InFOrmation syndicale

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02 octobre 2014

Sale temps !


par Patrick Hébert

Après Marc Blondel, c’est notre camarade André Bergeron qui "prend la tangente".
Certains commentateurs ont tenté d’opposer les deux hommes. Il est vrai qu’ils n’avaient pas le même tempérament. Chacun son style !
Mais au-delà des questions de comportement qui, il est vrai, peuvent parfois avoir une certaine importance, ce n’est rien comprendre à Force Ouvrière que de vouloir transposer ces différences sur le terrain des orientations de notre organisation.

Nombreux sont ceux qui insistent à juste titre sur l’ampleur du bilan de notre confédération en matière de conquête sociale.
Incontestablement, alors que la CGT, résolument stalinienne, et la CFDT, autogestionnaire, liées par un accord, nous vouaient aux gémonies et refusaient par principe de signer quoi que ce soit, Force Ouvrière, d’abord avec Robert Bothereau, puis de 1963 à 1989, avec André Bergeron, a su saisir les opportunités que présentait la période d’après-guerre.
Ainsi sont nées, financées par nos cotisations (ce que nous nommons le salaire différé), entre bien d’autres choses, les retraites complémentaires et l’assurance chômage.
Notre camarade Claude Jenet rappelle cette période et, à juste titre, précise que "le réformisme consiste à apporter des plus aux salariés".

Le paradoxe est qu’aujourd’hui on affuble du qualificatif de réformiste une CFDT qui passe son temps à détruire ce qu’André Bergeron avait contribué à bâtir.
Il faut d’ailleurs préciser qu’à la fin de son mandat, il a été confronté à partir des années 1980 aux difficultés que nous connaissons encore aujourd’hui. C’est ainsi qu’en 1984, le Bureau Confédéral a refusé de signer l’accord sur la flexibilité. "Le Monde" note (voir p.7) trente ans plus tard, que c’est la CFDT qui signe l’ANI.

Au-delà du titulaire du mandat de Secrétaire Général, notre organisation a une position constante.
Nous signons les accords que nous jugeons positifs pour la classe ouvrière, et nous refusons de cautionner ce qui va à l’encontre de ses intérêts.
Naturellement, cette conception du syndicalisme ne plaît pas à tout le monde et suppose donc que nous préservions notre totale indépendance. Quand, en 1969, le Général de Gaulle a voulu par référendum imposer (déjà) la régionalisation et une réforme du Sénat intégrant les confédérations syndicales, notre camarade André Bergeron a su s’opposer clairement.
En appelant à un "NON" salutaire à l’ordre corporatiste (voir p.7), nous avons contribué à l’échec de ce projet et ainsi participé à la défense de la démocratie.
Ces quelques rappels de l’activité de notre camarade ne peuvent certainement pas suffire à résumer toute une vie consacrée à la défense des salariés, mais ils permettent de comprendre que nous menons un combat permanent.
Nous sommes en effet toujours confrontés aux velléités des gouvernements et du patronat de nous intégrer sous des formes diverses.
François Hollande avait inventé les "conférences sociales". Le refus de notre Confédération, suivie de la CGT, a certainement sonné le glas de cette formule. Mais, à l’occasion des élections au Sénat, on entend à nouveau des propositions de "réformes".
Certains proposent de créer des "Comités économiques et sociaux environnementaux territoriaux" où siégeraient à la fois les élus, les représentants des organisations syndicales patronales et de salariés ainsi que la fumeuse "société civile".
Evidemment, il ne faut pas compter sur nous pour participer à cette nouvelle "Chambre des corporations".
Pour autant ne sous-estimons pas ces tentatives. Les tenants du vieil ordre corporatiste n’ont pas renoncé à "faire tourner la roue de l’Histoire à l’envers". Les discussions en cours sur la réforme territoriale, mais aussi l’évolution des comités économiques et sociaux doivent nous conduire à la plus grande vigilance.
Il ne s’agit pas de questions d’ordre idéologique, car derrière ces projets, quelles qu’en soient les formes, se cache la volonté de nous associer à la mise en œuvre de toutes ces contre-réformes, dans l’espoir (vain par ailleurs) de mieux les faire accepter par la classe ouvrière.
Alors qu’André Bergeron nous quitte, nous restons confrontés aux mêmes problèmes que ceux qu’il a rencontrés à la fin de son mandat.
Il ne se passe pas une seule journée sans que le gouvernement n’annonce (le plus souvent à la demande du MEDEF) de nouvelles agressions. Même les allocations familiales sont maintenant mises en cause. La coupe a largement débordé, cette situation est intolérable. La classe ouvrière dans son immense majorité rejette cette politique et ceux qui la conduisent.

Il est évident que nous ne pouvons pas rester "l’arme au pied" tandis que les coups tombent comme à Gravelotte. Le pire serait de sous-estimer la gravité de la situation mais aussi nos responsabilités.
Alors que le Bureau Confédéral de la CGT va se réunir le 8 octobre de concert avec la commission exécutive de la CFDT, la classe ouvrière ne peut compter que sur notre organisation. Nous devons prendre une initiative, et le plus tôt sera le mieux.
Sans aucun doute, une manifestation nationale rencontrerait un très grand écho auprès des militants de Force Ouvrière, mais aussi de nombreux militants d’autres organisations. C’est certain, en particulier dans la CGT, où bon nombre de syndicats (et pas des moindres) s’opposent au "syndicalisme rassemblé" prôné par son secrétaire général.
Ce dernier, probablement conscient de la situation, vient d’ailleurs d’inventer un nouveau concept : "la reconnexion syndicale".

Pour notre part, aucune "connexion" n’est possible avec ceux qui approuvent le Pacte de Responsabilité, condamnent les grévistes d’Air France et se font les complices du gouvernement et du patronat.
Les militants, et plus largement les travailleurs, rejettent ces "combinaziones" lamentables.
Alors que notre Comité National va se réunir, il nous faut une fois de plus prendre nos responsabilités. Certes il n’y a pas de mot d’ordre magique. Nous avons souvent dit qu’il faut "bloquer le pays" afin de disposer du rapport de force nécessaire.
Alors tous à Paris !