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23 novembre 2011

LES DERNIERS JOURS DE POMPEI

Après le «socialiste» Papandréou, c’est au tour de Berlusconi d’être «remercié» par l’Union européenne.

Jetés à la poubelle de l’Histoire, ils subissent le même sort que le Premier ministre d’Irlande, Brian Cowen, et le portugais José Socratès.

L’actuel chef du gouvernement espagnol, Zapatero, est le prochain sur la liste. Il a d’ailleurs renoncé à se présenter aux élections prévues le 20 novembre.

Pourtant, ils appliquaient tous avec servilité les directives européennes.

En Italie, le gouvernement de Berlusconi avait tellement diminué les budgets, que le site historique de Pompéi ne pouvait plus être entretenu. Ainsi plusieurs maisons se sont déjà effondrées. Pour les banquiers, peu importe que Pompéi meure une seconde fois !

Mais aujourd’hui ce n’est plus suffisant. Compte tenu de la gravité de la situation, Bruxelles ne prend même plus le temps de respecter les apparences de la démocratie. Papandréou a été remplacé par Lucas Papadémos, ex-vice-président de la Banque Centrale Européenne; et en Italie, c’est Mario Monti, ancien commissaire européen, qui succède à Berlusconi, lequel peut-être finira en prison: Vae Victis ! (2)

L’Union européenne installe à la tête des gouvernements ses hauts fonctionnaires : des "gauleiters" ou des "proconsuls" en quelque sorte ! (3)

Il est «amusant» de noter que nos deux mercenaires, le grec et l'italien, présentés comme des incorruptibles, sont associés à la banque Golman Sacks, et que Mario Monti y travaille toujours en qualité de «conseiller international» (voir page 8).


Combien de temps durera ce rafistolage mené à la hussarde ? Les patrons allemands, pour leur part, n’ont pas trop d’illusions. Ils n’ont pas d’inquiétudes non plus, car ils pensent déjà à une autre solution. Le Président de la Fédération des exportateurs allemands, Anton Börner, estime que le rapprochement entre Paris et Berlin est impossible, car «la mentalité des français est beaucoup plus proche de celle des italiens que de celle des allemands». Il s’attend donc à un éclatement de la zone euro ; et il considère qu’un «bloc monétaire avec l’Allemagne, les Pays Bas, l’Autriche, la Finlande, peut-être le Danemark» pourra s’y substituer. Il ajoute que «l’euro est important pour nous, les exportateurs, mais pas tant que cela… Si nous exportons tant dans la zone euro, cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir une monnaie commune, mais plutôt avec l’absence de droits de douane dans le marché européen».

Ainsi pour les patrons allemands, les jeux sont faits, ils préparent déjà l’avenir. Pour eux, le nouveau plan d’austérité français ne règle rien : «ces mesures ne vont pas suffire : la France a un gros problème de croissance, de productivité ; et je ne la vois pas les résoudre en peu de temps avec ce plan». La messe est dite !

Pourtant, en France, le gouvernement a décidé de mettre un nouveau tour de vis à sa politique d’austérité. Après la contre-réforme des retraites en 2010, la RGPP (révision générale des politiques publiques), un premier plan d’austérité en août, en voilà un deuxième encore plus sévère.

Les mesures sont insupportables pour les salariés, et vont certainement freiner encore une croissance déjà bien mal en point. Mais, dans la logique de l’Union européenne, elles sont encore insuffisantes.

Quelques jours après l’annonce de ce nouveau plan d’austérité, Bruxelles demande au gouvernement d’aller encore plus loin et de préparer un troisième plan. Cette logique est suicidaire et inacceptable. Il est temps d’y mettre un terme.

Il serait bien sûr parfaitement illusoire d’imaginer un quelconque changement à l’occasion d’une échéance électorale. Ceux qui caressent encore ce fol espoir se trompent. Il suffit de constater que tous les gouvernements de l’Union européenne, quelle que soit leur couleur politique, appliquent les mêmes mesures.

La classe ouvrière, et ce n’est pas nouveau, ne doit donc compter que sur ses propres forces.

Il est évident que de prochains affrontements se préparent. Une fois encore, il faut se poser la question : comment gagner ?

Nous savons que les journées d’action à répétition conduisent à l’impasse.

Nous savons aussi qu’un mouvement ne peut pas aboutir si ses objectifs ne sont pas clairs. Or, la CFDT déclare que «ce deuxième plan de rigueur en trois mois reste avant tout une démarche défensive».

