jérôme : oui, mais je ne suis pas tout seul, il y a maintenant une petite équipe de syndiqués. Ceci dit nous partons de zéro, mais nous allons construire, petit à petit. Nous avons besoin de formations syndicales. Je me suis déjà inscrit à un stage « découverte FO ».
Nous avons aussi rencontré la Direction et nous avons demandé un local et des panneaux d’affichage. Nous avons distribué un premier tract pour nous présenter. Notre objectif : les élections professionnelles de 2018 …
___ __ _