InFOrmation syndicale

26 au 30 juin : Stage CHSCT

19 avril 2017

[Interview] FO s’implante dans la Chimie

Deux sections FO ont été récemment créées dans la Chimie : une en 2016 à Devineau (Carquefou) et une autre à la raffinerie Total de Donges, le 9 février dernier. Julie Le Fort et Jérôme Philippot ont respectivement été désignés représentants de leur section syndicale FO, avec la perspective de développer leurs implantations et de gagner la représentativité lors de leurs prochaines élections professionnelles. Hakim Bellouz, délégué syndical central chez Total, a fortement contribué à la mise en place d’une équipe de syndiqués FO sur Donges. Dans ce cadre, il a accepté de répondre aux questions de l’Ouest syndicaliste
Le syndicat départemental de la Chimie s’est par ailleurs réuni en assemblée générale le 29 mars dernier, afin d’élire son nouveau Bureau et adopter ses nouveaux statuts.

A suivre :
- Interview de Julie Lefort, représentante de la section syndicale FO Devineau
- Interview de Hakim Belouz, Délégué Central FO
Voir aussi : Interview de Jérôme Philippot, eprésentant de la nouvelle section syndicale FO de la raffinerie de Donges


Julie Lefort, représentante de la section syndicale FO Devineau

Peux-tu te présenter ?
Je travaille depuis 2012 au sein de l'entreprise Devineau, située à Carquefou. Il s'agit d'une entreprise dite « familiale », dont le patron est Monsieur Devineau lui-même. Elle produit des bougies et compte 120 salariés. Nous dépendons de la convention collective Chimie. J'ai été élue sans étiquette au Comité d'entreprise (CE) en 2015 et suis représentante de la section syndicale FO (RSS) depuis 2016.

Pourquoi as-tu décidé de constituer une section FO ?
Cela s'est fait en deux temps. Lorsque je me suis présentée à l'élection CE en 2015, c'était pour pouvoir prendre la parole. Il y avait trop d'inégalités, trop de copinages. Parmi les collègues, il y avait également une volonté de renouveau ; j'ai donc été élue au deuxième tour avec 70 % des voix. Mais être élue CE, ce n'est pas assez. Le syndicat est plus écouté par le patron. De plus, les salariés ont plus que jamais besoin d'un syndicat qui défende leurs intérêts. La CFDT était la seule organisation présente dans l'entreprise. Et la CFDT est clairement un syndicat patronal.

As-tu des exemples de la politique de la CFDT dans ton entreprise ?
Je pourrais notamment parler des salaires, dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO). La représentante CFDT revient toujours satisfaite, en disant qu'elle a obtenu un accord. Mais elle part de tellement bas que l'on peut tout à fait dire qu'elle n'a jamais rien obtenu. Elle ne s'est jamais battue pour obtenir de véritables augmentations de salaires.

Quelle a été la réaction de ton patron, suite à l'annonce de la création d'une section FO ?
On peut dire qu'il a tout fait pour empêcher la constitution de notre section. Il a contesté devant la justice l'existence même de Michel Le Roc'h et de Jean-Claude Mailly, en leur qualité respective de secrétaire général de l'Union départementale et de la Confédération ! Nous avons fourni les pièces nécessaires concernant ces deux points, mais le tribunal d'instance a tout de même donné raison à la partie adverse en ce qui concerne l'existence de la section. Il a en effet estimé que nous n'avions pas apporté la preuve que nos syndiqués étaient des salariés de l'entreprise. Cependant, suite à un conflit individuel entre un syndiqué et la direction, l'existence de notre section s'est imposée.

Quelles sont les conséquences d'une telle avancée ? 
Il faut bien comprendre que c'est la première fois qu'une section Force ouvrière est constituée à Devineau, c'est donc une sacrée avancée. Du fait de la reconnaissance de l'existence de notre section, j'ai pu être désignée RSS. J'ai donc les mêmes prérogatives qu'un délégué syndical, sans toutefois être en capacité de négocier. Ce sera tout l'enjeu des prochaines élections professionnelles.

Quand se dérouleront ces élections ?
Elles se déroulent fin juin, début juillet 2017, dans le cadre d'une délégation unique du personnel (DUP). L'objectif est au minimum la barre des 10 % et la représentativité, pour gagner la capacité de négocier. J'espère fortement être élue, car ce serait un formidable point d'appui pour développer la section.

Quelles seraient vos revendications ?
En ce moment, nous discutons du 1er tour. Nous revendiquerons des augmentations générales des salaires, ainsi que l'instauration d'une prime de température. Les amplitudes thermiques peuvent être très importantes en fonction de ton poste de travail. Ce sont des choses que j'étudie en ce moment, ainsi que le temps d'habillage et de déshabillage...


