InFOrmation syndicale

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22 juillet 2020

Vous avez dit « reconstruction » ? [ANALYSE]

par Christian Lambert

Filant la métaphore guerrière dans sa dernière allocution, Emmanuel Macron a appelé à la « reconstruction », qu’il prétend « souveraine, écologique, solidaire et sociale ». Il cherche une nouvelle fois l’union sacrée autour de son programme de « relance ». Or, qui peut croire un seul instant à la souveraineté de l'économie française, totalement intégrée à un marché mondial dominé par un capital financier concentré et centralisé ? 
Selon le McKinsey Institute, 10% des groupes cotés en bourse disposent à eux seuls de 80% de tous les bénéfices mondiaux. Le seul fil à plomb de cette soi-disant « relance » est ainsi le sauvetage des marchés financiers contrôlés par les plus grands groupes.
Afin de légitimer auprès de l’opinion publique les aides reçues par le gouvernement, de nombreuses sociétés ont décidé de ne pas distribuer ou de diminuer au premier semestre 2020 les dividendes c’est-à-dire les bénéfices réalisés en 2019. Ceux-ci se montaient pour les seules entreprises du Cac40 à plus de 60 milliards d’euros. Dans les faits, ces bénéfices restent dans l’entreprise sur un compte de réserve. Les grands groupes pourront décider de les distribuer plus tard – mais pas avant octobre 2020, a indiqué le gouvernement – tandis que les entreprises les plus fragiles renfloueront leurs trésoreries.

Reconstruction de la... spéculation

Sur les marchés financiers, les spéculateurs (fonds de pension, banques, multinationales...) visent à extraire un maximum de plus-value sur la revente de leurs titres. Pour ce faire, ils ont besoin du soutien des banques centrales et des gouvernements, dont les annonces ont permis la remontée des cours : après s'être effondré de 40 % jusqu’au 18 mars dernier, le CAC 40 est ainsi rapidement remonté de 41 % au 5 juin. Seule une annonce «inquiétante» de la Réserve fédérale des États-Unis le fait chuter à nouveau de 7 % le 7 juin, avant une nouvelle hausse. Tous les indices mondiaux suivent à quelques variantes près le même parcours.
Afin de garantir la liquidité du marché, les banques centrales font tourner la planche à billets. À titre d'exemple, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu'elle était prête à acheter jusque 1 350 milliards d'euros de titres, y compris au détriment de ses propres statuts d'« indépendance » vis-à-vis des gouvernements. En effet, 80 % de ces rachats concernent des obligations d’État, ce qui génère de nouvelles tensions au sein de l'Union européenne (arrêt de la cour de Karlsruhe).


Le gouvernement au chevet du patronat

Les gouvernements se donnent alors les moyens d’agir sur les conditions d'exploitation des entreprises, comme en France :
  • En retardant le paiement des échéances, afin de soulager les trésoreries dans un contexte de faibles recettes : report des loyers, des impôts, des cotisations sociales etc…. D’où les ordonnances et les décrets afférents et les prêts garantis par l’État.
  • En diminuant  le « coût du travail» pour les entreprises, avec la prise en charge à 100 % du chômage partiel... mais également la volonté de faire travailler plus sans augmenter les salaires, voire en les diminuant. C’est le contenu de l’ordonnance sur le temps de travail et des accords de performance collective inventés par les ordonnances Macron de 2017...
  • En prenant en charge une partie des investissements ou des marchés des entreprises (subventions, primes, commandes publiques), sans nécessairement garantir les emplois, voire en accompagnant les plans de licenciement, souvent sous couvert d'écologisme. Dans ce cadre, l'État annonce garantir à hauteur de 5 milliards d'euros les emprunts de Renault auprès des banques privées. Dans le même temps, l'entreprise annonce la destruction de 5 000 emplois. Seules les mobilisations massives des salariés de Maubeuge ou de la fonderie de Caudan (56) ont permis de différer la fermeture de ces sites.
  • En poursuivant la destruction des services publics, afin d'ouvrir de nouveaux marchés et permettre les baisses d’impôt sur le capital dans la lignée des contre-réformes fiscales de Macron en 2017. Le Ségur de la Santé et les plans de Blanquer dans l’Éducation nationale donnent le ton de cette politique.


La résistance des travailleurs, moteur du progrès

Cette politique est une fuite en avant, qui trouve ses limites. Outre les rivalités aiguisées entre  États nationaux, y compris au sein de l'Union européenne, le surendettement généralisé fait craindre des possibilités de faillites bancaires, voire d'États, dans des dimensions comparables à 2008.
Enfin – et surtout –, les mesures prises ou annoncées contre les droits des travailleurs provoquent de fortes résistances. La chape de plomb du confinement s'est largement fissurée dans le monde. Les manifestations contre les atteintes aux libertés, contre les licenciements ou pour les revendications, comme celles des personnels hospitaliers le 16 juin dernier en France, s’amplifient de jour en jour. Dans ce contexte, sur la ligne d'indépendance qui la caractérise, notre organisation syndicale a un rôle déterminant à jouer dans le sens du progrès, lié indissolublement à la défense des intérêts matériels et moraux des salariés.                                         


- Avec la réforme de l’ISF les 100 contribuables les plus riches ont gagné chacun 1.7 million d’euros selon un rapport du Sénat de 2019.