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22 janvier 2021

Annulation du PSE par Manitou Group [INTERVIEW]

L'expérience d'un rapport de force - Interview de Pierre-Louis Montaudon, Délégué Syndical Central, parue dans L'Ouest-Syndicaliste n°714

L’entreprise Manitou Group, spécialisée dans la construction de chariots élévateurs, compte 2213 salariés en CDI, dont 1633 à Ancenis, hors Magasin pièces Rechange. Dans une situation économique relativement favorable, elle annonce le 28 septembre la mise en place d’un PSE qui pourrait conduire à 63 licenciements. La section FO, majoritaire, prend toute sa place dans la réalisation de l’unité intersyndicale qui aboutira 5 semaines plus tard au retrait du PSE.


Peux-tu nous décrire la situation chez Manitou à l’annonce du PSE au soir du 28 septembre 2020 ?

Chez les salariés, c’est le choc, l’incompréhension à l’annonce des 63 suppressions de postes. Pour la plupart d’entre eux, il était clair qu’il n’y avait aucune perte économique chez Manitou, puisque le groupe sortait de trois années (2017-2018-2019) d’exercice favorable, avec une croissance de plus de 30 % et des bénéfices records. Et en plus, l’entreprise avait reçu 15 millions d’aides de l’état dans le cadre de la crise du Covid. C’était un PSE un peu particulier quand même, car il ne concernait que la MOI (main d’œuvre indirecte), c’est-à-dire les cadres, les agents de maîtrise, les employés, les techniciens et les dessinateurs. La MOD (main d’œuvre directe), c’est-à-dire les ouvriers, n’était pas impliquée. Avec cette ambigüité cependant chez Manitou : les outilleurs sont considérés comme improductifs. Et dans les 63 suppressions de postes annoncées, il y avait 29 cadres et 34 non-cadres MOI, dont des ouvriers outilleurs !

Par ailleurs, pour mettre en place ce PSE, la direction s’est séparée courant août de son DRH, remplacé début septembre. Très rapidement, les salariés se sont interrogés et la section FO comprend l’opportunité offerte par la « crise sanitaire » pour impulser une réorganisation de l’entreprise. 


Quelle place la section FO a-t-elle prise ?

Majoritaire de longue date dans l’entreprise, Force ouvrière joue depuis des années un rôle organisateur. La section a tout de suite appelé à réunir une intersyndicale avec les syndicats CFE-CGC, CFDT, CGT et CFTC qui ont tous répondu à cet appel et tous fait le même constat, permettant du même coup de réaliser l’unité des salariés. Face à cela, l’annonce du PSE pose aussitôt problème à la direction : comment, dans les conditions particulières de cette entreprise, justifier une procédure de licenciement collectif pour motif économique ? Pourtant, elle va partir à l’offensive. 

De leur côté, les syndicats développent une relation suivie avec les experts comptables. Sur ce point, je voudrais dire des choses importantes qu’il est utile de comprendre. La mise en place d’un PSE implique de faire face à des contraintes de temps très fortes. Désigner des experts est donc un acte décisif, parce qu’il est essentiel d’être bien accompagné pour comprendre rapidement tous les aspects techniques de la procédure et ainsi prendre les bonnes décisions. Nous avons eu la chance de travailler avec un expert-comptable que nous connaissions depuis des années. Nous avons pu le désigner sans nous déchirer entre syndicats, comme c’est parfois le cas. Ensuite, FO a avancé sa revendication : «Aucun licenciement!», qui a été validée par toutes les organisations syndicales. Cette entente intersyndicale sur l’expert-comptable et sur la revendication a permis de gommer toutes les tensions susceptibles de se développer entre les organisations syndicales.

Avec les experts, nous avons tenu deux réunions de formation en accéléré aux techniques et à la négociation du PSE. Une demande d’accompagnement des syndicats par les experts lors des négociations s’est naturellement posée. Les experts ont aussitôt rejeté cette perspective: « votre capacité à négocier dans ce PSE dépendra du rapport de force que vous pourrez construire ». Ils nous ont donc mis en garde sur ce type de demande : avant tout, rapport de force et indépendance.


Comment se sont déroulées les négociations sur le PSE ?

Hostile à tout accord mais empêtrée dans sa situation, la direction a joué un double jeu. Elle a mené des simulacres de négociations avec nous, tout en essayant de nous contourner par le biais du CSE-C (Comité Social et économique Central). Cela nous a amenés à sortir notre fameuse motion intersyndicale : « le CSE-C rappelle que les négociations collectives, ayant été programmées pour rechercher la conclusion d’un accord collectif, doivent se poursuivre exclusivement et de bonne foi avec les seules organisations syndicales représentatives dans l’entreprise (…)».

