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30 janvier 2018

Les EHPAD en grève nationale ce 30 janvier

Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes

Les cinq fédérations de Santé FO - CGT - CFDT - CFTC - UNSA appellent nationalement l’ensemble des personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), privés et publics, à la grève franche le 30 janvier 2018. L’application du plan «Solidarité Grand Âge», élaboré en 2006 et qui prévoit un taux d’encadrement d’un salarié pour un résident, est au cœur des revendications. Dès aujourd’hui, 25 000 créations d’emplois sont nécessaires pour l’amélioration des conditions de travail des salariés et donc de prise en charge des personnes âgées. Neuf organisations de retraités et plusieurs associations de directeurs de maisons de retraite ont par ailleurs apporté leur soutien à cette grève.
Quelle est la situation dans les EHPAD ?

A suivre :
- L'interview de Gérard Caillon, secrétaire de l’Union locale CGT-FO de Saint-Nazaire
- L'interview de Morgane Bergot, secrétaire du syndicat FO des hospitaliers de Savenay et aide-soignante dans un EHPAD

Un même constat s’impose dans tous les EHPAD, qu’ils relèvent du secteur privé, de la fonction publique hospitalière ou de la territoriale. Aucune structure n’est aujourd’hui en mesure d’accueillir les résidents dans de bonnes conditions, tout simplement par manque d’effectifs. Le 30 janvier, nous appelons donc à la grève pour faire appliquer la loi de 2006 ayant mis en place le plan « Solidarité Grand âge », qui précise que chaque EHPAD doit disposer d’un salarié pour un résident. Nous en sommes aujourd’hui très loin, partout en France, puisque la moyenne nationale est de 0,6 salarié pour un résident.

Interview de Gérard Caillon, secrétaire de l’Union locale CGT-FO de Saint-Nazaire

Quelle est la situation en Loire-Atlantique ?
En Loire-Atlantique, le ratio est de 0,46 salarié par résident. Ce chiffre appartient à la moyenne basse par rapport aux autres départements. C’est la raison pour laquelle je considère que le Conseil départemental de Loire-Atlantique a une responsabilité particulière, par manque de volonté budgétaire. Il faut savoir qu’un personnel aide-soignant est financé à hauteur de 70 % par l’Agence régionale de santé (ARS) pour la partie « soins » et de 30 % par le Département pour la partie « dépendance ». Le Département finance également à hauteur de 100 % les Agents des services hospitaliers (ASH). Lorsque nous présentons les revendications des personnels des EHPAD à Philippe Grosvalet, président du Conseil départemental de Loire-Atlantique, ce dernier répond qu’il voit bien le problème, mais qu’augmenter les impôts ne serait pas populaire.

La situation en Loire-Atlantique ne renvoie-t-elle cependant pas à la politique nationale d’austérité, qui étouffe les budgets des collectivités locales ?
Si, bien sûr. Les mesures du plan Grand âge ne sont appliquées nulle part. C’est la raison pour laquelle la grève du 30 janvier a un caractère national et c’est pourquoi nous avons demandé une audience auprès de Madame la préfète, qui est la représentante de l’état, du directeur de l’ARS et du président du Conseil départemental. Depuis 2006, il n’y a eu aucun progrès en termes de taux d’encadrement. Il existe même une régression dans certains départements. Au mois de novembre dernier, le Conseil départemental a même voulu annoncer une baisse du ratio. Cela a engendré un tollé parmi les directeurs d’EHPAD, quelle que soit la nature de leurs structures. Ils ont collectivement quitté la réunion et rendue publique une lettre alarmant sur la situation des EHPAD.

Comment se positionnent les directeurs d’EHPAD vis-à-vis de la grève du 30 janvier ?
Tout en restant dans le respect de leur rôle, avec les contraintes que cela impose, on peut dire que les directeurs d’EHPAD soutiennent le mouvement de grève. Au niveau national, plusieurs associations de directeurs de maisons de retraite se sont positionnées pour la grève, exigeant le retrait de la « réforme de la tarification », qui asphyxie les établissements et fait supporter des charges financières aux résidents et à leurs familles. C’est un véritable point d’appui.

Le syndicat a-t-il la possibilité de discuter avec les familles ?
Nous prendrons les dispositions pour rencontrer les familles le 30 janvier prochain, après le rassemblement du matin à Nantes, dans un maximum d’EHPAD. Ces dernières paient en moyenne 2 000 à 2 200 € par mois pour la prise en charge de leurs ascendants. Elles ont leur mot à dire. Il nous revient de leur expliquer que la responsabilité de la dégradation de la prise en charge des résidents n’incombe pas aux salariés, qu’il faut au contraire recruter massivement du personnel.

