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27 octobre 2021

L'invariant Blanquer contre l'instruction

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale, a promis à la fin du mois d'août une rentrée « la plus normale possible ». Dans toute sa « normalité », cette rentrée  se traduit pour les professeurs des écoles du département par 4 burnout dans une école nantaise, 4 désistements au concours, 3 démissions, 1 abandon de poste et le recrutement de 66 personnels précaires en lieu et place de fonctionnaires. Dans le second degré, 93 postes d'enseignants ont été supprimés pour 1 630 élèves supplémentaires (voir interview ci-dessous).


Ces suppressions de postes interviennent également dans l'enseignement privé sous contrat. Que l'on ne s'y trompe pas, les enseignants en contrat définitif du privé sont recrutés sur la base des statuts particuliers des professeurs du public : ce sont donc bien les postes statutaires qui sont la cible du gouvernement. 

A suivre, l'interview de Hélène Macon, Secrétaire départementale du SNFOLC 44 (Lycées et collèges) et Frédéric Martin, trésorier du SNFOLC 44


Le protocole sanitaire est bien sûr dans tous les esprits. Qu’en est-il dans vos établissements ?

Hélène Macon – Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a publié durant l’été un protocole sanitaire à quatre niveaux. Celui-ci ne règle en rien les problèmes de rentrée : les suppressions de postes, les effectifs dans les classes, la médecine de prévention, la liquidation du baccalauréat, les expérimentations annoncées par Macron à Marseille, pour ne prendre que ces exemples.

Fred Martin – De mon côté, j’ai été surpris que l’on aborde la question des sorties scolaires sous le seul angle de la mise en œuvre du passe sanitaire. On se retrouve dans des situations inextricables, qui n’ont rien à voir avec la pédagogie. Nous sommes contraints d’éviter les situations de sortie scolaire où le passe sanitaire est exigé, afin de ne pas avoir à effectuer un tri entre les élèves vaccinés et non vaccinés. Je rappelle que le vaccin est facultatif pour les élèves.

Hélène Macon – Le protocole sanitaire conduit à la mise en œuvre de décisions insupportables. Ainsi, les élèves demi-pensionnaires du lycée Jean Perrin sont par exemple contraints de manger des plateaux repas froids, à l’extérieur et positionnés en quinconce. Pour chaque classe de collège ou de lycée, il est également question de maintenir les élèves non vaccinés et de moins de 12 ans à la maison en « télé-enseignement » en cas de découverte d’un cas de covid, les élèves vaccinés pouvant poursuivre leurs cours.

Nous sommes aussi confrontés à une diversité de situations qui divise les personnels entre eux. Certains personnels de l’éducation nationale sont soumis à l’obligation vaccinale à compter du 15 septembre dans les établissements scolaires mais aussi dans d’autres structures médicales spécialisées : nous refusons toute sanction, toute suspension de salaire, toute perte de poste pour les collègues concernés. 


Qu’en est-il au niveau des postes dans l’académie ?

Hélène Macon – Dans le second degré, 93 équivalents temps pleins (postes) ont été supprimés pour 1 630 élèves supplémentaires. Nous avons a contrario une explosion d’heures supplémentaires imposées aux professeurs, et la publication d’un nouveau texte à la rentrée prévoit même que les collègues à temps partiel soient également concernés par les heures supplémentaires imposées ! Je rappelle que pour les enseignants, une heure supplémentaire est moins chère qu’une heure ordinaire : le pire des employeurs dans le secteur privé ne pourrait pas faire ça. Des professeurs titulaires en zone de remplacement (TZR) et des contractuels n’ont ainsi toujours pas d’affectation à cette heure, notamment en mathématiques. C’est également un impact de la réforme du lycée, mise en œuvre depuis 2019. Par ailleurs, les collègues non titulaires vont être touchés de plein fouet par la contre-réforme de l’assurance chômage à partir du 1er octobre, se traduisant par une baisse de leurs allocations.


Peux-tu expliquer l’impact de la réforme du lycée sur les mathématiques ?

Hélène Macon – Avant 2019, on avait une pénurie de professeurs de mathématiques. La réforme du lycée a permis de rendre les mathématiques optionnelles. Beaucoup d’élèves se détournent donc de cette discipline. En conséquence, en plus des heures supplémentaires imposées, des collègues de mathématiques ont souvent dû commencer par assurer un complément de service dans un autre établissement avant d’être affectés ailleurs. à l’opposé, nous avons d’autres disciplines confrontées à une pénurie de professeurs. Dans les faits, nous avons aujourd’hui des élèves sans professeur d’histoire-géographie, d’économie-gestion, de français, de musique, de technologie, etc.


Lors de la commission administrative, tu as abordé la question du contrôle continu dans les lycées : où en sommes-nous ?

Hélène Macon – Jean-Michel Blanquer a impulsé la mise en place dans un certain nombre d’établissements de deux demi-journées banalisées pour mettre au point les modalités de mise en place du contrôle continu au lycée. Le risque du développement du contrôle continu est de réduire le baccalauréat à un diplôme local et donc d’affaiblir la valeur nationale du diplôme. Cela est à mettre en relation avec la remise en cause dans les conventions collectives de la notion de qualification, à laquelle est liée la définition du salaire, au profit de celle de compétence, qui renvoie à l’individu. 

