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12 février 2018

FO Pénitentiaire : Retour sur la mobilisation générale

La mobilisation générale des surveillants pénitentiaires aura duré deux semaines, à l’appel notamment du Syndicat national Pénitentiaire – Force Ouvrière (SNP-FO) qui revendiquait à juste titre des revalorisations statutaires et indemnitaires, en plus de celles concernant l’amélioration de la sécurité des personnels.
Ce rapport de force, inégalé dans ce corps de métier depuis 1992, a fait vaciller le gouvernement. Il convient de revenir sur l’enchaînement de ces événements avec le camarade William Cozic, détaché du SNP-FO à Nantes.

Interview parue dans numéro spécial de L’Ouest Syndicaliste n°687

Quel est le point de départ de la mobilisation des personnels de la pénitentiaire ?
Le mouvement a bien sûr pour point de départ la sécurité des surveillants, suite à l’agression de quatre collègues par un détenu radicalisé dans la prison de Vendin-le-Vieil (62). Cela pose la question des créations de postes statutaires. Mais il faut bien comprendre qu’on ne parvient plus à recruter dans ce métier : sur les 930 places prévues dans la promotion de l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire (ENAP) cette année, seules 830 sont occupées. Donc il faut rendre ce métier plus attractif : cela passe nécessairement par des revalorisations statutaires et indemnitaires. C’est la moindre des choses, de plus, quand on sait à quel point le rythme de travail des agents pénitentiaires se fait au détriment de leur vie familiale : à titre d’exemple, nous n’avons qu’un seul week-end de repos sur six.

Combien gagne en moyenne aujourd’hui un surveillant pénitentiaire?
En début de carrière, un agent touche 1 300 € environ. On fait illusion avec un nombre important d’heures supplémentaires, qui permet d’atteindre jusqu’à 1 800 €. Mais ce sont des heures supplémentaires… Il faut imaginer que pour ce salaire misérable, les collègues se mettent en danger et se font insulter, menacer toute la journée.

Quelles sont précisément les revendications du SNP-FO en matière de revalorisations statutaires et indemnitaires ?
Nous revendiquons le passage en catégorie B de tout le corps d’encadrement et d’application, ainsi que le passage en catégorie A de tout le corps de commandement. Sur la question indemnitaire, nous demandons l’augmentation de l’indemnité pour charge pénitentiaire (ICP) à hauteur de 2 000 €, contre 1 000 € aujourd’hui, la revalorisation de 30 % de la prime de sujétions spéciales (PSS) et une augmentation de 50 % du forfait des primes de nuit, dimanche et jour férié…

Et concernant la sécurité ?
Tout d’abord, il convient de dire que le débat sur la sécurité est beaucoup trop restrictif. On nous parle sans cesse de « radicalisation » et de «déradicalisation», mais 5 000 agressions ont lieu chaque année. Suite à des projections par-dessus les murs, on retrouve du shit, des portables et même des couteaux sur les détenus. Nous demandons donc une vraie réforme pour permettre de travailler en sécurité, non un saupoudrage ou un objet de communication gouvernementale. Il nous faut des moyens techniques supplémentaires, mais également une gestion améliorée de la détention permettant que les prisons ne soient pas des zones de non-droit. Le respect des personnels doit également être réaffirmé.

Peux-tu revenir sur le déroulement de la mobilisation ?
Le jeudi 11 janvier, les collègues sont lâchement agressés dans le Nord. Dès le lendemain, nous lançons avec l’UNSA et la CGT un appel à mobilisation générale. Mais nous, FO, nous voulons mettre sans attendre sur la table les revendications statutaires et indemnitaires. L’UNSA et la CGT refusent, prétextant de manière honteuse que « notre sécurité n’a pas de prix ». Dans ces conditions, nous maintenons notre appel à la mobilisation le lundi 15 janvier, sur nos revendications. L’UNSA et la CGT vont pour leur part négocier pendant trois jours avec la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Sous la pression de leur base, les représentants UNSA et CGT refuseront de signer le relevé de conclusions… mais on a tous perdu une semaine ! La mobilisation est encore montée d’un cran dans la semaine qui a suivi : assemblées générales, blocage de prisons, dépôt des clés se multiplient sur des dizaines et des dizaines d’établissements. Par exemple, à Nantes, le mouvement s’est considérablement accentué les mercredi 24 et jeudi 25 janvier, avec plus de 100 agents réunis en assemblée générale devant la maison d’arrêt. Les détenus n’ont pas eu de promenade, ni d’accès aux parloirs: la situation est devenue explosive, comme dans de nombreux autres endroits. Je suis convaincu que le gouvernement était prêt à plier, mais l’UNSA s’est couchée le vendredi 26 janvier, en signant un accord scélérat avec la ministre de la Justice… qui avait déployé entre-temps dans les services une campagne de menaces de sanctions pécuniaires et de mises à pied. Elle enfonce même le clou en indiquant vouloir sanctionner les agents qui avaient déposé un arrêt maladie ! C’est pourquoi nous pouvons parler de trahison !

Que contient l’accord signé par l’UNSA ?
Il contient un volet sécuritaire qui ne permettra pas l’amélioration des conditions de travail des collègues. Le volet indemnitaire, qui existe uniquement parce que le SNP-FO l'a imposé dans la discussion, représente seulement : +0,5% en mars 2018, puis +0,5% en janvier 2019, janvier 2020 et janvier 2021… C’est une enveloppe d’à peine 30 millions d’euros, très éloignée de nos revendications, que nous avions chiffrées à hauteur de 200 millions d’€uros. Ce montant peut également être comparé au coût calculé par le ministère de la revalorisation en catégorie B des surveillants pénitentiaires, soit 80 millions d’€uros. Nous sommes loin du compte ! Cela est d’autant plus vrai en tenant compte de l’augmentation de la CSG et des cotisations retraite… Quant aux 1 100 créations de postes contenues dans l’accord, la ministre aurait pu même en promettre 10 000 ! Ouvrir des postes ne suffira pas à répondre à la crise de recrutement du métier : les revalorisations salariales sont indissociables du reste !

Quels enseignements tires-tu de cette mobilisation ?
Je tiens tout d’abord à souligner le courage et la détermination de nombreux collègues dans cette mobilisation.  Les atermoiements de la CGT et de l’UNSA, puis la trahison de cette dernière sont d’autant plus inexcusables. FO a maintenu fermement un axe d’indépendance, portant des revendications qui ont rencontré un grand écho auprès des personnels.  Nous aurions pu gagner, car la mobilisation a été puissante, comme elle le sera j’espère dans les EHPAD [NDLR - l’interview se déroulait le matin-même de la grève dans les EHPAD, ce mardi 30 janvier]. Aujourd’hui, l’UNSA représente 45 % en matière de représentativité et la CGT 15 %. FO est à 30 %. Sans nul doute, les lignes bougeront lors des prochaines élections en fin d’année. Un tel mouvement ne peut que laisser des traces et FO a été à la hauteur des événements.

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Voir aussi :
FO44 soutient l’action des agents des centres pénitentiaires
FO Pénitentiaire : Mobilisation générale
Collecte afin d’aider les Personnels Pénitentiaires