InFOrmation syndicale

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09 juillet 2012

Éditorial: LA CONTINUITÉ C'EST MAINTENANT

Tout au long de sa campagne électorale, François Hollande a affirmé qu’il ne signerait pas le TSCG et qu’il en exigerait la renégociation. Après le sommet européen, il faut bien constater qu’il a «mangé son chapeau». Le Traité, déjà adopté par certains états, ne change pas d’une seule ligne. Pour préserver les apparences, l’Union européenne et Mme Merkel ont accepté un paragraphe sur la croissance qui ne change en rien la coeur du Traité fondé sur la fameuse et anti-démocratique «règle d’or». Le gouvernement va donc le faire adopter dans les meilleurs délais et il est probable qu’il choisisse la voie parlementaire. Un référendum sur ce sujet serait trop risqué, car comme en 2005, à propos du traité constitutionnel, le NON aurait de forte chance de l’emporter : on est jamais trop prudent !

Mais sans attendre, cette ratification, il nous faut bien constater que dans les faits le TSCG est déjà entré en application.

Nous avions déjà noté que s’agissant des retraites, les mesures prises par le gouvernement étaient très timides, de l’eau tiède. L’augmentation du SMIC de 2 %, soit +0,6% de plus que l’inflation est tout simplement scandaleuse. 20 centimes d’euros par jour, non seulement ce n’est pas un coup de pouce, c’est humiliant pour les salariés, et ce n’est certainement pas avec de telles mesures que l’on peut espérer relancer l’activité économique.

Même si le gouvernement s’en défend, nous sommes bien dans le prolongement de la politique de M. Fillon, c'est-à-dire une politique de rigueur. Les décisions annoncées à propos des effectifs dans la fonction publique confirment aussi, qu’au nom des équilibres budgétaires, la RGPP continue. Certes quelques ministères verront leurs effectifs augmenter, mais ce sera au détriment des services publics considérés non prioritaires.

Cette politique conduit tout droit à la catastrophe. Ce diktat imposé par la Troïka aboutit en Grèce à une situation effrayante, où les hôpitaux ne peuvent plus acheter les médicaments nécessaires pour soigner les patients.

En Italie, la jeunesse est abandonnée, et souvent c’est la mafia qui se substitue aux services publics défaillants.

Quant à l’Espagne, certes, ils ont la coupe d’Europe de football, mais 50 % des jeunes de moins de 26 ans sont au chômage. « Panen et circenses » : pour l’instant nous avons les jeux…

Cette politique est rejetée par la classe ouvrière dans tous les pays. Ces dernières mois, à chaque élection l’équipe sortante, de droite ou de gauche, a été battue, les grèves et manifestations se sont multipliées.

La Troïka se heurte à une résistance grandissante. Récemment, la CES a exprimé son opposition au TSCG. Au cœur de l’Allemagne des voix s’élèvent pour dire ça suffit !

Ainsi, le président du syndicat Ver.di (1), Franck Bsirske, vient d’adresser un courrier aux députés du Bundestag pour leur demander de ne pas ratifier le Traité. Il écrit : «le TSCG limite étroitement le «droit suprême» des parlements, le droit de décider du budget, et transfère des droits étatiques à la Commission européenne non élue (…) il porte atteinte au droit national de décider du budget, tant par l’introduction d’une règle d’or plus étendue que celle prévue par la réglementation allemande que par les mécanismes européens de correction».

Le Président du syndicat enseignant, Ulrich Thöne, a lui aussi pris position en ce sens.

Mickaël Sommer, Président du DGB (2), se prononce également contre le TSCG. Dans la revue du mois de juin de la confédération des syndicats allemands on peut lire : «c’est avant tout le gouvernement fédéral allemand qui a voulu faire passer le pacte fiscal au niveau européen. Jusqu’à maintenant, ce sont avant tout des Etats subissant le diktat politique de la Troïka qui l’ont ratifié… Un programme de croissance comme «complément» au cours d’austérité ne peut pas fonctionner… Nous avons besoin de programmes d’investissement… mais à la place, et non en complément du pacte fiscal (TSCG). Il faut que le pacte fiscal soit refusé sous sa forme actuelle, ne serait-ce déjà qu’à cause de son caractère anti-démocratique et de la limitation des droits du parlement. (Bureau national du DGB, juin 2012).

A ces prises de position des principaux syndicats allemands, il faut ajouter, sur le plan politique, que la Cour constitutionnelle d’Allemagne demande au Président de la République fédérale de ne pas signer la loi qui devait être adoptée le 29 juin, afin de lui laisser le temps d’examiner les recours qui contestent la constitutionnalité de la loi ratifiant le Traité.

Comme on le voit, rien n’est «joué». La Troïka se heurte à une résistance, pas seulement en Grèce ou en Espagne, mais aussi au cœur de l’Allemagne, car là aussi sa politique provoque des ravages dans la classe ouvrière.

La Commission exécutive de notre Confédération a adopté le 28 juin une déclaration (voir page 2) qui, à la veille du «sommet social», rappelle nos positions et réaffirme nos revendications. Nous n’acceptons pas l’austérité, qu’elle soit de droite, de gauche ou même d’origine syndicale. Nous ne nous laisserons pas enfermer dans aucun «pacte social».

Dans Le Monde du 28 juin, Michel Noblecourt titrait son article : «Force ouvrière entre (quasiment) en opposition». Décidément Michel Noblecourt, qui pourtant nous connaît bien, ne parvient pas à accepter notre indépendance, ou, plus exactement, il ne la supporte pas.

Nous ne sommes ni dans une majorité, ni dans l’opposition, nous défendons simplement les intérêts de la classe ouvrière.

En tout cas, ce n'est certainement pas au moment où les principaux syndicats allemands (dont le même Michel Noblecourt nous vantait tant les mérites) s'élèvent contre la dictature de la Troïka, que nous allons baisser la tête et rentrer dans le rang des moutons de Panurge. Nous ne sommes pas adaptés au rôle de béni-oui-oui. La CFDT, dont on dit que ses militants peuplent les cabinets ministériels, a dans ce domaine toutes les qualités nécessaires.

Le gouvernement a choisi de plier face aux exigences de la Troïka. Nous le regrettons, mais l’action syndicale n’est pas une affaire de sentiment.

Les premières mesures annoncées conduisent à la catastrophe pour les salariés. Nous n’accepterons pas plus aujourd’hui la politique que nous avons combattue hier.

Notre prochaine Commission exécutive refera le point de la situation au début de septembre. Ensuite notre Comité confédéral se réunira à la fin du même mois. Nous prendrons alors nos responsabilités en organisant la nécessaire résistance.
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1- Ver.di : VereinteDienstleistungs-gewerkschaft (Fédération unifiée des services). Avec environ 2,1 millions d'adhérents, le syndicat allemand Ver.di est la plus grande fédération syndicale nationale libre au monde. Ver.di couvre notamment les secteurs de la santé, des services sociaux, de l'assurance sociale, de l'éducation et de la recherche, des régions et collectivités territoriales, des télécommunication et technologies de l'information, des services postaux, ainsi que des transports et du commerce.

2- DGB : Deutscher Gewerkschaftsbund (Confédération allemande des syndicats). Les effectifs du DGB sont estimés à 7 ou 8 millions d'adhérents.