InFOrmation syndicale

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27 janvier 2012

INTERVIEW: NICOLAS COMTE, SECRETAIRE GENERAL DU SGP-FO/UNITE-POLICE


Article paru dans l'Ouest-Syndicaliste



L'Ouest Syndicaliste : L'actualité sociale des vacances de fin d'année 2011 a été marquée par la dure grève des personnels de sécurité des aéroports et la décision, sans précédent historique, du gouvernement de faire accomplir le travail des personnels grévistes par des gendarmes et policiers.
Ce à quoi le SGP-FO a répliqué par une formule cinglante, qui, du coup, a aussi fait la une de l'actualité : "Les policiers n’ont pas vocation à devenir des briseurs de grève."
Comment cette position tranchée du SGP-Force Ouvrière a-t-elle été appréciée, tant dans les rangs des grévistes que dans ceux des policiers ?

Nicolas Comte : La RGPP a créé deux impacts majeurs sur la sécurité : une baisse historique du nombre de policiers nationaux, ainsi que la réduction du nombre de nos missions au profit d'entreprises privées de sécurité. Dès le départ, nous avons protesté, expliqué le danger que représentaient de telles décisions. Qu'est-ce qu'une mission régalienne ? C'est une mission qu'on ne peut interrompre, placée sous la responsabilité d'un Etat. C'est pour cela que la police nationale n'a pas le droit de grève. Or, des missions de sécurité nous ont été retirées, données à des entreprises privées. Ces entreprises embauchent des salariés qui ne sont pas soumis à nos obligations; ils ont le droit de grève.
Les policiers ont reçu l'ordre d'occuper temporairement des postes laissés vacants par des grévistes. C'est une forme de dumping social. La grève ne sert plus à rien, et ces salariés perdent la partie. Régler un conflit social n'est pas le travail de la police.
C'est pour cela que nous, syndicat majoritaire, avons répliqué que «les policiers n'ont pas vocation à devenir des briseurs de grève». Les policiers s'inscrivent pleinement dans cette définition.

- L'O.S. : Votre syndicat défend d'ailleurs une conception "républicaine" des missions de la Police ? Pourrais-tu nous préciser ce que cela implique concrètement ?

Nicolas Comte : Une république est une forme de gouvernement dans laquelle les gouvernants sont élus par le peuple pour servir les intérêts du peuple. Il existe donc bien une conception républicaine de notre pays, ainsi qu'une conception républicaine des missions de police : les intérêts du peuple.
Que demandent nos concitoyens, en matière de sécurité ? De pouvoir sortir et rentrer de chez eux sans être agressés, de se sentir protégés, d'obtenir une aide rapide et efficace s'ils rencontrent des problèmes.
Contrairement à l'image que renvoient certains médias avides de scandale, la population compte beaucoup sur sa police, qui se doit d'être organisée de manière à répondre à ces attentes. La police doit être une institution au service des citoyens.

- L'O.S. : Ces missions républicaines de la Police sont aujourd'hui mises à mal par la RGPP...

Nicolas Comte : Sur l'évolution de la police, le constat est fort simple à faire. La France a connu trois émeutes d'importance en six ans, certains quartiers sont atteints de « Kalachnikov Syndrome » , et même les statistiques censées rassurer la population indiquent une augmentation de la violence.
Pourtant, si la criminalité est en hausse, le nombre de policiers est en baisse, et l'étendue de nos missions également, au profit d'entreprises privées. De par la RGPP, le service public police démantelé n'est pas en capacité de faire face aux demandes, légitimes, de la population française.

- L'O.S. : "L'actualité policière", c'est aussi la poussée de la délinquance et de la criminalité s'accompagnant de violences, qui vont s'aggravant tant en nombre qu'en intensité, à l'encontre des personnels de police. L'analyse et les revendications syndicales FO en la matière ?

N. Comte : Plusieurs policiers sont morts dans l'exercice de leur mission, plus d'une dizaine de milliers sont blessés chaque année. Au syndicat, nous aidons à reloger des collègues harcelés jusqu'à leur domicile. L'usage des armes est récurrent ; des armes de guerre qui servent à régler des comptes, commettre des braquages... et tirer sur la police si elle intervient. Il s'agit bien d'une crise sécuritaire, même si ce qualificatif n'est pas officiellement reconnu.
Pour toute réponse, des policiers sont déplacés vers les points chauds quelques temps, puis repartent. Toute la solution est pourtant là : ces policiers sont déplacés pour venir gonfler le nombre et permettre d'occuper le terrain. Il est donc admis et vérifié que si les policiers occupent la voie publique, par effet de levier, la délinquance diminue et se fait moins visible. Il faut donc stopper cette RGPP nocive et embaucher suffisamment de policiers pour s'acquitter de ces missions.

- L'O.S. : Au-delà des questions de sécurité liées à l'exercice du métier, quelles sont les principales revendications syndicales de l'heure ?

Nicolas Comte : Un de nos axes revendicatifs majeurs est l'amélioration des conditions de travail des policiers. La diminution des effectifs a entraîné une surcharge de travail rendue insupportable par la politique du chiffre initiée il y a quelques années. Les policiers sont soumis à des «objectifs», un terme déguisé pour désigner des quotas. En conséquence, la prévention est écartée, car non chiffrée, le dialogue avec la population est rompu. Cette politique doit cesser, et le nombre de policiers doit être augmenté.
De fait, la procédure disciplinaire a un lien direct avec ce problème. Les textes de loi datent de plus de trente ans et n'ont jamais été revus. De nombreuses failles et imprécisions profitent à certaines hiérarchies, qui abusent de leur pouvoir de sanction pour contraindre les policiers à se soumettre à leurs objectifs chiffrés. Nous demandons que les textes de loi sont affinés et réactualisés.
Conditions de travail toujours: la police nationale est le deuxième service public en terme de fréquentation. Pourtant, l'état de certains locaux est si déplorable qu'il donne une image honteuse de la fonction publique. Et nos collègues travaillent tous les jours dans ces conditions. A ce sujet, nous avons médiatisé certains de ces locaux et sommes fiers d'avoir obtenu des travaux de rénovation, voire de construction de nouveaux bâtiments dans certains cas. Mais la route est encore longue.
Enfin, les policiers sont touchés -comme les autres travailleurs- par le contexte économique. Crise, rigueur, déréglementation des marchés ont pour conséquence une perte du pouvoir d'achat. Il s'agit pour nous de veiller à ce que les policiers reçoivent une juste rétribution quant à leur travail.
Nous pourrions citer bien d'autres revendications. Elles sont nombreuses car les dysfonctionnements sont nombreux.

- L'O.S. : "FO en force" : c'est la nouvelle donne syndicale dans la fonction publique d'Etat à l'issue des élections de "représentativité" d'octobre et novembre 2011. Et c'est particulièrement vrai dans la Police où FO a frôlé à 2 points près la barre des 50% aux élections de 2010. De quoi asseoir de solides implantations militantes sur l'ensemble du territoire national...

Nicolas Comte : Nous ne pouvons que nous réjouir du score mérité de FO aux dernières élections. Ce score confirme l'efficacité et la perspicacité de notre confédération.
En ce qui concerne notre organisation, UNITE SGP POLICE-FO, forts de 38 500 électeurs aux dernières élections, nous disposons d'un solide maillage national de délégués militants, qui nous permet d'assurer notre rôle: la défense et la représentation des policiers et de notre métier.
C'est parce que nous sommes reconnus dans ce rôle que nous sommes majoritaires dans la police nationale.
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