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03 mai 2017

Grève des éboueurs : FO et CGT obtiennent l’ouverture de négociations

La grève des éboueurs, appelée dans l’unité à compter du 14 avril par les syndicats FO et CGT, a permis l’ouverture d’un cycle de négociations sur la quasi-totalité des revendications de l’intersyndicale. Par le manque d’ouverture dont elle a fait preuve dans un premier temps - allant jusqu’à la saisine du Tribunal administratif -, Nantes Métropole porte la responsabilité du durcissement d’un mouvement qui aura duré plus de six semaines.
Johanna Rolland, présidente de Nantes Métropole, a cependant su se saisir du nouvel appel à négocier que les secrétaires des syndicats FO et CGT de Nantes Métropole ont lancé à l’issue de l’audience devant le juge, vendredi 21 avril dernier. La rencontre qui s’est tenue ce lundi 24 avril entre les représentants des deux organisations syndicales et ceux de Nantes Métropole, dont Johanna Rolland, a été déterminante.

A suivre, l'interview de Rachid Mimouni et de Anthony Texier parue dans L'OS n°678


Comment s’est déroulée la rencontre avec Johanna Rolland, qui s’est tenue ce lundi 24 avril à 17h00?
RM - La réunion a été constructive. Il faut bien sûr rester prudents, mais la présidente de Nantes Métropole a fait des concessions. Un cycle de négociations est entamé à compter de ce mercredi jusqu’au comité technique, qui a été reporté de 10 jours. La suppression du fini-parti a été réaffirmée, mais la quasi-totalité de nos revendications sont sur la table : le redéploiement et non la suppression des 24 postes ; la redéfinition dans un cadre paritaire avec les organisations syndicales de la journée-type plan de collecte en sécurité - R437 ; l’heure d’embauche ; le préjudice financier lié à la suppression du fini-parti ; le protocole d’accord sur les jours fériés; la possibilité de paiement de trois heures supplémentaires pendant 5 jours pour la remise en propreté de la Ville...

Qu’a décidé l’assemblée générale des grévistes à l’issue de cette réunion ?
RM - Nous nous sommes réunis le lendemain matin. La reprise du travail a été adoptée à l’unanimité, sous le régime encore en vigueur du fini-parti, en actant le principe de trois heures supplémentaires par jour pendant cinq jours.

Quel a été le point de départ de ce conflit, qui a duré plus de six semaines ?
RM - Le 28 février dernier, sans prévenir personne ni consulter les organisations syndicales, des élus communautaires sont venus simultanément sur nos trois sites pour annoncer l’arrêt du fini-parti à compter du 1er octobre prochain et, par conséquent, la réorganisation du service de collecte des déchets. Pour nous rassurer, ils ont débuté la réunion en affirmant que la régie publique de collecte des déchets était maintenue par Nantes Métropole et qu’il n’y aurait donc pas transfert au privé. Ensuite, ils ont prétexté du caractère «accidentogène» du fini-parti pour en annoncer la suppression.

Pouvez-vous rappeler ce qu’est le  fini-parti ?
RM - Il s’agit d’un régime de travail qui permet aux agents de quitter le travail dès la collecte des déchets terminée. C’est à la base une forme de compensation dont bénéficient les agents face aux impondérables liés à la pénibilité de leur métier.

AT - Le fini-parti a été mis en place en 1950 par la collectivité elle-même, dans un souci de plus grande efficacité. C’est du gagnant-gagnant. Il faut rappeler que l’espérance de vie d’un éboueur est inférieure d’un an à celle d’un ouvrier qualifié et de cinq ans  celle d’un cadre. Dix éboueurs par an meurent sur leur lieu de travail. C’est encore un métier dangereux et c’est pour cela qu’il y a des compensations.

RM - Dans l’absolu, nous ne sommes pas contre une réorganisation du service. Le problème n’est pas là. Avec la CGT, nous avons acté la suppression du fini-parti. Pendant ces six semaines, nous avons demandé à Nantes Métropole d’ouvrir de véritables négociations sur l’ensemble du projet. L’issue de la réunion de ce lundi soir est donc très positive.

AT - Nous savions que l’arrêt du fini-parti nous serait proposé à un moment ou à un autre. J’ai 20 ans de métier et cela fait 20 ans que j’en entends parler. Ce qui nous a révolté, ce n’était pas ça, mais tout ce qui allait avec  : la réorganisation des secteurs, la surcharge de travail, la perte pécuniaire, les suppressions de postes... et le fait d’être pris pour des fainéants.

Que s’est-il passé suite à l’annonce faite le 28 février ?
RM - Nous n’avons pas réagi immédiatement. La rapidité de cette annonce et la manière dont elle a été faite à ce moment-là nous ont cependant amenés à nous interroger sur le fond de cette réorganisation. Nous avons vite compris que celle-ci était particulièrement brutale. Avant la réunion de ce soir, il était tout de même question de supprimer purement et simplement 24 postes ou encore de supprimer huit secteurs de collecte sur les 57 existants, ce qui implique une surcharge de travail...