Frédéric Martin – Le contrôle continu implique la levée de l’anonymat des copies. En tant que professeurs, nous serons encore plus vulnérables à toute sorte de pression, au détriment une nouvelle fois de notre liberté pédagogique…

Hélène Macon – Le rétablissement du baccalauréat avec des épreuves terminales nationales, anonymes et ponctuelles règlent ces problèmes. C’est ce que nous revendiquons depuis le début.


Jean-Michel Blanquer a annoncé durant l’été des revalorisations de salaires pour les enseignants. Quelle est la vérité des prix ?

Hélène Macon – Il s’agit du Grenelle02 : 400 millions d’euros pour environ un million de personnels. C’est une goutte d’eau si l’on compare l’enveloppe de plus de 7,5 milliards d’euros aux hospitaliers qui ont obtenu, par leur mobilisation, 183 € nets mensuels indiciaires.

Frédéric Martin – 42 % des professeurs ne sont par ailleurs pas concernés. à titre d’exemple, je ne toucherai aucune revalorisation.

266 millions sont répartis jusqu'à l'échelon 9 soit sur les 22 premières années de la carrière.

La prime d'attractivité a le même montant que l'on soit professeur des écoles, certifié ou agrégé. Le gain net annuel va de 684€ par an à l'échelon02 à 342€ par an à l'échelon 9. Pour entrer dans le détail, l'augmentation est de 57€ nets par mois aux échelons 2 et 3, de 42.75€ à l'échelon 4 et ensuite de 28.50€ par mois de l'échelon 5 au 9. Rien au-dessus ! Pour les contractuels, la prime est plus faible. Ils toucheront 27€ nets par mois.

Hélène Macon – Ce sont par ailleurs des primes donc ça ne compte pas pour les retraites. Notre revendication demeure l’augmentation du point d’indice de 20 % pour rattraper les pertes subies liées au gel du point d’indice depuis 2010. Ce serait une véritable revalorisation pour tous les personnels. Le grenelle n’a pas pour objectif de revaloriser les métiers de l’éducation nationale mais d’accélérer leur destruction, pour mettre en place, à la suite de la réforme PPCR et de la loi dite pour une école de la confiance, ce que Jean-Michel Blanquer appelle « le professeur du XXIème siècle ».

Sous prétexte de « permettre à chacun d’être l’acteur de son parcours professionnel », le ministère souhaite que les professeurs des écoles puissent être affectés dans les établissements du second degré, les certifiés et agrégés dans les écoles élémentaires, et les professeurs de lycées professionnels dans les lycées généraux et technologiques. En clair, «le professeur du XXIème siècle», flexible et corvéable à merci, ne bénéficiera plus d’un vrai statut.


Quelles sont les perspectives pour inverser cette politique ?

Hélène Macon – En nous appuyant sur la mobilisation le 23 septembre dans notre secteur, nous allons préparer la grève interprofessionnelle du 5 octobre. C’est d’autant plus important que la réforme des retraites est de nouveau à l’ordre du jour.


Interview parue dans L'Ouest-Syndicaliste n°721

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Rentrée scolaire : Discrimination vaccinale

Alors que le ministre de l’Éducation nationale tente de nous dépeindre cette rentrée comme étant « la plus normale possible », Maître Valérie Piau, avocate en droit de l’éducation, est revenue, dans une interview pour Libération, sur la légalité du protocole Blanquer en soulignant notamment l’atteinte au droit à l’éducation des élèves non vaccinés dans le secondaire.

Alors que ces derniers devront s’isoler sept jours s’ils sont « cas contacts », contrairement aux élèves vaccinés ou immunisés, l’avocate nous dit : « On aboutit à une discrimination des adolescents par rapport à leur statut vaccinal. C’est une rupture d’égalité sur un service public obligatoire de 3 à 16 ans. Contrairement aux onze vaccins obligatoires, la vaccination contre le Covid-19 reste facultative. Les sixièmes sont aussi concernés par cet isolement alors qu’il n’ont souvent pas encore 12 ans et ne sont pas éligibles à la vaccination. Ils se retrouvent ainsi discriminés par rapport à leur âge pour un service public. »

Jean-Michel Blanquer affirme que la continuité pédagogique sera assurée, mais « Le ministre de l’Éducation ne dit pas comment [celle-ci] va s’articuler [...]. Les profs ne peuvent pas se dédoubler [...]. À l’école primaire, en cas de contamination, tous les élèves devront rentrer chez eux et les cours seront donc assurés à distance pour tout le monde. Mais au collège et au lycée, seuls les élèves vaccinés seront en présentiel. L’Éducation nationale a l’obligation d’assurer le droit à l’éducation de tous les enfants soumis à l’obligation scolaire. Sept jours de scolarité en moins pourraient être considérés comme une violation du droit à l’éducation » nous explique l’avocate tout en évoquant la possibilité qu’auront les parents de saisir le juge administratif.