InFOrmation syndicale

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14 octobre 2011

"J'OCCUPE"...

La «Troïka» est de retour à Athènes.

Ses émissaires ont travaillé tout le week-end pour «épauler» le ministère des finances, qui doit présenter un nouveau plan d’austérité. Ils vont également «vérifier» la bonne application du plan de rigueur imposé en juin, de 28,4 milliards, doublé d'un vaste plan de privatisations.


Ils viennent pour dicter leurs ordres, que le gouvernement socialiste Papandréou applique avec zèle.

Toujours au nom de la lutte contre les déficits et pour payer «la dette», le peuple grec est ainsi saigné aux quatre veines. Mais la troïka et le gouvernement se heurtent à une résistance chaque jour plus déterminée.

Selon Le Figaro du 29 septembre : «En plus des manifestations inopinées et des collectifs qui refusent de payer les nouvelles taxes, le gouvernement doit faire face au mouvement «J’occupe». Des dizaines de fonctionnaires occupent leurs ministères pendant plusieurs heures. Ainsi la plupart des ministres ont dû changer de local ou travailler depuis chez eux jeudi, et devraient recommencer vendredi. Au ministère des finances, la Troïka n’a pu entrer dans les locaux qu’après négociation avec les grévistes ».

Des ministres contraints de se camoufler pour concocter leurs plans contre la classe ouvrière : on comprend mieux quand on découvre que, dimanche soir, le gouvernement a approuvé, à l’unanimité, un plan drastique de réduction du nombre de fonctionnaires sur ordre de la Troïka.

Toujours selon Le Figaro, «le projet créé une "réserve de travail" (... pourquoi pas un "camp de travail?) , où 30 000 fonctionnaires seraient affectés d’ici la fin de l’année avec une baisse de 40 % de leurs rémunérations. Au bout d’un an, ils seraient licenciés."

Au Portugal, samedi après-midi, 130 000 manifestants à Lisbonne, 50 000 à Porto : ils protestaient contre le plan d’austérité du gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho. Rejoints par plusieurs centaines de policiers, normalement chargés «d’encadrer» la manifestation, on pouvait lire sur les banderoles «Assez de la Troïka!» et «Non à l’ingérence du FMI!».

En Angleterre, à l’occasion d’une rencontre avec des militants de notre Union départementale, Alex Gordon, secrétaire général du syndicat britannique des transports, nous a expliqué comment, avec d’autres organisations syndicales, en particulier les fonctionnaires, il prépare aussi la grève pour combattre les plans d’austérité du gouvernement.

Nos camarades attendent entre 4 et 5 millions de grévistes fin novembre.

Aux Etats-Unis, s’inspirant du mouvement des «indignés» espagnols, des manifestants occupent la place devant Wall Street.

Dimanche, 700 d’entre eux ont été arrêtés par la police, au prétexte qu’ils bloquaient la circulation sur le Pont de Brooklyn.

Incontestable-ment un mouvement est en marche, parti de Tunisie au début de l’année, et prenant chaque jour plus d’ampleur. Partout dans le monde, les travailleurs, par la grève et les manifestations, engagent le combat contre la Troïka.

Alors, une question se pose : que fait la CSI (Confédération Syndicale Internationale) ?

Pour l’instant elle brille par son absence.

Quant à la CES (Confédération Européenne des Syndicats), après avoir soutenu les traités de Maastricht et de Lisbonne, appelé à voter pour le «Traité constitutionnel», elle fait de la défense de l’Euro sa priorité.

Autrement dit, quels que soient les artifices utilisés pour maquiller, gauchir son discours, dans les faits, elle soutient les plans de l’Union européenne.

En France, alors que le gouvernement vient tout juste d’annoncer un nouveau plan d’austérité, le premier ministre François Fillon déclare qu’il faudra aligner les retraites sur l’Allemagne, c'est-à-dire, 67 ans.

Dans ce contexte, il est évident que la classe ouvrière française aussi entrera en mouvement.

L’expérience récente du combat contre la réforme des retraites a démontré que les journées d’action à répétition conduisent inéluctablement à l’échec.

Et pourtant «l’intersyndicale institutionnalisée» persiste dans cette voie.

Après avoir signé, le 18 août, un communiqué dans lequel elle demandait «une véritable concertation sociale avec le gouvernement et le patronat pour examiner les mesures à prendre» pour «la maîtrise des déficits», elle décide maintenant d’appeler à une énième journée d’action le 11 octobre.

Une journée sans revendication, sans action, sans aucune perspective.

En 2010, notre Confédération avait proposé une journée de grève avec assemblées générales dans les entreprises pour décider démocratiquement des suites de l’action.

Aujourd’hui, la situation à laquelle se trouve confrontée la classe ouvrière est encore plus grave qu’en 2010. Moins que jamais on ne peut espérer que des défilés processionnaires permettent de faire aboutir les revendications. Les responsables de «l’intersyndicale institutionnalisée» ne peuvent pas l’ignorer.

Peut-être cherchent-ils à promener la classe ouvrière pour gagner du temps jusqu’aux prochaines élections présidentielles. Pour notre part, nous n’avons aucune illusion. Nous savons que la classe ouvrière ne peut compter que sur ses propres forces, et certainement pas sur un quelconque «sauveur suprême».

Bien sûr, à Force Ouvrière, nous respectons les convictions des uns et des autres. Chacun d’entre nous peut avoir ses préférences… Question de goût !

Mais chacun doit savoir aussi «qu’après la présidentielle… les français vont découvrir ce que la rigueur veut vraiment dire… Ce sera violent, inéluctable… c’est à ce moment là que l’explosion sociale, la vraie, interviendra» (Le Figaro citant le patron d'une multinationale française, voir la "Météo sociale", page 4).

Alors ne gaspillons pas les forces de la classe ouvrière, en l’entraînant dans des actions démoralisantes, qui peuvent par ailleurs servir de marche-pied à tel ou tel candidat. Lequel demain, de toute façon, appliquera, comme Zapatero ou Papandréou, les décisions de la Troïka.

Bien sûr, les travailleurs ont envie d’en découdre, ils rejettent la politique du gouvernement. En 2010, nous avons perdu une bataille, mais la classe ouvrière n’a été «ni battue, ni abattue» : elle veut sa revanche.

Répétons inlassablement que, pour gagner, il faut préserver notre indépendance à l’égard des partis politiques qui, demain, prendront le relais du gouvernement actuel.

Répétons aussi que, pour vaincre, il faut un rapport de force suffisant.

Sauf à croire aux miracles, ce rapport de force, ce n’est pas par des processions, mêmes massives, mêmes fréquentes, que nous pourrons le construire. Le rapport de force, tout le monde le sait, y compris ceux qui appellent à des manifestations, c’est par la grève que nous pourrons l'obtenir ; et nous savons par expérience qu'une journée de grève, même bien suivie, ne sera pas suffisante.

Alors, ne cédons pas aux «amicales» pressions : «Le courage, c’est dire la vérité sans subir la loi du mensonge triomphant qui passe» disait Jaurès.

Aujourd’hui, le courage, c’est de ne pas subir la loi de ceux qui accompagnent la Troïka. C’est de dire la vérité : Vive la Grève, la grève interprofessionnelle !
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Patrick HEBERT, Secrétaire général de l'UD CGT-FO de Loire Atlantique