De plus, dans le cours de nos discussions, les experts avaient évoqué une action auprès des deux familles actionnaires de l’entreprise, familles très reconnues sur le pays d’Ancenis. C’est ainsi que nous est venue l’idée d’adresser une Lettre ouverte aux actionnaires historiques de Manitou Group, lettre qui a sans doute influé sur la suite.


Au bout de cinq semaines, la direction renonce à son PSE puis verse 20 millions de dividendes aux actionnaires, comment en est-on arrivé là ?

Est arrivée une discussion sur de nouvelles heures supplémentaires en production à Ancenis. Est-ce que c’était nécessaire étant donné la bonne forme de l’entreprise ? Nous avons opposé aussitôt un refus très ferme à la direction qui a compris à ce moment-là qu’on allait se battre. Au même moment, la Direccte avait relevé que la définition des catégories socio-professionnelles dans le PSE n’était pas conforme car elle permettait de cibler les personnes visées, ce qui est interdit. De plus, la direction avait refusé de mettre en place le dispositif APDL (activité partielle de longue durée, impulsée par la branche de la métallurgie au niveau national, ndlr).

C’est dans ce contexte que l’entreprise nous a informés qu’elle renonçait au PSE. Nous avons été surpris de cette décision. Nous comprenions bien sûr, au fur et à mesure que les choses avançaient, que sans motif économique fondé, il allait être de plus en plus difficile pour Manitou de justifier son PSE. Là, nous avons vu que la direction avait compris qu’elle allait droit dans le mur. 

Et dix jours après, la direction annonçait le versement de 20 millions d’euros aux actionnaires. Le choc a été immédiat après des semaines de dramatisation sur l’avenir de l’entreprise et la nécessité du PSE. Les salariés ont manifesté une grande colère, convaincus d’avoir été pris pour des imbéciles. En effet, Manitou Group pourrait toucher au total 20 millions d’euros d’aides de l’état, ce qui correspond à la somme qui a été versée aux actionnaires. Certes, le hasard existe, mais on peut s’interroger : à quoi servent les aides de l’état ?


Vous venez d’ouvrir les négociations annuelles obligatoires (NAO). Quelle est l’ambiance ?

Pour l’instant, bizarrement, le versement des dividendes nous met dans une situation plus favorable pour négocier. Le PSE annulé, l’annonce d’un gel des salaires en 2021-2022 a disparu et des marges de manœuvre réapparaissent, nous avons une sorte de « retour à la normale ». Et pourtant, nous retrouvons dans ces négociations le même état d’esprit de la direction que lors du PSE : pas de réelle volonté de négocier, juste du dialogue social. Sur ce point, je suis d’accord avec notre secrétaire général Yves Veyrier lorsqu’il déclare qu’ « il ne faut pas confondre dialogue social et négociation collective ».

Dans cette situation, la section FO a pour stratégie de se caler sur une « position raisonnable » dans le but d’aboutir à un accord de salaires 2021. Il n’y a pas eu d’accord en 2020 et s’il n’y en avait pas deux années de suite, ce serait non seulement une première dans cette entreprise mais le risque pour FO de se retrouver hors-jeu. Nous avons ouvert une large discussion dans la section, car la « lecture » des événements vécus et des opportunités à saisir était loin d’être homogène chez les délégués. Ne nous cachons pas les problèmes: il y a une grande colère chez les salariés, en production et dans les bureaux, suite aux dividendes et face à la direction, dont la proposition de n’augmenter les salaires que de 0,54% est perçue comme une provocation. Mais il y a aussi une réelle inquiétude sur le risque, en déclenchant une grève dure, d’aller dans le mur face un patronat arc-bouté sur ses positions et décidé à tout pour décourager les salariés. Il y a l’exemple proche de nos camarades chez Toyota où, pour contrer ce problème, FO impulse une grève réelle mais échelonnée «dans le temps». Dans l’immédiat, il paraît plus important de réussir la négociation annuelle et d’aboutir à un accord. 


Quelle conclusion ? 

Il ne faut pas décourager les militants, mais il est très important de tout dire d’une situation pour pérenniser le syndicat. La bonne situation économique de Manitou nous a été favorable, mais la résolution de ce confl it est avant tout une victoire syndicale, une victoire qui renforce la section FO. Les experts ont relevé le caractère rarissime de cette annulation de PSE, lié selon eux à une direction qui a fait preuve d’amateurisme. Force ouvrière est présente dans beaucoup d’entreprises de la région d’Ancenis où la situation de l’emploi devient diffi cile, voire très diffi cile. Discutons librement dans nos syndicats.


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Manitou Group : Le plan de licenciements a été annulé

Réaction à l'annulation du PSE chez Manitou