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10 mai 2021

Petite enfance : une forte mobilisation contre la « réforme» Taquet

Interview de Virginie Rouillé, adhérente FO et élue au CSE de la Crèche associative Les Croquignoles (Orvault).


Le secteur de la petite enfance est marqué par une importante mobilisation contre la réforme Taquet, du nom du secrétaire d’état chargé de l’Enfance et de la Famille, rattaché au ministère des Solidarités et de la Santé. De quoi s’agit-il ?

Il y a quelques mois, le président de la République a mis en place une commission dite « des 1 000 jours », censée mettre en lumière l’importance « décisive » des mille premiers jours de l’enfant. Cette commission a transmis des préconisations au gouvernement, impliquant notamment des espaces adaptés ainsi que des moyens supplémentaires pour une meilleure prise en charge du jeune enfant. Dans les faits, aucune de ces préconisations n’a été reprise dans le projet de réforme gouvernementale des modes d’accueil, portée par le secrétaire d’état chargé de l’Enfance et de la Famille.


Que contient ce projet de réforme ?

Ce projet concerne tous les modes d’accueil : crèches, multi-accueils, micro-crèches, maisons d’assistantes maternelles et assistantes maternelles. Quelques exemples concrets permettent de prendre la mesure de la dégradation envisagée de nos conditions de travail, et donc d’accueil des enfants. Le taux de dépassement d’accueil actuellement autorisé à 110 % passerait à 115 %. Le taux d’encadrant passerait de 1 professionnel pour 5 enfants non marcheurs et de 1 professionnel pour 8 marcheurs à 1 professionnel pour 6 enfants bébés et marcheurs confondus, en intégrant dans le calcul les apprentis. Ce n’est pas tenable pour nous d’avoir 6 bébés. Nous revendiquons donc le taux de 1 pour 5 pour tous les enfants. Aujourd’hui, l’ouverture et la fermeture d’une structure de petite enfance impliquent la présence de deux professionnels. Le gouvernement souhaite réduire cette présence à un seul professionnel. Le projet de réforme prévoit également de réduire la surface minimale par enfant de 7 m² à 5 m². De la même manière, il prévoit de réduire le temps d’analyse de la pratique à une demi-heure par mois. à titre de comparaison, j’ai réussi à obtenir actuellement dans ma structure l’intervention d’une psychologue deux heures par mois.


Quelle est l’ampleur de votre mobilisation ?

Nous avons connu plusieurs mobilisations nationales ces derniers mois, dont le 30 mars dernier, à l’appel notamment d’un collectif qui existe depuis 2009, intitulé « pas de bébés à la consigne ». FO a également déposé un préavis de grève. Comme les fois précédentes, la grève du 30 mars a été très suivie : des centaines de crèches ont répondu à l’appel. Des rassemblements ou des manifestations ont eu lieu dans une quarantaine de villes, notamment à Saint-Nazaire… mais pas à Nantes, où le rassemblement n’aurait pas été autorisé par la préfecture.


Qu’en est-il dans ta propre structure ?

Nous étions à 100 % en grève. Nous avons été un peu déçues d’apprendre qu’il n’y aurait pas de rassemblement à Nantes. Mais nous avons pris nos affaires en main. Nous avons affiché des pancartes au balcon et sur le grillage de l’entrée. Nous avons chanté les chants revendicatifs, sur l’air de différentes berceuses. Nous avons également transmis une lettre aux parents pour les informer des raisons de notre mobilisation. Nous avons eu en retour un soutien total des familles. C’est très important pour la suite.


Comment vois-tu la suite justement ?

Malgré l’importance de notre mobilisation depuis plusieurs mois, le gouvernement s’obstine à vouloir imposer sa réforme. Donc une prochaine mobilisation est envisagée au mois de mai, en fonction également du contexte général. FO a un rôle important à jouer, dans les différents secteurs de la petite enfance (action sociale, fonction publique territoriale et autres…), pour informer les personnels et les aider à organiser le rapport de force.

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Interview parue dans L'Ouest-Syndicaliste n°718