InFOrmation syndicale

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12 novembre 2013

"NEUE EUROPA" ET "NEUE ORDNUNG"

(Titre d’un Edito d’Alexandre Hébert paru dans le n° 120 de « L’Anarcho-Syndicaliste » de février 2007 )

Il est des moments où il faut remettre les pendules à l’heure.
Depuis plus de 30 ans, précisément juin 1982, tournant de la rigueur impulsé par Jacques Delors, nous sommes confrontés à une politique réactionnaire. Cette politique, poursuivie avec obstination par tous les gouvernements s'étant succédé depuis, a abouti à la liquidation de pans entiers de notre économie : le textile, la chaussure, la sidérurgie, etc. ; et aujourd’hui vient le tour entre autres de l’agro-alimentaire, particulièrement concentré dans l’Ouest de la France. 
Naturellement cette nouvelle vague de licenciements provoque la légitime colère des travailleurs, et nous soutenons nos camarades qui résistent comme nous avons soutenu ceux de Florange en Lorraine.


Mais incontestablement nous assistons à une manipulation politique tout à fait scandaleuse et surtout dangereuse.
Depuis son origine, le mouvement ouvrier a dû combattre pour exister et pour préserver son indépendance.
Ce combat s’est d’abord concrétisé par l’adoption en 1906 de la Charte d’Amiens, qui déclare  : « Le congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte des classes qui oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière ».
Quelques années plus tard, en 1914, alors que le bureau confédéral de la CGT cédait à «l’Union Sacrée», peu nombreux étaient les militants qui osaient dire non à la barbarie de la guerre. Parmi ceux-là, se trouvait Pierre Monatte, qui n’hésita pas à démissionner des instances confédérales. «On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels», écrivait Anatole France.
Sans cesse les gouvernements et le patronat tentent de multiples manières de nous intégrer au nom du «bien commun» dans des formes plus modernes d’union sacrée. Les récentes «conférences sociales» en sont un dernier avatar.
A chacune de ces tentatives, en particulier en 1969 à l’occasion du référendum du Général de Gaulle, notre Confédération a su préserver le cap de l’indépendance syndicale.
Rappelons d’ailleurs que ce référendum portait sur une réforme constitutionnelle prévoyant la création d’un Sénat intégrant les confédérations syndicales mais aussi et déjà la régionalisation.

S’agissant de l’actualité, et particulièrement de la manifestation du 2 novembre à Quimper, il est frappant de constater que les organisateurs se réfèrent justement à un discours prononcé par le Général de Gaulle, pour justifier leur combat contre l’écotaxe.
Notons aussi qu’ils ne sont pas opposés au principe de l’écotaxe, mais seulement à son application en Bretagne.

Mais ne tournons autour du pot. La manifestation de Quimper est clairement une manifestation pour l’indépendance de la Bretagne dans une Europe fédérale. Le président de la
FNSEA du Finistère annonce nettement la couleur : « Je suis finistérien, breton, européen, mais sûrement pas jacobin… En 1992, nous avons sauvé Maastricht, avec les alsaciens ».
Dans la même veine, le CCIB (Comité de Convergence des Intérêts Bretons) dénonce le « carcan administratif français ». Notons que dans ce comité figure Alain Glon, deuxième fortune de Bretagne et président du très réactionnaire «Institut de Locarn» (1), lequel regroupe les principaux des grands industriels de Bretagne.

La manifestation du 2 novembre était également soutenue par les évêques de Bretagne et par tous les successeurs de ceux qui, au nom de l’indépendance de la Bretagne, ont, avant et pendant la dernière guerre, ouvertement collaboré avec les nazis pour travailler à la construction d’une «Neue Europa» et d’un «Neue Ordnung» (Nouvelle Europe et ordre nouveau). Ces gens là militent sans aucune ambiguïté pour la destruction de la République au compte d’une Europe «nouvelle»…

Parce que l’Histoire nous apprend que la colère des travailleurs peut être détournée, il nous faut être particulièrement vigilants.
Comment peut-on imaginer que l’on puisse défendre les intérêts de la classe ouvrière avec ceux qui soutiennent l’Union européenne ? C’est cette même Union européenne qui, avec la BCE et le FMI (la Troïka), organise aujourd'hui le démantèlement de l’industrie dans l’agro-alimentaire, donc les licenciements.
Qu’ils soient bretons ou pas, «peu m’en chaut», les patrons sont les patrons, et leurs intérêts sont fondamentalement antagoniques aux intérêts de la classe ouvrière. Nous ne sommes pas avec mais contre…
L’Union sacrée, qu’elle soit nationale ou régionale, est un piège mortel pour les travailleurs.
Oui, la situation est insupportable. Les licenciements dans toute la France, la succession des contre-réformes, le blocage des salaires, etc… ne sont pas acceptables. La colère monte. Ne laissons pas détourner cette colère au profit de ceux qui cherchent à nous imposer un « ordre nouveau ».

Disons le clairement : il n’y a pas de réponse régionale à un problème national. On ne combat pas la politique d’austérité en restant chacun dans son coin. Ce n’est pas à Quimper qu’il faut aller, mais à Paris ! Nul doute ! Si les confédérations, du moins celles qui entendent résister, décidaient d’appeler toutes celles et ceux qui sont victimes de licenciement ou dont l’emploi est menacé, toutes celles et ceux qui ne peuvent plus finir le mois avec des salaires de misère, toutes celles et ceux qui ne veulent pas travailler jusqu’à 65 ou 66 ans du fait de la contre-réforme des retraites, les jeunes qui n’ont pas d’avenir, les retraités que l’on taxe, toute la classe ouvrière pour dire « ça suffit » dans une grande manifestation à Paris, alors le gouvernement et le patronat seraient bien obligés de reculer.
Pour en finir avec 30 années de politique réactionnaire, il faut le rapport de force. D’Est en Ouest, du Nord au Sud, l’heure est à la mobilisation, c'est-à-dire à la grève !


1- L'Institut de Locarn a été inauguré les 23 et 24 septembre 1994 par le Président du Conseil Régional de l'époque, Yvon Bourges, et Otto de Habsbourg, membre de la Trilatérale et proche de l'Opus Dei. Certains attribuent aussi à Otto de Habsbourg la création du drapeau de l'Europe, symbole de la Vierge Marie, avec, sur fond bleu marial, les 12 étoiles représentant les 12 apôtres.