InFOrmation syndicale

DU MARDI 20 AU JEUDI 22 NOVEMBRE FORMATION "NÉGOCIER" - ...

25 mars 2011

... ON MEURT POUR DES INDUSTRIELS *

* "On croit mourir pour la patrie , on meurt pour des industriels" - Anatole France
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« Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée dormante porte l’orage ». Une fois encore cette citation de Jean Jaurès retrouve toute son actualité. A la suite d’une campagne de communication (autrefois on disait propagande) particulièrement bien orchestrée, les forces militaires alliées, sous commandement américain, ont lancé leur offensive en Libye. Officiellement, il s’agit de sauver des civils menacés par le colonel Kadhafi, une opération humanitaire en quelque sorte.

A ceux qui de bonne foi se laisseraient abuser par cette thèse, rappelons Anatole France qui en 1912 (avant la guerre de 1914-1918) écrivait : « on croit mourir pour la patrie : on meurt pour des industriels ».

« La guerre c'est la continuation de la politique par d'autres moyens » disait encore Clausewitz. Cette politique, c'est celle de la défense du système capitaliste.

Que Kadhafi soit un dictateur sanguinaire n’est pas très nouveau. Au pouvoir depuis 1969, les frasques du « Frère guide » n’ont pas empêché ceux qui aujourd’hui lui déclarent la guerre de le recevoir en grandes pompes (ce fut en particulier le cas de Nicolas Sarkozy en 2007). Les mêmes ont d’ailleurs soutenu toutes les dictatures, Moubarak en Égypte, comme Ben Ali en Tunisie. S’agissant de ce dernier, ce n’est que quatre jours après sa chute que « l’internationale socialiste » a consenti à l’exclure de ses rangs : "vae victis"

En réalité, les intérêts économiques dans toute cette région sont énormes.

En Tunisie, pour l’instant, toutes les tentatives pour stopper le processus révolutionnaire en cours ont échoué. Le peuple tunisien a déjà fait chuter trois gouvernements dits de « transition démocratique » et ils imposent la tenue d’une assemblée constituante.

Pour éviter la contagion dans les autres pays, les « grands de ce monde » n’hésitent pas à lâcher leurs alliés d’hier, comme on donne congé à ses domestiques. Il est urgent de colmater les brèches. L’erreur de Kadhafi, parce qu’aveuglé par le pouvoir, est de n’avoir pas compris qu’il n’était qu’un pion. Comme aux échecs, ceux qui mènent le jeu savent qu’il faut parfois sacrifier une pièce, même importante, pour gagner la partie.

En France, c’est l’union sacrée. Tous les partis soutiennent le gouvernement dans cette aventure guerrière. Peut-être espèrent-ils faire oublier leurs responsabilités partagées dans la situation catastrophique pour la classe ouvrière ?

Les dernières élections cantonales devraient pourtant les alerter. 55,71 % d’abstention : record battu ! Une fois encore on veut nous faire le coup du Front national. Avec 15% des voix, soit environ 7 % des inscrits, il deviendrait urgent de modérer nos revendications pour faire face au danger de « la bête immonde ». Il est peu probable que les travailleurs se laissent abuser par cette nouvelle tentative de diversion.

Comme dans toute l’Union européenne, la classe ouvrière française se trouve confrontée à une offensive de grande envergure contre toutes ses conquêtes.

Dans la plus grande discrétion, les gouvernements ont adopté les mesures d’austérité du « pacte de compétitivité » concocté par Bruxelles. Ils ont aussi décidé d’engager la procédure pour aboutir à une nouvelle réforme de la constitution. Cette fois, pas question de référendum, l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en congrès devront à la majorité des 3/5ème voter la « constitutionnalisation de la rigueur ». Ce projet, aboutissement de toutes les réformes imposées pour l’Union européenne, est totalement anti-démocratique. Il doit donc être condamné et combattu.

Naturellement, notre confédération prendra ses responsabilités.
Mais une nouvelle fois, il est fort probable que nous nous trouvions en contradiction avec la CES.

A propos de démocratie, c’est par hasard que nous avons été informés de l’élection de Bernadette Ségol à la tête de la CES. On est heureux d’apprendre que c’est une française, mais on ignore encore si elle est syndiquée... 

La même CES prépare dans la plus grande confidentialité son congrès. Il semble que le but essentiel de ce Congrès soit de soutenir «l’objectif visant à instaurer une gouvernance économique au sein de l’Union européenne ».

La CES exige aussi que soient respectés «les principes de subsidiarité ancrés dans le Traité de Lisbonne en matière de négociations collectives et d’autonomie des partenaires sociaux ».
Tout un programme !

C’est probablement ce même programme qui a conduit les syndicats espagnols affiliés à la CES à signer avec le gouvernement socialiste un « pacte social », qui entre autres accepte la retraite à 67 ans. (Pour la toute petite histoire, il semblerait que ce soit au cours d'un repas pris en commun, entre les poires et les fromages, que l'accord aurait été conclu)

Une fois encore, une fois de plus, il est démontré que la CES n’a pas grand-chose à voir avec notre organisation syndicale.

La classe ouvrière attend d’autres réponses que le soutien à « une gouvernance économique ». Pour la satisfaction des revendications, nous savons qu’il n’y a pas d’autre solution que de créer le rapport de force.

Dans les prochains mois, il est évident que certains tenteront d’utiliser le mouvement syndical pour satisfaire leurs appétits électoraux. Plus que jamais, il convient de rester vigilant.

Ne nous laissons pas effrayer par de quelconques épouvantails à moineaux. L’expérience en France, comme dans l’Union européenne démontre largement que les gouvernements de droite comme de gauche appliquent exactement la même politique, celle dictée par le FMI et par l’Union européenne.

C’est cette même politique qui est rejetée en particulier en Tunisie. Ne doutons pas qu'en France, comme dans toute l'Europe, elle est aussi rejetée.

Plus que jamais, ne comptons que sur nous-mêmes.
Plus que jamais, préservons jalousement notre indépendance.



Patrick HEBERT, Secrétaire général de l'UD CGT-FO de Loire Atlantique