AT - Dans un premier temps, l’administration nous avait indiqué vouloir augmenter de 30 % la charge portée ou le kilométrage effectués par jour et par agent... Et il y a la remise en cause de l’accord sur la collecte des déchets les jours fériés, qui nous permet aujourd’hui de bénéficier de journées doubles, payées ou récupérées. Cela peut représenter une moyenne de 1000 € par agent ou 17 jours  de congés. C’est considérable et c’est pour cela qu’il était essentiel d’obtenir des négociations sur toutes ces questions.

Quelles premières actions avez-vous mises en oeuvre ?
RM - Le 11 mars, nous avons organisé avec la CGT une réunion d’information intersyndicale à destination des agents du service. à cette occasion, nous décidons collectivement de ne pas attendre le mois d’octobre pour mettre en pratique la journée-type imposée.

AT - Le projet de Nantes Métropole se fonde notamment sur une recommandation de sécurité de la Caisse nationale d’Assurance maladie (CNAM), dite R437. En appliquant cette recommandation à partir du 11 mars, nous avons démontré que les tournées actuelles ne pouvaient être assurées dans le cadre de la journée-type annoncée...
RM - L’encadrement nous demande  même aujourd’hui de courir et de ne pas respecter la recommandation...

Comment Nantes Métropole a-t-elle réagi à cette première étape de la mobilisation, qui a entraîné un premier amoncellement des déchets dans les rues de Nantes?
RM - Elle n’a pas ouvert de négociation. Du coup, nous avons été contraints de faire grève un premier jour, le 27 mars. Il s’agissait pour nous d’indiquer à notre employeur que nous étions prêts à durcir le mouvement.

Et après ce premier jour de grève ?
RM - Ce fut à nouveau le silence. Nous avons organisé une deuxième réunion d’information intersyndicale à la Maison des syndicats, avec une participation très importante des agents de la collecte et en présence de la presse. La grève a été adoptée à l’unanimité, à compter du 14 avril dernier. Elle a été suivie par 90 % des agents titulaires. Les trois sites de collecte (Janvraie, Étier et Grande-Bretagne) ont été bloqués pendant une semaine, et deux usines d’incinération pendant plusieurs jours. Nous nous sommes réunis tous les jours avec les grévistes pour voter la reconduction de la grève et les revendications sur lesquelles se fonde notre unité.

AT - Nantes Métropole a tout essayé pour nous faire reculer. Le 7 avril, l’administration a organisé une « votation citoyenne » [qui est une forme de référendum d’entreprise qui ne dit pas son nom - NDLR] sur l’heure d’embauche. Nous avons appelé ensemble, FO et CGT, au boycott de ce scrutin. Il n’y a eu que 7 votants sur 210 agents ! Il y a eu ensuite des menaces, des sanctions disciplinaires, l’appel à des sociétés privées pour tenter de briser la grève, jusqu’à la saisine du Tribunal administratif.

Nantes Métropole a assigné les syndicats FO et CGT devant le juge des référés du tribunal administratif. Qu’a décidé le juge ?
AT - L’audience au Tribunal administratif s’est déroulée le vendredi 21 avril au matin. Dans l’après-midi, le juge a ordonné la levée des blocages, sous peine d’astreinte de 250 euros par jour et par personne, avec la possibilité pour l’employeur de recourir à la force publique. Nous nous sommes exécutés dans la soirée, mais la grève a été maintenue et le mouvement s’est accentué.

RM - Dès vendredi soir, la grève a été votée à l’unanimité et encore le lundi, avant la tenue de la réunion avec Johanna Rolland. Nous sommes passés à 95 % des agents titulaires en grève.

Quel est votre sentiment par rapport à ce conflit ?
AT - L’administration a eu, dans un premier temps, une logique purement économique. Elle a simplement vu l’occasion de supprimer 24 postes. Elle a fait preuve d’une terrible méconnaissance de notre travail et d’une absence totale de reconnaissance de celui-ci. Par ailleurs, elle nous a sans doute sous-estimés, ainsi que la capacité de FO à structurer une action revendicative.

RM - L’administration pensait sans doute que les syndicats, en particulier FO, n’avaient plus de poids au sein du service des déchets. En six semaines, nous leur avons démontré le contraire. Nous avons fait preuve de nos capacités à organiser et à fédérer autour de nos revendications, mais également de notre volonté de négocier. S’ils ont eu une telle part de nervosité en face, c’est qu’ils ont été bousculés par l’ampleur du mouvement. En ouvrant plus tôt les négociations, Nantes Métropole aurait pu éviter de saisir le juge administratif.
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Voir aussi : 
L’UD-FO44 solidaire de l’action des éboueurs de Nantes Métropole (communiqué)
Mobilisation des éboueurs : Les syndicats FO et CGT sont assignés à comparaître devant le Tribunal administratif de Nantes