InFOrmation syndicale

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24 mai 2016

FO Transport : La riposte au 49-3, c’est le blocage économique du pays

Article paru dans L'Ouest-Syndicaliste n°666
Entretien avec Pascal Bodin, délégué syndical central Force ouvrière Heppner.


Peux-tu nous parler du contexte dans lequel nous faisons cette interview ?
Fin 2015, l'Autorité de la concurrence a épinglé les patrons de vingt entreprises de transport, essentiellement de messagerie, dont le groupe Heppner, ainsi que que syndicat patronal TLF, pour entente. Les patrons se sont en effet concertés en 2006 et 2007 pour appliquer une hausse tarifaire de 7 %. Par ailleurs, ces mêmes patrons ont également été condamnés pour avoir répercuté de manière concertée entre 2004 et 2006 le coût du carburant sur leur facturation, alors même que le décret ministériel prévu pour les autoriser à le faire n'était pas paru.

Quelles sont les sanctions ?
Toutes ces entreprises ont été condamnées à verser 672 332 000 €. Par exemple, le groupe Geodis est condamné à 196 millions d'euros. Initialement, la sanction totale s'élevait à 737 114 000 €, mais certaines entreprises plus fragiles ont bénéficié d'un allègement. C'est ainsi le cas du groupe Heppner (sociétés Heppner – Lambert et Valette – XP France) qui a bénéficié d'une réduction totale de 92 % de sa sanction. Sur les 52 675 000 €, il reste donc 4 400 000 € à payer.

Quelles sont les conséquences pour les salariés ?
C'est très clair : le patronat utilise ces sanctions pour tenter de geler les salaires dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO). Les patrons sont épinglés, et ils voudraient faire payer les salariés... Dès 2009 pourtant, en comité central d'entreprise (CCE) du groupe Heppner, la direction annonçait que l'entreprise serait certainement condamnée à payer l'équivalent de 10 % de son chiffre d'affaires. Pour nous, c'est évident qu'ils ont provisionné. La direction dit que non.

Comment se sont passées la NAO 2016 à Heppner dans ce contexte ?
Nous avons obtenu +1,2 % à partir de juillet, soit +0,6 % sur l'année. Nous avons signé avec l’ensemble des organisations syndicales, parce que le patron menaçait de ne rien céder du tout. De plus, était intégrée dans la NAO la prise en charge de la mutuelle à hauteur de 60 % par le patron. On ne voulait pas repartir des négociations sans rien.

Courant 2015 , n'y avait-il pas déjà eu un forte mobilisation, impulsée par les fédérations CGT-FO et CGT, sur la question des salaires ?
C'était en février 2015 en effet. Les fédérations FO et CGT avaient appelé à la grève, car les négociations sur la convention collective n'avançaient pas. Les augmentations de salaires prévues n'étaient qu'une remise à niveau par rapport au SMIC. C'était encore une année blanche. Pour notre part, localement, nous avons bloqué avec la CGT la zone industrielle de Saint-Aignan-de-Grandlieu pendant quatre jours.

Plus globalement, quelle est la situation des salariés du transport routier ?
Le transport routier international n'existe quasiment plus pour les conducteurs français. Le dumping social, avec l'utilisation des travailleurs des pays de l'Est, est une réalité. Même les petites messageries régionales commencent à être touchées. Des containers sont ainsi déposés le long des routes : le patron ne paie ni charge, ni rien... Certaines entreprises, même pour le transport régional, utilisent des travailleurs étrangers, sans appliquer le droit du travail français...

Le premier ministre Manuel Valls vient d'utiliser le 49-3 pour imposer le projet de loi El Khomri. Comment réagis-tu ?
Le gouvernement se transforme en dictature. C'est intolérable. La riposte, c'est le blocage économique du pays.

Comment menez-vous la bagarre pour le retrait du projet de loi dans le transport routier ?
Le 28 avril dernier, nous avons mis en place avec la CGT un barrage filtrant avec diffusion de tracts au rond-point de la Belle étoile à Carquefou. Nous avons globalement eu un accueil favorable des usagers de la route.

Les fédérations CGT-FO et CGT appellent à la grève reconductible pour le retrait du projet de loi à partir du 16 mai à 22h00. Comment t’y prépares-tu ?
Si nous avons les forces, avec le soutien de camarades d'autres syndicats, nous sommes prêts à bloquer à nouveau les véhicules poids lourds dès le 17 au matin. Ce qui aura le plus d'impact, c'est le blocage économique des zones industrielles.