InFOrmation syndicale

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28 mai 2014

Interview de Christian Grolier, Secrétaire Général de l'UIAFP-FO


Interview parue dans L'OS 641 de mai 2014




- L'Ouest Syndicaliste : Le procès du "Pacte de responsabilité" a été au coeur de ton intervention au meeting FO du 1er mai à Nantes, où tu représentais la Confédération. 
Reprenant la formule de Marc Blondel selon laquelle "tout est lié", tu as notamment rappelé que, par delà la cure d'austérité  dérivée des engagements du Pacte de stabilité européen, c'était l'édifice de la protection sociale, mais aussi celui de la République Une et Indivisible qui étaient visés.

Christian Grolier  : 10 milliards prévus de réduction des dépenses d'assurance-maladie, et dans le même temps annoncées une vague supplémentaire d'exonérations de cotisations sociales patronales, ainsi qu'une baisse des cotisations salariales à hauteur de 5 milliards d'euros. Cela dans un contexte d'austérité sous surveillance de Bruxelles rendant plus qu'improbable la compensation par le budget de l'Etat du manque à gagner pour le financement de la Sécurité Sociale : tous les ingrédients de la déstabilisation de notre système de protection sociale sont ainsi réunis.
J'ai effectivement rappelé aux militants FO nantais, lors de votre rassemblement du Premier mai, les paroles de Marc Blondel dénonçant, voilà bientôt 20 ans, le "rapt de la Sécu" que constituait le "Plan Juppé-CFDT" d'alors, et avertissant les salariés de la logique à l'oeuvre : à savoir que l'étatisation de la Sécu était l'antichambre de sa privatisation.
Le "pacte de responsabilité" constitue de ce point du vue une nouvelle phase dans la poursuite de l'attaque en règle contre le salaire différé et la protection sociale. Ce que la Sécu ne prendra plus en charge et déremboursera peu ou prou vaut élargissement du créneau commercial pour les mutuelles et assurances privées ... et implique, pour les plus pauvres n'ayant pas les moyens de s'offrir une protection assurantielle personnelle de haut niveau, une accélération de la tendance à la renonciation aux soins.

10 milliards de réduction des dépenses des collectivités territoriales dans le cadre du "big-bang" annoncé de l'Acte III de la décentralisation, c'est de même la République sociale, une et indivisible, qui est attaquée.
Outre le gel de leurs salaires, les personnels territoriaux vont être confrontés aux réductions d'effectifs et aux "mutualisations" de services.
Pour les citoyens cela signifie une fiscalité locale alourdie, des services publics diminués, voire supprimés, et, au-delà, la remise en cause sur le territoire national de l'égalité des droits et d'accès au service public.
Le cocktail suppression des départements / constitution d'inter-régions, précisément dans le cadre de l'Europe des Régions, est de ce point de vue particulièrement explosif.

19 milliards de réduction des dépenses pour la fonction publique d'Etat, cela signifie là aussi pour les citoyens moins de services publics, que la MAP va continuer de taillader, et pour les personnels d'Etat 8 années consécutives de gel du point d'indice.


- L'OS : Justement, c'est là l'objet de la grève du 15 mai
Mais pourquoi FO y appelle-t-elle sur la base d'un cahier revendicatif  précis, alors que la CGT et la FSU notamment sont passées sous les fourches caudines de la CFDT, en acceptant de ne pas chiffrer leur demande de "dégel" du point d'indice et surtout d'occulter le pacte de responsabilité ?

Christian Grolier  : Avant même les annonces de Manuel Valls, FO avait énoncé les bases revendicatives susceptibles d'unir  les fonctionnaires pour arracher satisfaction (ce qui suppose non des "journées d'action", mais la grève) : 8%  de revalorisation du point d'indice et attribution uniforme de 50 points sur la grille indiciaire. Nous n'avons pas sorti ces chiffres au hasard de notre chapeau, mais purement et simplement tiré mathématiquement notre revendication du différentiel gel indiciaire/inflation  depuis 2010.
La CFDT et ceux qui acceptent de geler leurs revendications pour la remettre en selle ont refusé de discuter de notre chiffrage ... justement pour ne pas trop gêner le gouvernement avec une revendication chiffrée.
Mais là n'est pas leur seul silence revendicatif. Les fonctionnaires ne sont pas sans constater que, pour le 15 mai, l'UIAFP-FO porte seule l'exigence de retrait du pacte de responsabilité, de défense du statut général et des statuts particuliers, d'arrêt de la MAP, de refus de toute "décentralisation" supplémentaire, et de suppression de la loi Hôpital Patient Santé Territoire.

Mais j'observe avec satisfaction qu'à l'approche du 15 mai bien des syndicats locaux, voire nationaux, de la CGT, de la FSU et de Solidaires font le choix d'appeler au 15 mai avec leurs homologues FO sur des plate-formes claires, où ce qui fâche (et en premier lieu le pacte de responsabilité) n'est pas évacué, s'inscrivant ainsi en rupture avec le syndicalisme d'accompagnement.

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Grève du 15 mai 2014 contre le "Pacte de responsabilité"
Le "Pacte" MEDEFDT/Hollande, cible du 1er Mai Force Ouvrière