Curieuse façon de condamner l’austérité, surtout quand elle ajoute : «le passage à 7 % du taux intermédiaire de TVA permet une harmonisation avec l’Allemagne, qui va dans le bon sens, à condition qu’il ne s’applique pas aux produits de première nécessité».

En clair, la CFDT approuve certaines mesures, mais considère que ce plan n’est pas assez offensif !!!


De son côté, la direction de la CGT est empêtrée dans son alliance avec la CFDT.

Cet accoquinage est devenu insupportable pour de nombreux militants, qui souvent expriment leur désaccord publiquement. Cette situation explique certainement que Bernard Thibault soit obligé de prendre régulièrement ses distances avec François Chérèque.

La classe ouvrière n’a toujours pas «digéré» la contre-réforme des retraites de 2010. Alors que le mouvement était massif, «l’intersyndicale institutionnalisée» a conduit à l’échec.


Sans aucun doute, la position de notre Confédération, qui n’a cessé de proposer la grève, a rencontré un grand écho. De nombreux militants appartenant à d’autres organisations syndicales ont soutenu notre proposition.

Aujourd’hui, la combativité reste intacte. Les nombreuses grèves, souvent victorieuses, en sont l’expression.

Alors que le choc se prépare, il faut plus que jamais dire la vérité.

Si nous voulons empêcher, qu’au prétexte de «sauver l’euro», toutes nos conquêtes sociales ne soient réduites à néant,...

Si nous voulons éviter que la «dictature de la dette» se transforme en une dictature politique, ...

Si nous voulons préserver notre liberté et la démocratie, ...

... alors il faudra tout autre chose qu’une ou des manifestations.


C’est pourquoi, la Commission Exécutive de notre Confédération a déclaré le 9 novembre que «condamner les plans d’austérité annoncés et contrer toutes nouvelles annonces nécessite de préparer, par l’action commune, un appel à 24 heures de grève interprofessionnelle».

Une grève interprofessionnelle de 24 heures serait déjà un début. Appelée par plusieurs confédérations, elle marquerait une première rupture avec les actions anesthésiantes. Mais soyons lucides, une grève de 24 heures, même massive, ne sera pas suffisante non plus. En Grèce, nos camarades ont déjà 13 journées de grève, plutôt réussies, à leur actif. Papandréou est tombé, mais sa politique va être poursuivie par son successeur.

C’est donc la question de la grève générale qui est d’ores et déjà posée.

Que l’on ne nous dise pas qu’elle ne se décrète pas : nous le savons !

Que l’on ne nous dise pas que les travailleurs ne sont pas prêts !

Ceux qui affirment cela sont souvent les mêmes qui se refusent à se prononcer pour 24 heures de grève, et c’est une forme de mépris pour la classe ouvrière.

Dire qu’il faudra la grève générale pour gagner est simplement une évidence. Donc il faut s’y préparer et la préparer. Cela commence par un appel à une grève de 24 heures, comme le propose notre Confédération. Ensuite bien sûr, c’est la classe ouvrière elle-même qui décidera !

En effet, la classe ouvrière a besoin d’organisations libres et indépendantes.

Et surtout, ne l’oublions pas : "l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes !"


Notes :
1) "Les derniers jours de Pompéi" : célèbre film de Sergio Leone, sorti en 1959.
Sur fond d'éruption du Vésuve ayant détruit Pompéi en 79 après J.-C., Glaucus, le principal personnage du film, revient de son service militaire et découvre son père assassiné ; tout accuse les chrétiens, dont tout le monde dit qu'ils sont des bandits sans foi ni loi...
Mais à vrai dire, plus qu'à l'irruption du Vésuve, qui, elle, relevait d'une (vraie) catastrophe naturelle, les actuels soubresauts politico-financiers de l'Union européenne nous renvoient à la décadence, quatre siècles plus tard, de l'Empire romain avant sa chute terminale (en 476).
2) Vae Victis ! : Malheur aux vaincus !
3-1) Gauleiter : Durant la Seconde Guerre mondiale, des gauleiters sont nommés pour assurer le pouvoir nazi dans les territoires annexés (Lorraine, Alsace) ou occupés (Norvège), avec, dans ce dernier cas, le titre de commissaires du Reich. (Encyclopedia Universalis)
3-2) Proconsul : A l'époque romaine, ancien consul qui, en sortant de charge, recevait le commandement d'une province ou d'une armée. Se dit d'un gouverneur de province qui agit avec arbitraire et violence. (Dictionnaire Littré)

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Patrick HEBERT, Secrétaire général de l'UD CGT-FO de Loire Atlantique