Hakim Belouz, Délégué Central FO
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis opérateur en trois-huit depuis 20 ans à la raffinerie de Feyzin (69), qui compte 600 salariés. La section FO est la première organisation syndicale sur le site, avec 47 % des suffrages obtenus aux dernières élections professionnelles. Je suis élu délégué du personnel.
Par ailleurs, au mois de mars 2016, nous avons obtenu la représentativité aux dernières élections professionnelles, au niveau de l’Unité économique et sociale (UES) Raffinage Pétrochimie. J’ai été désigné délégué syndical central et m’occupe à ce titre du développement syndical. C’est la raison pour laquelle, avec des camarades, j’ai été amené à diffuser des tracts sur le site de Donges, dans l’objectif d’y constituer une section syndicale FO et d’y préparer les élections professionnelles de mars 2018.

Quelles sont les forces syndicales en présence sur la raffinerie de Donges ?
La CGT est pour le moment la première organisation syndicale, viennent ensuite la CFDT et la CFE-CGC. Par notre activité, nous avons réussi à dégager une petite équipe de syndiqués FO. Il y a matière pour nous développer, car les salariés en ont assez que certaines organisations syndicales signent tous les accords avec la direction, sans forcément y gagner derrière. Il y a de la place pour le travail revendicatif.

Peux-tu présenter la situation générale chez Total ?
Il y a une forme d’écœurement et de lassitude chez les salariés. D’un côté, on nous impose l’austérité. Cela a été le cas lors des dernières négociations, où la direction nous disait que l’inflation n’était pas énorme, qu’elle ne pouvait accepter plus de 1% d’augmentation générale des salaires... De l’autre, on apprend que le PDG de Total s’est augmenté de 25 % et s’octroie 67 000 actions gratuites. C’est la même chose sur le terrain des emplois. Nous sommes en train de négocier le contrat de génération : la direction propose l’embauche de 45 jeunes sur 3 ans, alors que nous sommes 7 000 salariés en France rien que sur le périmètre Raffinage-Pétrochimie. C’est de la fumisterie.

Total n’a-t-il pas touché du Crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE), mis en place par François Hollande ?
Total a touché du CICE (1), ils bénéficient d’exonérations fiscales, ils touchent des subventions et paient très peu d’impôts. C’est indécent.
Peux-tu revenir sur le périmètre Raffinage-Pétrochimie ?
Total compte 4 UES en France, dont l’UES Raffinage-Pétrochimie. Cette dernière regroupe 9 établissements, parmi lesquels 5 raffineries. Les accords signés au niveau de l’UES touchent les 7 000 salariés du périmètre. Le raffinage en France n’est plus déficitaire, contrairement à ce que j’ai encore lu récemment.

Quel bilan tires-tu de la mobilisation contre la loi Travail ?
à Feyzin, il y a eu une très forte mobilisation, avec 70 % de grévistes sur le site. La grève a duré 3 semaines, comme cela a été le cas à Donges. Nous avons organisé les choses, notamment pour limiter les pertes de salaire. C’est le nerf de la guerre, surtout si tu veux durer. On n’arrête pas une raffinerie du jour au lendemain. On met minimum 48 à 72 heures pour l’arrêter ; pour la redémarrer c’est pareil. Les collègues prennent des risques... donc c’est d’autant plus important de bien faire les choses, de mettre en place la solidarité, la caisse de grève. Il y aurait beaucoup de choses à dire, notamment sur l’utilisation à plusieurs reprises du 49-3 par le gouvernement et de ses conséquences. Sur un plan tactique, je pense que la prochaine fois nous ferons les choses autrement.

Selon toi, comment sort FO de cette mobilisation ?

Je pense que le syndicat FO sort renforcé, même si le gouvernement a imposé la loi Travail. On a levé la tête. Nous nous sommes battus, sans état d’âme. Nous avons pris nos responsabilités.

Quelles sont les perspectives de construction en Loire-Atlantique ?
Nous allons continuer le travail effectué depuis près de deux mois, en lien avec Jérôme. Nous en sommes à cinq ou six diffusions sur le site, comme nous l’avions fait à Carling (57) fin 2015... Là-bas, la section FO a été constituée. Quatre mois après, dès sa première participation aux élections professionnelles, elle a manqué de quelques voix seulement la représentativité (9,7%). Tout cela est prometteur et on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. La prochaine étape, c’est le siège à Paris.


(1) Selon un article du Figaro en date du 25 mai 2016, Total a touché « 48 millions d’euros en 2013 et 2014 rien que pour le CICE. Auxquels il faut ajouter près de 60 millions d’euros pour le CIR, selon Le Figaro. Soit, un total de plus de 100 millions d’euros. ». Le groupe a par ailleurs été exempté d’impôt sur les sociétés de 2012 à 2015, tout en réalisant des bénéfices pharamineux : « 8,4 milliards d’euros en 2013, 4,2 milliards en 2014, 5,1 milliards en 2015 »…