Comment Force Ouvrière prépare-t-elle le 30 janvier ?
Il me paraît tout d’abord essentiel de rappeler que si la grève du 30 janvier existe, sur un appel interfédéral FO – CGT – CFDT – CFTC – UNSA, c’est parce que la fédération FO a organisé le 28 novembre dernier la conférence de défense des EHPAD. à cette occasion, les 350 délégués FO présents ont adopté à l’unanimité une déclaration appelant à une grève nationale et à contacter les autres organisations syndicales. Nous avons déjà diffusé des tracts appelant à la grève du 30 janvier dans l’ensemble des structures où nous sommes implantés. Nous avons par ailleurs tiré 10 000 exemplaires que nous allons diffuser là où nous ne sommes pas encore implantés, avec l’aide de l’interprofessionnelle et des associations FO de retraités en Loire-Atlantique.


Interview de Morgane Bergot, secrétaire du syndicat FO des hospitaliers de Savenay et aide-soignante dans un EHPAD

En ta qualité de syndicaliste et d’aide-soignante en EHPAD, peux-tu présenter en quelques mots la situation dans les EHPAD ?
Cela fait plus de 10 ans que je travaille en EHPAD et je peux assurer que j’ai vu année après année la dégradation, tant de nos conditions de travail que de la prise en charge des résidents. Lorsque j’ai commencé ce métier, les résidents étaient, comme nous le disions dans notre jargon, « semi-valides ». Cela signifiait qu’ils avaient besoin d’une prise en charge légère en matière d’accompagnement. Aujourd’hui, sans aucun personnel en plus, nous avons une part sans cesse croissante de résidents en fin de vie, très dépendants et nécessitant des soins importants.

Concrètement, comment cela se passe-t-il sur le terrain ?
Je peux prendre l’exemple de la toilette. Auparavant, nous aidions majoritairement les résidents à faire leur toilette et cela durait dix minutes. Aujourd’hui, les résidents ont besoin que nous leur fassions la toilette à leur place. Un soin optimal prendrait dès lors vingt minutes… mais nous ne disposons toujours que de dix minutes ! L’exemple des toilettes revient souvent dans les témoignages, mais il faut bien se dire que cela est vrai pour tout. Prenons le lever. Auparavant, les résidents parvenaient globalement à se lever tout seul. Aujourd’hui, il est fréquent de devoir utiliser le lève-malade, qui implique notamment d’être deux agents. Ou je peux prendre encore le cas des repas. La perte d’autonomie est frappante également : aujourd’hui, sur un groupe de 15 résidents, 7 ont besoin d’une aide permanente pour manger. Pour résumer, nous avons de plus en plus de tâches à accomplir pour une bonne prise en charge des résidents, mais le ratio salarié/résident est le même qu’il y a dix ans. Cela ne peut clairement plus durer.

Quelle perception peut-on avoir de son métier dans ces conditions ?
Le métier perd beaucoup de son sens. Nous finissons nos journées avec une insatisfaction permanente. Nous subissons un stress quotidien. Il faut imaginer ce que c’est que d’être seul à donner les repas à des résidents, dont certains sont atteints de démence. On a l’impression que tout peut déraper. Les enjeux de nos métiers sont importants. Nous soignons des gens, sans avoir les moyens de le faire et en sacrifiant le relationnel, qui est pourtant essentiel dans ce type de situations. Certes, pour ce qui me concerne aujourd’hui, j’ai du recul, j’arrive à aller à l’essentiel. Mais ce n’est pas satisfaisant.

Quelle est la solution pour améliorer les conditions de travail et de prise en charge ?
Il n’y en a qu’une évidemment : recruter du personnel. Le problème n’est pas la formation. Les gens sont formés. Lorsque des personnes qui sortent de formation arrivent dans un EHPAD, c’est le choc. Nous sommes arrivés à un tel degré de déshumanisation que cela ne correspond en rien à ce qu’elles ont appris. Il faut des postes en nombre. Cela concerne tous les secteurs : on comptait à Savenay quatre animateurs il y a dix ans. Il n’en reste plus qu’un aujourd’hui. Nous n’avons plus de coiffeur non plus. Alors oui, les pouvoirs publics ont construit des petites maisonnées, tout cela paraît plus « humain ». Mais la vérité, c’est que nous n’avons pas le personnel en nombre suffisant et que les équipes sont désormais éclatées, les agents souvent isolés, sans pouvoir s’entraider.

La question des postes est au centre des revendications de la grève du 30 janvier. Quel est l’état d’esprit des collègues ?
Les collègues n’attendaient que ça, que l’on se batte sur leurs métiers, sur leurs propres revendications. Je pense qu’ils sont prêts à se mobiliser. Le 30 janvier est au cœur de nombre de discussions.

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- Conférence nationale FO pour la défense des EHPAD
EHPAD : Grève nationale le 30 janvier 2018 à l’appel de FO et CGT
Appel à la grève dans les EHPAD, le mardi 30 janvier 2018