InFOrmation syndicale

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14 mars 2013

"QUAND L'TEMPS EST À L'ORAGE, ET L'VENT À LA RÉVOLTE" (Gaston Couté – poème les électeurs)


Une nouvelle fois ce sont des dizaines de milliers d’espagnols qui sont descendus dans les rues de soixante villes ce dimanche 10 mars. «L’Union européenne s’obstine à maintenir ses politiques d’austérité qui montrent à l’évidence leur inefficacité. C’est un véritable suicide», a déclaré Ignacio Fernandez Toxo (secrétaire des Commissions Ouvrières). «Le nombre de chômeurs est si grand ici que les jeunes pensent qu’il n’y a pas de futur», dit une manifestante. «Nos problèmes actuels ne peuvent être résolus que par des changements politiques» , affirmait une infirmière, qui manifestait enveloppée dans un drapeau rouge, jaune et violet des républicains espagnols de 1936.


Une semaine plut tôt, le samedi 2 mars, des centaines de milliers de portugais sont également descendus dans les rues. Le «Diario de Noticias», journal officiel sous la dictature Salazariste, aujourd’hui considéré de tendance centriste, titre : "Plus d’un million de personnes ont chanté la Grandolà." La "Grandolà Vila Morena" est un chant qui était interdit sous la dictature de Salazar. Diffusé à la radio le 25 avril 1974, il donna le signal de la «Révolution des œillets» qui renversa la dictature.

Contre la dictature de la Troïka, 74 ans après la victoire du Général Franco, les manifestants espagnols brandissent à nouveau le drapeau de la République.

En Italie, pays qui nous a donné la Commedia dell’Arte, c’est une claque formidable que les électeurs ont donné à l’Union européenne, Mario Monti, soutenu par toute la «bien-pensance» ne recueillant même pas 10 % des voix. Il peut aller se rhabiller… Pour l’instant la situation politique est bloquée, il est même question de retourner aux urnes.

Partout, sous des formes diverses, les gouvernements qui appliquent les directives européennes sont bousculés; et surtout, ce qui est plus nouveau, ce sont les institutions qui maintenant sont mises en cause, et qui risquent demain de se retrouver au centre des mobilisations.

En France le gouvernement, totalement engagé dans la politique d’austérité s’apprête à prendre toute une nouvelle série de décisions d’une sévérité extrême.

Parmi toutes les mesures qui sont en préparation, il en est une qui pourrait mettre le feu aux poudres : la question des retraites, qui revient à nouveau sur le tapis. Pour préparer le terrain, c'est-à-dire l’opinion, le gouvernement vient de créer une nouvelle commission. Mais un sondage récent confirme que la classe ouvrière, et plus largement les français, ne sont pas disposés à accepter un nouveau recul.

A l’occasion de la négociation de l’ANI, il a pensé pouvoir obtenir «un compromis historique».

Il s’est trompé. A l’inverse il a provoqué en réaction les manifestations du 5 mars à l’appel de la CGT et de notre organisation. Certes, ces manifestations n’ont pas été un raz de marée, d’ailleurs personne ne l’attendait. Mais ceux qui, dans le gouvernement ou dans l’actuelle majorité, cherchent à minimiser la portée de cet événement se trompent, ou plus vraisemblablement ne veulent pas comprendre. Chacun sait qu’il n’est pire sourd que celui qui ne veut rien entendre.

La CGT tient son congrès confédéral dans les prochains jours ; et avec le départ de Bernard Thibault, sa direction va être profondément remaniée. L’avenir nous dira si la rupture avec «le syndicalisme rassemblé» se confirme ou pas. Mais nous entrons certainement dans une nouvelle période qui, comme en Espagne, au Portugal, ou en Italie, sera marquée par de grands événements.

Il faut croire que l’on devient plus lucide quand on se retrouve dans l’opposition ! C’est l’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, qui met en garde : «Je pense que le climat social est explosif».
Selon lui, les manifestations du 5 mars, qui ont rassemblé «plus de 200 mille personnes» constituent «un modeste signal de ce climat». Il ajoute : «Mais il y en aura d’autres hélas, parce que la situation est grave… On a une situation qui peut être explosive quand elle a trois ingrédients : la crise de l’emploi, la crise de la fiscalité… et le fait que les couches sociales qui sont des habituels soutiens du Parti Socialiste sont actuellement en grand scepticisme, en grand doute vis-à-vis de la politique socialiste. Le gouvernement n’a plus d’assise populaire ».

Il conclut en exprimant ses craintes: selon lui, il y a en France «un risque très important de populisme», car «ce qui est arrivé en Italie pourrait arriver chez nous».

Du côté de la majorité parlementaire, c’est l’aveuglement. «Couvrez ce sein que je ne saurais voir» disait le Tartuffe de Molière.

« Quand l’temps est à l’orage, et l’vent à la révolte »
 : cent parlementaires du parti socialiste signent un appel «pour une nouvelle démocratie sociale», où l’on peut lire : «l’accord sur l’emploi conclu le 11 janvier entre les partenaires sociaux marque une nouvelle ère pour le dialogue social en France… Cet accord marque la naissance d’un nouveau modèle social. Nous devons dépasser les débats du XXème siècle entre lutte des classes et compromis réformiste. Pour retrouver sa place dans la mondialisation, l’Europe doit avancer un nouveau modèle social fondé sur la coopération».

Affligeant et inquiétant ! Ces cent parlementaires, probablement inspirés par l’Elysée, nous ressortent, au nom de la modernité bien sûr, les vieilles lunes du corporatisme. Il faut dépasser la lutte des classes au profit de la coopération.

Ces thèses, on les retrouvait déjà dans l’encyclique Rerum Navorum, publiée en 1891, ce qui ne nous rajeunit pas.

C’était déjà au nom de la négation des intérêts spécifiques des classes sociales, donc de la lutte des classes, à laquelle était opposé la notion de «bien commun», que certains avaient avancé l’idée de la "corporation". Même le vocabulaire ne change pas beaucoup. Mettez «coopération» à la place de «corporation», et le tour est joué.

Nier l’existence des classes sociales conduit obligatoirement à nier celle des organisations qui représentent les intérêts de la classe ouvrière. Il n’est donc pas étonnant que, dans cet appel, nos cent parlementaires oublient même de simplement noter l’existence de la CGT et de notre Confédération.

Ces thèses nous les connaissons bien, parce que nos prédécesseurs, et plus largement les démocrates, les ont combattues. En 1933, à l’occasion du congrès de la SFIO (aujourd’hui devenue le Parti Socialiste), quand Marcel Déat avait défendu ses positions "néo-socialistes", Léon Blum s’était écrié : «Je suis épouvanté». Pendant la guerre il y a bien eu quelques ralliements à la Charte du travail de Pétain, mais dans leur immense majorité les syndicalistes se sont retrouvés dans le camp de la Liberté.

Aujourd’hui, en Espagne, des manifestants brandissent des drapeaux républicains, tandis qu’au Portugal ils chantent la «Grandolà Vila Morena».

En France, le gouvernement rêve «d’une ère nouvelle», «d’une nouvelle démocratie sociale».

Il ferait mieux de prendre en compte les réalités. La politique d’austérité imposée par la Troïka est rejetée. Elle est ressentie à juste titre comme une nouvelle forme de dictature.

Si le gouvernement maintient ses projets, la lutte des classes, qui n’est pas une vue de l’esprit mais un fait, s’exprimera en France, comme dans toute l’Europe, dans la rue.