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21 septembre 2012

LES HOMMES EN NOIR


Furtivement ils se faufilent, s’immiscent, s’insinuent. Ils sont les "hommes en noir" : C’est ainsi que les Portugais nomment les envoyés spéciaux de la Troïka, ces mercenaires chargés des basses besognes envoyés par le FMI, la BCE et l’Union européenne, pour imposer aux gouvernements les plans de rigueur afin de rembourser une dette que les peuples n’ont jamais contractée.


Cinq fois ils sont venus pour ordonner des mesures toujours plus drastiques. Epuisés de vivre «troïkados», c’est-à-dire sous le joug de la Troïka, les travailleurs portugais sont descendus dans la rue ce samedi 15 septembre. Sur les banderoles on pouvait lire : «ceux qui volent le Portugal doivent être jugés», «bientôt l’Etat volera les morts», «que la Troïka aille au diable».

Le même jour en Espagne des dizaines de milliers de travailleurs ont manifesté sous le mot d’ordre : «ils veulent ruiner le pays, il faut l’empêcher».

Oui, il faut l’empêcher, car cette politique conduit à la catastrophe.

En Grèce, la Troïka, qui a imposé les plans les plus terribles, conduisant de nombreux grecs au suicide, découvre aujourd’hui que cette politique débouche sur une impasse. Le quotidien économique allemand «Handelsblatt», citant des sources proches de la Troïka, indique que «jusqu’à maintenant les créanciers partaient du principe que la Grèce aurait retrouvé un niveau soutenable d’endettement d’ici 2020. Ce but n’est plus atteignable». Tout ça pour ça ! (1)

Il serait somme toute raisonnable que chacun, en particulier notre gouvernement, tire les leçons de la situation en Grèce en Espagne et au Portugal. Pourtant il n’en est rien !

En France, le gouvernement s’apprête à emprunter la voie qui a conduit ces pays à l’impasse.

Tout au long de sa campagne électorale, Monsieur Hollande a assuré qu’il fallait renouer avec la croissance, et que jamais il n’accepterait de faire ratifier le TSCG, notamment la règle d’or.

Aujourd’hui, virage à 180 degrés: le gouvernement a décidé de faire voter le TSCG ; et, en guise de croissance, Monsieur Hollande annonce 30 milliards «d’économies», soit le plus sévère plan de rigueur que notre pays n'ait jamais connu.

Ce plan, nous le savons, frappera d’abord les salariés. Bien sûr, le gouvernement fera quelques exemples chez les plus riches : un rideau de fumée…

La réalité, c’est qu’il va à nouveau s’attaquer à notre protection sociale.

Pour la Nième fois, on nous ressort le «trou de la sécu».

Un rapport de la Cour des comptes découvre un déficit record ! Il faut bien justifier l’augmentation envisagée de la CSG. Il est même question de faire payer les retraités.

Au nom de l’écologie, il est aussi possible que le gouvernement crée une «TVA verte». Comme le disent les fiscalistes : «il faut faire payer les pauvres, car ils sont les plus nombreux».

La vérité, c’est que toutes ces mesures n’ont comme seul objectif que d’obéir aux directives de la Troïka. Cette politique, c’est celle qui a conduit la Grèce, l’Espagne et le Portugal à la ruine.

En France nous venons de franchir la barre des 3 millions de chômeurs officiels ; le vrai chiffre tourne autour de 5 millions. Chaque jour de nouveaux plans de licenciement sont annoncés. Le gouvernement, y compris le ministre du «redressement productif», manifeste son impuissance. Jospin disait : «l’Etat ne peut pas tout». Cette formule lui a coûté cher, elle a certainement contribué à son échec au premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Souvenons nous qu’il avait été éliminé par Jean-Marie Le Pen !

Peugeot annonce 8 000 suppressions de postes, le gouvernement demande un plan moins sévère… Combien de licenciements sont acceptables pour ces gens là ?

Face à cette situation, le gouvernement veut montrer qu’il agit. Alors il ressort les emplois précaires.

Pas très original.

Depuis Raymond Barre en 1977, ce sera la 37ème version de ce type d’emploi (voir page 7). C’est mieux que rien nous dit-on.

Rien n’est moins sûr, car si le gouvernement voulait véritablement lutter contre le chômage, il dispose d’une première solution : qu’il cesse de supprimer les postes dans la fonction publique.

Il veut aussi mettre en place les «contrats de génération».

Subventionner les entreprises pour garder les anciens (les emplois seniors) au boulot, c’est grotesque ! Il faudrait tout au contraire remettre en place les préretraites, et pourquoi pas l’ARPE (Allocation de Remplacement Pour l'Emploi), qui permettait de remplacer chaque départ d’un plus ancien par un jeune.

Enfin le gouvernement nous ordonne de négocier la «modernisation du contrat de travail». Comme à de vulgaires subsidiaires, il nous dicte notre «feuille de route». Il nous octroie trois mois pour aboutir à un accord.

Qu’il ne compte pas sur nous pour entrer dans ce jeu. Au prétexte que les patrons et l’Etat violent chaque jour la loi en embauchant en CDD, alors que juridiquement le seul contrat devrait être le CDI, le CDD devant être exceptionnel, il nous demande de réformer le CDI pour en vider son contenu et ainsi généraliser la précarité.

Pour conduire cette politique réactionnaire dictée par la Troïka, le gouvernement sait pouvoir compter sur l’appui de la CFDT. François Chérèque a déjà, comme d’habitude, répondu «me voilà».

Le Président de la République et son Premier Ministre commettraient une lourde erreur s'ils considéraient que ce soutien leur garantit que ces contre-réformes passeront en douceur. Ils devraient se souvenir d’un précédent. En 1995, Monsieur Juppé a cru aussi que le soutien de la CFDT suffirait pour faire avaler son plan. Il a payé cher cette erreur de jugement.

Les Soubie et autres Noblecourt peuvent bien scribouiller chaque jour, cela ne change en rien la réalité.

L’immense majorité des salariés de ce pays, comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, rejette cette politique. Selon un récent sondage publié par le Figaro du 17 septembre, 64 % des français aujourd’hui voteraient NON au référendum sur le Traité de Maastricht. C’est cette réalité-là qui, un jour prochain, fera irruption…

Pour notre part, nous sommes avec ceux qui disent non, avec ceux qui résistent. Il est hors de question que nous acceptions d’être associés, d’une manière ou d’une autre, à la sale besogne.

C’est ce que réaffirmera notre comité confédéral national, qui va se réunir les 27 et 28 septembre à Rodez.


1- Ce qu'écrit «Handelsblatt» a d'autant plus de portée, que ce quotidien appartient au groupe Dow Jones, lui-même propriétaire, entre autres, du "Wall-Street Journal".