InFOrmation syndicale

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16 février 2012

NON A "SUPER MAASTRICHT" !

" Toujours en est-il certains qui, plus fiers et mieux inspirés que les autres, sentent le poids du joug et ne peuvent s'empêcher de le secouer ; qui ne se soumettent jamais à la sujétion (...) Ceux-là, ayant l'entendement net et l'esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants encroûtés, de voir ce qui est à leurs pieds, sans regarder ni derrière, ni devant; ils rappellent au contraire les choses passées pour juger plus sainement le présent et prévoir l'avenir.
Ce sont ceux qui ayant d'eux-mêmes l'esprit droit, l'ont encore rectifié par l'étude et le savoir. Ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et bannie de ce monde, l'y ramèneraient ; car la sentant vivement, l'ayant savourée et conservant son germe en leur esprit, la servitude ne pourrait jamais les séduire, pour si bien qu'on l'accoutrât."
La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1549

«La Grèce coule, l’euro monte.»

Tel est le titre d’un article publié le 13 février dans le journal financier «Challenge», sous la signature de Dominique Thiebaud.

Pourtant rien n’est réglé. La Troïka vient d’infliger à la Grèce un nouveau plan d’extrême rigueur, qui prévoit, entre autres, une nouvelle baisse des salaires et le licenciement de 125 000 fonctionnaires.

Malgré la démission de plusieurs ministres et les protestations de nombre de députés, le gouvernement dirigé par Monsieur Papademos (le mercenaire de Bruxelles) a, sous la menace, imposé le vote au Parlement.

Ce plan a été adopté, mais pourra-t-il être appliqué? En effet, en Grèce, la colère monte. Plus de 100 000 manifestants sont descendus dans la rue à Athènes, le 12 février, pour s’opposer à cette politique.

La veille, au Portugal, 300 000 salariés manifestaient à Lisbonne contre les mêmes mesures d’austérité décidées par Bruxelles.

En Espagne, les organisations syndicales, qui avaient pourtant accepté de signer un «pacte social», appellent maintenant à manifester le 19 février.

N’en doutons pas, ce mouvement est profond, et probablement irréversible.

Le système capitaliste en crise craque de toutes parts. Les peuples, les travailleurs n’acceptent plus la dictature du FMI, de la BCE et de l’Union européenne.

Quels que soient les aléas électoraux conjoncturels, la révolution en Tunisie, qui n’en est qu’à son commencement, a marqué un tournant dans la situation internationale.

Dans toute l’Europe les travailleurs ont commencé à se révolter. De la révolte à la révolution il n’y a qu’un pas !

Dans ce contexte, l’UE vient de décider d’accélérer la mise en œuvre des plans d’austérité dans toute l’Europe. Le premier ministre suédois propose même de repousser l’âge de la retraite ... 75 ans !!! Les gouvernements viennent de signer un nouveau traité, lequel devra être ratifié dans tous les pays, et qui va jusqu’au bout de la logique de Maastricht, en introduisant «la règle d’or» : un «super Maastricht» en quelque sorte !

Mais en France, compte tenu de l’échec du dernier référendum sur le traité constitutionnel, il est peu probable qu’un gouvernement, quel qu’il soit, se risque à une opération de ratification par voie référendaire.

D'ailleurs sans plus attendre, ce «super Maastricht» va prochainement entrer en application ... en catimini : en effet le gouvernement va faire voter par le Parlement la création du «mécanisme européen de stabilité» (MES), ... qui inclura la règle d’or.

Nous verrons bien ce que feront les uns et les autres. Mais nous avons toutes les raisons d’être inquiets quand nous lisons les conclusions du dernier rapport de la Cour des Comptes.

Son président, Didier Migaud, membre du parti socialiste, est parfois annoncé comme futur ministre des finances en cas de victoire de François Hollande.

Didier Migaud, c'est un peu le Père Ubu d'Alfred Jarry, qui déclarait : "J'ai changé de gouvernement, et j'ai fait mettre dans le journal qu'on paierait deux fois tous les impôts, et trois fois ceux qui pourraient être désignés ultérieurement" .

Le Président de la Cour des Comptes propose, entre autres, de prolonger la règle de suppression d’un poste de fonctionnaire pour deux départs à la retraite. Pour certains ministères, il propose même que cette règle soit portée à 2 sur 3 ! Il revendique aussi le gel de la valeur du point dans la fonction publique (la valeur du point sert à calculer les salaires des fonctionnaires). Il veut également un «ralentissement marqué» des dépenses des collectivités, la désindexation des retraites, l’augmentation de la participation financière pour la santé, etc.

Pour renforcer la compétitivité, il déclare «qu’un redéploiement des prélèvements pesant sur le coût du travail vers d’autres assiettes est nécessaire». Il veut donc, soit une TVA sociale, soit, comme le propose François Hollande, la fusion de la CSG avec l’impôt sur le revenu.

Ses déclarations sont sans ambiguïté, et chacun devrait en tirer des conclusions.

Mais rien n’est moins sûr, car, en politique comme dans d’autres domaines, «le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point» (Blaise Pascal).

Ceci dit, à la réflexion tout cela n’est pas essentiel : les élections présidentielles ne sont qu’un moment à passer, et elles ne durent que l’espace d’un printemps !

Plus sérieusement, les déclarations du Président de la Cour des Comptes ne doivent pas nous surprendre. Ceux, partis ou syndicats, qui prétendent demeurer dans le cadre fixé par le Traité de Maastricht, incarné aujourd’hui par la dictature «austéritaire» de la Troïka, sont condamnés à aller jusqu’au bout de leur logique. Celle-ci conduit, comme en Grèce, à une dérive totalitaire que nous devons combattre.

Notre Confédération doit avant toute chose préserver son indépendance. C’est pourquoi nous avons raison de ne pas nous associer aux manifestations électorales organisées par l’intersyndicale institutionnalisée le 29 février. Mais il nous faut aussi organiser la résistance.

Notre dernier congrès confédéral avait en quelque sorte anticipé sur les événements, en votant une résolution qui s’opposait «au projet du gouvernement qui veut constitutionnaliser la rigueur en imposant une règle d’équilibre des finances publiques, ce qui pose un problème de démocratie et de souveraineté nationale».

Cette position a été réaffirmée et précisée dans notre dernier Comité Confédéral National (CCN), qui, à l’unanimité, a décidé : «si un référendum était organisé à ce sujet, la CGT-Force Ouvrière appellerait à voter contre cette règle, notamment attentatoire à la liberté de négociation ».

Eh bien nous y sommes !

Dans de nombreux pays de l’Union européenne, les travailleurs combattent dans la rue les conséquences de «super Maastricht». Bien sûr, nous leur apportons tout notre soutien. Mais n’oublions pas que «l’ennemi est dans notre propre pays».

Alors, sans tarder, engageons la bataille contre la dictature : Non à «super Maastricht» !