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05 mars 2012

CLAIRE COMPAIN : "REAFFIRMER LES FONDAMENTAUX DU SALAIRE DIFFERE"

Interview de Claire Compain, retraitée de la sécu. 
Paru dans l'Ouest-Syndicaliste n°601.

L'Ouest Syndicaliste : Dans le numéro à paraître du "Retraité FO 44", tu exposes que l'idée de déconnecter protection sociale et salaire différé n'est pas une idée neuve, puisque ça n'a eu de cesse d'être le cheval de bataille du patronat sitôt instituée la Sécu. Pourquoi, depuis près de 70 ans (1945-2012), une telle constance du CNPF puis du MEDEF ?

Claire Compain : Les ordonnances de 1945 instituant la Sécu sont une conquête de la lutte des classes, les travailleurs se trouvant à l'époque en position de force face au patronat, suite à l'effondrement du Régime de Vichy.
Ces ordonnances mirent en place un système que ses fondateurs voulurent à l’abri des appétits des gouvernements et des circuits financiers. Ce système repose sur le principe de la répartition à partir des cotisations précomptées sur les salaires. Ainsi toutes les sommes encaissées par les organismes de recouvrement (URSSAF) sont immédiatement redistribuées sous forme de prestations maladie, allocations familiales, retraites …
En 1947, le patronat s'est lancé dans la remise en cause, ininterrompue depuis lors, d'un système qui présente à ses yeux le double désavantage d’'échapper aux circuits financiers et de faire peser sur les entreprises "trop" de "charges" liées au salaire différé.
De 1947 à aujourd'hui l'antienne patronale n'a pas varié : abaisser le coût du travail pour plus de compétitivité.

L'O.S. : La première victoire historique en la matière des "employeurs" n'est-elle pas l'institution, en 1990 par le gouvernement Rocard, de la CSG ?

C. Compain : Tout à fait, et dans le sillage rocardien depuis lors, tous les gouvernements, de droite comme de gauche, ont régulièrement augmenté la part de la CSG dans le financement de la protection sociale, en même temps qu'ils faisaient voter des lois exonérant toujours plus les patrons du paiement de certaines cotisations.
Le montant total de ces exonérations s’élève aujourd'hui à 316 milliards d’euros. Certes 90% desdites exonérations sont compensées par l’Etat. ... Mais il reste quand même la bagatelle de 60 milliards sur 20 ans de perte sèche !
Cela signifie que nos impôts, au lieu de servir à développer les services publics, servent à payer les cotisations dont les patrons se trouvent déchargés. Pendant ce temps notre pays a perdu
2,1 millions d’emplois industriels et enregistre 2 500 000 chômeurs de plus. Et ils osent dire que le but de ces exonérations est de développer l’emploi !
De plus, depuis 1980, les cotisations patronales ont baissé de 4,24%, ce qui, si elles étaient rétablies, suffirait à réduire à néant le soi-disant déficit de la sécu.

L'O.S. : La CFDT depuis toujours, et d'autres convertis de plus fraîche date, telle. la CGT, se font pourtant les chantres de la CSG, expliquant que cette dernière, parce qu'assise sur tous les revenus, incarnerait, à la différence de la "TVA sociale", une fiscalité "juste et solidaire" ?

C. Compain : Plus juste, la CSG ? Assez de balivernes ! En 2010, 88,82% de la CSG a été payée par les salariés, les retraités, les chômeurs, les invalides.
La CSG est un impôt comme la TVA. C’est la raison pour laquelle la CSG est prélevée sur les revenus de remplacement (pensions d’invalidité, retraites, indemnités journalières, allocations chômage) et qu'on peut en être exonéré en fonction du montant de ses revenus.
La mise en place de la CSG a eu comme corollaire, outre la baisse des cotisations patronales, le vote des lois de financement de la Sécurité Sociale, qui, par ce biais, incluent les comptes de la Sécurité Sociale dans ceux de l’Etat.
Qui plus est, les cotisations ouvrent des droits, alors que l’impôt institue un devoir vis-à-vis de l’Etat.

L'O.S. : Ta conclusion dès lors ?

C. Compain : La résolution "Protection sociale" de notre dernier congrès confédéral de Montpellier, dont L'Ouest Syndicaliste a publié de larges extraits dans son dernier numéro, est plus que jamais d'actualité dans le contexte d'aujourd'hui. Je cite : «Le Congrès dénonce toute politique économique orientée vers la compétitivité et la baisse du coût du travail qui conduit à pénaliser le financement, donc l’existence des régimes de protection sociale collective, au profit de couvertures sociales privées par définition, inégalitaires et coûteuses.»Je me félicite d'ailleurs du communiqué tout récent, et dans le même sens, de l'Union Confédérale des Retraités Force Ouvrière (ndlr : voir ci-dessous), à l'heure où Mme Parisot, la Présidente du MEDEF, salue la proposition de Chérèque d'une nouvelle augmentation de la CSG, dans le but (vieille lune patronale) d'amorcer le basculement des cotisations "famille" (qui restent aujourd'hui à la charge exclusive des employeurs) vers l'impôt scélérat dit "contribution sociale généralisée" dont salariés, retraités et chômeurs acquittent près de 90%.
Contre le nouveau hold-up en préparation, le syndicalisme indépendant se doit en effet de réaffirmer avec force les fondamentaux du salaire différé.
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